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mardi 25 août 2026

Assassinat de García Lorca : la terreur nationaliste

12 faits intéressants sur le célèbre auteur andalou : Federico García Lorca
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Entre deux soupirs bien cambrés, 
Au bout d’une plaine desséchée, 
Une voix anonyme timbre, 
Un message d’éternité. 
 
Ils sont nombreux les poètes espagnols que j’aime, de León Felipe à Antonio Machado, mais García Lorca demeure à jamais celui qui a ouvert les portes de l’épiderme au monde invisible de l’émotion. 
Il court sur les réseaux en ce quatre-vingt-dixième anniversaire de son exécution un narratif consternant sur sa mort. Le poète aurait payé de sa vie la satire trop précise et cruelle de La casa de Bernarda Alba, ou pire, aurait été livré à la meute réactionnaire par de prétendus « amis de gauche » poussés par une obscure vengeance. 
Cette « version historique » relève de ces histoires farfelues sur laquelle le plus endurci des complotistes n’oserait apposer son sceau. Elle cherche à distiller dans l’ignorance collective l’une des pages les plus noires du nationalisme ibérique, la transformant en simple règlement de comptes privé ou en trahison de la gauche. Même si cette dernière n’est pas exempte de reproches dans bien des domaines, il ne faut pas pousser l'analyse vers de telles aberrations, sous peine de plonger dans le ridicule absolu. 
L’assassinat de Lorca n’a pas une cause unique. Il naît du croisement de facteurs politiques, sociaux et personnels qui, dans le climat de terreur instauré à Grenade dès le soulèvement de juillet 1936, firent de lui la cible idéale. 
Intellectuel de premier plan engagé à gauche, soupçonné sans aucune preuve de franc-maçonnerie et assumant son homosexualité, il incarnait tout ce que les nationalistes haïssaient. Dans une ville où la répression s’abattait sans discernement sur les républicains, les syndicalistes et les esprits libres, sa notoriété n’était pas une protection, mais un danger. 
Le 16 août 1936, il y a quatre-vingt-dix ans, un groupe armé mené par Ramón Ruiz Alonso, ancien député de la CEDA devenu un des acteurs de la terreur locale, se présente au domicile des frères Rosales, où Lorca s’était réfugié. Eux-mêmes phalangistes, ils s’opposent en vain à son arrestation. Il est à noter que Lorca comptait des amis dans toutes les couches politiques de la société espagnole, la poésie dépassant le clivage politique. Ruiz Alonso, qui a participé à la dénonciation, le livre aux forces insurgées. Deux ou trois jours plus tard, entre le 17 et le 19 août, le poète est fusillé entre Víznar et Alfacar, aux côtés d’un maître d’école, Dióscoro Galindo, et de deux anarchistes, Francisco Galadí et Joaquín Arcollas. Aucun procès. Aucune formalité. Juste l’application brutale d’un système de terreur politique qui allait durer des décennies. 
Les rivalités locales et les querelles anciennes entre la famille García et le clan Roldán-Alba, nourries de tensions agraires, d’héritages disputés et de jalousies bourgeoises, étaient certes réelles, mais insuffisantes pour provoquer délation et exécution. La casa de Bernarda Alba, écrite peu de temps auparavant, s’inspirait en effet de voisins de sa mère et de figures connues de la microsociété granadine. Ces références à peine voilées ont certes pu raviver des rancunes. Mais transformer la pièce en cause directe de l’exécution, ou imaginer une conspiration d’amis de gauche vengeurs, reste une extrapolation sans fondement. Aucune preuve ne soutient cette thèse. Elle appartient au domaine de l’absurde. 
En définitive, Federico García Lorca a été assassiné par le système de terreur mis en place par les nationalistes. Ce système a trouvé à Grenade des relais et des dénonciateurs mus autant par la haine politique que par des hostilités personnelles. Les rancunes locales ont existé, elles ont même pu accélérer le destin du poète. Mais elles n’ont fonctionné que parce qu’un appareil de répression les a rendues possibles et les a armées. Ni la pièce, ni de prétendus amis de gauche n’ont commandité sa mort. 
C’est le nationalisme en armes qui l’a tué. Il faut l’assumer ! 
 
Sous l'Casque d'Erby
 
 

jeudi 28 mai 2026

Vivre et Mourir


Qu’il tonne, 
que ça sature, 
que le bitume fonde, 
le terminus approche, 
Tout le monde descend ! 
C’est gravé dans le marbre, 
hurlé par les klaxons, 
aboyé dans les cafés, 
craché par les bouches du métro, 
inutile de surabonder : 
On va tous crever ! 
Alors, on empiffre les secondes. 
On veut du choc, 
du velours, 
du prodige en barre. 
On veut du plein régime, 
du fort, 
du pur, 
du violent, 
du « par ici le magot » ! 
En attendant le crash, 
on pille les stocks, 
on s’injecte la peur 
par intraveineuse, 
on braque des illusions, 
on siffle les bouteilles, 
on fait dans les calcifs. 
On expectore de la fumée, 
On crache en l’air, 
pour mieux s’asperger. 
On devient usuriers de la chance, 
en jouant des coudes. 
On accumule la trouille, 
il faut que ça douille. 
On se remplit, 
on se gave, 
on surdose... 
Mais l’échéance est là, 
tatouée dans l’os.  
On va mourir ! 
On meurt déjà ! 
Mais vivre ? 
C’est pour quand ? 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 

 

mardi 2 septembre 2025

De mon temps

M art' IN
De mon temps, c'est en plein vol qu'on tringlait des mouches survoltées. 
De mon temps… De mon temps… De mon temps…   
Ferme ta gueule et lustre le sapin, t’as plus pour longtemps ! 
De mon temps… De mon temps… De mon temps…   
Quand y avait l'feu, on allait pomper du gazole pour l'aider à reprendre de la flamme.
Ferme ta gueule et lustre le sapin, t’as plus pour longtemps !
De mon temps… De mon temps… De mon temps…   
On s'pointait aux carrefours, qui n'étaient pas encore des rond-points, et on faisait tourner le manège avec les poulardins. 
Ferme ta gueule et lustre le sapin, t’as plus pour longtemps !
De mon temps… De mon temps… De mon temps…  
Les vieux cons étaient aussi cons que ceux d’aujourd'hui, les restos du cœur c’étaient les poubelles qu’on ratissait à toute heure. 
Ferme ta gueule et lustre le sapin, t’as plus pour longtemps !
De mon temps… De mon temps… De mon temps…  
On rêvait le monde comme on ne le pense plus aujourd'hui. On le salivait tant et tant dans des piaules minables qu'avec la sueur, on avait l'eau courante. 
Ferme ta gueule et lustre le sapin, t’as plus pour longtemps !
De mon temps... De mon temps... De mon temps... 
Quand le passé caressait le bord des grèves, les lèvres dansaient avec l'écume sur la crête des brisants.
Ferme ta gueule et lustre le sapin, t’as plus pour longtemps !
De mon temps… De mon temps… De mon temps…  
Dieu jetait un œil aux enfers, implorant Lucifer de le laisser en paix !
Ferme ta gueule et lustre le sapin, t’as plus pour longtemps !
De mon temps… De mon temps… De mon temps…  
Il y avait ceux qui l'ouvraient et ceux qui la fermaient, tout comme à présent... 
Ceux qui pleuraient pour un rien et ceux qui riaient avec dédain, tout comme à présent !
De mon temps… De mon temps… De mon temps… 
On grattait de la guitare comme aujourd'hui, on s'épile les burettes. 
Ferme ta gueule et lustre le sapin, t’as plus pour longtemps ! 
De mon temps… De mon temps… De mon temps…

Sous l'Casque d'Erby



vendredi 11 juillet 2025

Sans foi ni loi

M art' IN
On rit, on danse. On applaudit. C’est la vie !
Ça funambule, c’est du bravache et ça cravache.
Coups de fouet tous azimuts, ça fouette les narines, 
Ça sent la bière et la piquette, 
L’insecte, l’injection et injonction. 
L’air étouffe un poumon et puis l'autre. 
Gentil, le troupeau !
Ça a l'odeur de l’acier et la mitraille. 
Le feu et la limaille. 
Ça suinte des plaies béantes, ça écope et ça clamse, 
On s’en balance.
La norme, le débit, le dépit, c’est transe.
On rince avec l’eau du vain…
Roule, roule et déroule au boulevard des esquintés.
Fais crisser la gomme sur le bitume. Fais-la fumer. Crame jusqu’à la fin des senteurs. C’est Macadam cow-boy ! Le rêve et la débine !
Écarte les bras, fais-toi aussi infini que le ciel au-delà des horizons.
Les chaînes rêvent de brèches insolentes dans le lit des souffrances.
A la lisière de tout espoir, des fragments épars aux âmes vagues. Bétonnées et lourdes aux épaules, 
Oubliées, conspuées, abîmées, dégagées !
Danse, danse. Une danse vivifiante comme l’air libre des cimes inaccessibles.
Comme l’eau ouvrant des voies souterraines dans l’affluent des présages.
C’est la vie chahutée, la vie des charités coupables.
Ta faute, ta faute, c’est ta faute !
Expie-la, de degré en palier. Sans broncher. Sois coupable et incline-toi !
Le soleil sous les semelles, tes pas regrettent la marche légère des insouciances dans la lourdeur des temps métalliques.
C’est devant que ça se passe. Derrière, c’est passé. Sans regrets. Sans remords. On vire de bord, avec ou sans peur. 
Roule, on se la roucoule à l’ombre des arbres sans feuilles.
On joue au riche, au pourvu, dans le vide qui nous anime. Mais là-dedans, toi, moi, lui, ça déglingue, ça dézingue, ça torsade. 
Je te haine et ça dégaine. Ça tire, ça hémoglobine sous les nuages, ça dégouline et ça ripoline le monde d'après.
Roule sans te mouvoir, sans t’émouvoir ! C’est la sarabande des sans foi ni loi !

Sous l'Casque d'Erby 



dimanche 2 février 2025

Les aiguilles du temps

Au pied des crêtes chevelues, 
Où serpente l’esprit des choses vues, 
Des choses sues. Des choses ignorées, 
M art'IN
Une graine patiente et vulnérable,
Sommeille dans le silence des tiroirs.
Son attente peut durer des jours, des mois.
Des années avant d’éclore et s'épanouir.
Si tout va bien pour elle. Sinon…
La terre gardera à jamais le secret de ses promesses, 
Le remous complexe de ses élans.
Je sais… Je suis… La pensée submergée…
Je suis le néant d’une portion imaginée.
Microparticule agitée par le fantôme des idées.
C’était hier. Ou il y a des années.
Le quand et l’endroit n’ont pas de planète où loger.
À nous prendre pour Dieu, on finit par faire du miracle
La nourriture du diable.
Pouvons-nous, comme on le fait de jour en jour,
De siècle en siècle,
Rendre responsable de la folie le dernier venu ?
Des ravines creusées par des larmes chagrines,
Tracent des voies en dedans et en dehors.
Le monde file son train d’enfer.
Des hommes jouent avec les aiguilles d’avant les temps.
Dans le soleil tombant des crépuscules incendiés.
Des ombres mouvantes font des ricochets,
Sur l’eau indifférente des lacs confinés.

Sous l’Casque d’Erby


dimanche 17 décembre 2023

Je suis...

Je suis cet homme dont le poète a jeté un cri qui s’est perdu dans l’infini.
Cet homme ou cette chose qui gît sur le sol, yeux ouverts, un poignard planté dans le cœur.
Que fixe-t-il avec tant d’intensité ?
M art' in
Le vide sidéral qui s’est si soudainement emparé de lui ?
Cette vie qu’il a tant tardé à maîtriser et si vite fauchée ?
Ou songe-t-il déjà à ce futur promis aux morts dans les livres sacrés ?
Qui peut le savoir ?
Le gisant ne le voit pas, ne le sait pas, ne l’entend plus,
Mais des larmes creusent des rivières dans les rumeurs de la conscience.
Il ne voit pas, il n’entend plus, mais il sait tout des cœurs qu’on enfonce dans la boue,
Cette poussière que les larmes ont volé au vent,
Pour graver dans la roche un message que les dieux ne liront pas.
Il ne sait pas, dans sa raideur, que quelqu’un pleure et déplore son absence, veille à ce qu’on ne l’oublie, avant qu’un poignard ne le transperce à son tour.
Le poète est cet inconnu qui pleure et qui crie dans le silence des sépulcres.
Qui se souviendra des ruines quand elles retrouveront l’apparence des choses neuves ?
Qui pour imprimer dans la mémoire la beauté des choses ?
Qui pour extraire de la fosse commune de l’esprit l’or blanc de la vie ?
Qui pour cesser de nourrir un monstre jamais rassasié ?
Qui sont-ils, ces enfants amputés, à jamais privés de bonheur ?
Qui sont-elles, ces femmes violées, à jamais privées des plaisirs de la vie ?
Qui sont ces fantômes qui font semblant de vivre sous les décombres ?
Quelles sont ces ombres mouvantes qui se projettent sur les ruines de l’esprit pour un deuil sans fin ?
De Guernica à Gaza
Des Indiens d’Amérique en Afrique,
De camps de la mort en camps d’extermination,
C’est encore le même coup de poignard
Qu’on plante dans le cœur des hommes.
La même larme qui sillonne les joues des visages torturés.

Sous l’Casque d’Erby


mardi 11 juillet 2023

Interlude poétique

M art'IN
Je me disais :
« Et si l'été aidant... Et si les vents portants... Et si la poésie ?»
Ce si avec lequel on rend le ciel aussi bleu que le jour bleu de sa naissance ?
On ratiboise les forêts, on assèche les cours d’eau, on étrangle l'illusion, on affame la terre, on s'agenouille devant les bourreaux...
On rêve à demain comme on quitte le cauchemar d'un mauvais film, après un long séjour dans le noir.
J'écris dans ma tête des choses comme on n'ose pas en faire écho. Des choses que l'on dira à voix basse, ou que, honteusement, on enfouira sous la dalle des renoncements.
Envie d'effacer ce gribouillis de vie qu'on porte comme un fardeau. Cette blessure sans empreinte qui souille l'espace irraisonné.
Défaire... Refaire… Rêver à l'envers, la tête hors de l'eau. Ne pas se noyer.
Dire au ciel du fond du chaos ce silence qui n'ose pas être un embryon de pensée. 
Dire ce qu'on ne sait pas, qu'on ne sait que trop bien,
Que lorsque vient le gris, je mets du bleu dans les pinceaux,
Quand vient le noir, aucune couleur ne pouvant le consoler, je soulage le poids admirant la suavité d'un halo flottant au-dessus des herbes sauvages.
Oubliant la fraction soustraite, les caresses segmentées, l'élan paralysé,
Dieu, les prophètes, les exégètes…
Je m'offre ce que je peux, de reflets, de lumière délaissée,
Je rêve à des crépuscules inconnus, des aubes sophistiquées.
Je berce l'histoire, dansant sur la mienne, qui déjà se perd dans les orages de la mémoire.
Qui peut être s'en reviennent, pour ceci, pour cela.
Quand le ciel est bleu-foire, qu’il raconte des histoires d'étoiles,
Je lustre le vert des feuilles, l'éclat des fleurs et le bouton qui attend son heure pour éclore.
Quand tout dort, je vire de bord, trace une ligne imaginaire dans le sommeil du cosmos,
Songe à voix haute, si haute qu’elle me devient étrangère.
Les toits résonnent de voix qui tonnent.
Quand le ciel est au bleu
Quand le ciel est au noir
Que rien ne semble briller au-dedans,
Je garde dans la pulpe des doigts une caresse pour demain.

Sous l'Casque d'Erby


samedi 24 décembre 2022

Les meilleures Fêtes

Un poème et des crobars, c'est peu, mais c'est tout ce que nous pouvons offrir au milieu du chaos qui nous submerge en cette période de tradition où tout le monde souhaite le meilleur à tout le monde sous le fracas des bombes et les éclats de mitrailles. Malgré notre bonne volonté on s'interdit de chanter « Tout va très bien, Madame la Marquise » !
On sait tous comment tout cela avait fini !

Du fil à retordre

Erby
Un presque quart de siècle 21 avalé 
La vie brûle ses dentelles
Dit adieu aux hirondelles
C'était l'automne
Et c'est l'hiver
C'est Noël qui s'en vient
Mémoires blessées
Logées sous les combles
Fredonnant un air chaud
Dans ce recoin sombre
Où le passé chante son passé
Qui sait ce que la poussière recouvre ?
Danse, danse, danse
Sous un ciel bleu
Sous un ciel pourpre
Sous un ciel de papier
Tandis qu'au dedans
Tout au fond
Cette chose qui lancine
Plantée comme une aiguille
Dans le vaudou de nos peurs
Un quart de temps de siècle
Horreurs passées, horreurs à venir
L'année s'en va, faut-il applaudir ?
L'année s'en vient, faut-il s'en réjouir ?
Feuilles mortes qui ne finissent pas de mourir 
Qui ne finissent pas de revenir
Qui finiront par faire éclore 
Des fleurs pour l'avenir
Qui sait ?


Sous l'Casque d'Erby



dimanche 25 septembre 2022

L’écho des vents

Mart'IN
Les vents invitent à lever l’ancre vers d’autres horizons. Ni pires ni meilleurs, seulement différents.
Murmurent des choses indécises. Résonnent et déraisonnent dans la caisse de résonnance des futures dimensions.
Vous entrainent d’un point cardinal à son opposé comme une brindille dont le point fixe s’est fixé à la gomme du hasard.
Font danser dans la tête des nouvelles Babylone, cités d’or et de soie, que des fantômes s’amusent à éloigner chaque fois que j’approche un doigt.
Des vagues jumelles suivent et dansent au rythme d’autres vagues jumelles, brillant comme crinières d’écume poussées par les courants.
Faire comme les arbres à l’automne, jeter les vieilles frusques et attendre les nouvelles, bras nus, implorants la clémence des cieux.
Quitter un fractal géographique et sa protubérance nasale pour des criques aux secrets enivrants.
Rêver à des temps neufs, sans haine et sans crainte.
Marcher la tête libre. Lavée de ses blessures. Perdu, éperdu dans un frisson, emporté au-delà des mondes connus. 
Réapparaître à l’orée des temps exclus pour enfin voir cet autre côté tant convoité. 
Emporté vers les pays des silences aux échos nocturnes où les syllabes valent l’or du monde.
Lèvres closes dans l’errance des formes nouvelles et des mélanges souriants, les yeux cherchant dans le noir la lumière de demain.


 

Sous l’Casque d’Erby 



dimanche 17 janvier 2021

Pause poésie

Petite pause poésie. Après tout, la poésie est à l’origine de tant de choses formidables, que par temps crépusculaires – c’est le cas – elle se révèle comme refuge et citadelle inexpugnables. L’endroit où, à défaut de bonheur absolu, nous pouvons atteindre ce degré d’intensité imaginaire que nul ne peut nous dérober.







Sous l'Casque d'Erby


vendredi 27 octobre 2017

Le Funambule, de Jean Genet

Source

Par Rem*

Je viens enfin de lire « Le funambule » de Jean Genet, dont je ne connaissais (depuis des décennies) que les plus célèbres citations. Et je découvre que ces citations sont, sinon assassines, du moins impuissantes à révéler la très étrange beauté de ce texte. Celle d’un bloc animé d’une tension lyrique très singulière, 25 pages d’écriture étincelante qui forment une sorte de poème en prose serrée, comprenant fortes et folles déclarations d’amour de l’auteur pour le corps de l’artiste, son art virtuose et sa mort attendue...
Oui ce texte est fascinant de maîtrise pour dire justement la fascination qu’exerce sur le poète Genet le funambule Abdallah. Et Genet fait là exercice littéraire parallèle à l’exercice physique du danseur acrobate, exercice inouï pour un gratuit « geste de beauté », tant du spectacle de cirque que du texte créé. Avec cette différence fondamentale que le poème reste pour toujours créé tandis que le funambule ne danse qu’un fugitif moment. Puis entre deux spectacles survit en « vieille clocharde édentée » ... ou bien tombe et meurt.
Mais, si reste le poème parfois, le poète, lui, passe toujours : vit sa vie de funambule entre sauts périlleux et clocharde édentée ...ou bien tombe et meurt.
Avis aux cartésiens : cette littérature n’est pas pour vous, car Genet est un fou.  En fin de texte, il assène : « Il faut aimer le Cirque et mépriser le monde. Une énorme bête, remontée des époques diluviennes, se pose pesamment sur les villes : on entre, et le monstre était plein de merveilles mécaniques et cruelles : des écuyères, des augustes, des lions et leur dompteur, des trapézistes allemands, un cheval qui parle et qui compte, et toi. (…) Dehors, c’est le bruit discordant, c’est le désordre ; dedans c’est la certitude généalogique qui vient des millénaires, la sécurité de se savoir lié dans une sorte d’usine où se forgent les jeux précis qui servent l’exposition solennelle de vous-mêmes, qui préparent la Fête ».

Le 25 octobre 2017

Sous l'Casque d'Erby


samedi 4 mars 2017

Le cœur dans les mains

M art' IN
Dans la vie, il y a ceux qui se mouillent,
Ceux qui le voudraient, mais qui n’osent pas,
Ceux qui ne le veulent pas, qui atermoient,
Un doigt dans l’cul de Judas.
L’autre au-delà
Ceux qui payent pour voir,
Les Thomas de la voyance : un, deux, trois, et un énième coup pour y croire,
Pour apprendre qu’il n’y a plus rien à voir,
Sinon cette évidence perpétuelle qui nous frappe en nous aveuglant.
Demain c’est quand ?...
De l’eau, de l’eau dans le pinard, quand la vague échoue au pied des néants,
Poussant vers le sable le trop plein de larmes et de sang.
C’est la révolution aquatique : tous à la patauge et chacun pour soi !
Les frivoles diront : « que d’exagération ! Au diable le mouron ! A la mare les trublions ! 
Dansons, dansons, au son des violons !
Ouste, les vinaigrés qui pourrissent les arpions,
Tous à l’échafaud ! »
Tout le monde a raison. Mais vrai que la lave ne touche pas de la même façon celui qui se trouve au loin, que celui qui s’en trouve au cœur.
Si la vie n’est que métaphore, le phosphore des poètes brûle des cierges au seuil des enfers,
Tant le cœur est un amas de particules enfermées dans le coffre des vanités.
La vie ne serait que cela, un éternel enfumage ?
Des vagues scélérates à la soudaineté insatiable ?
Si mon esprit y penche, mon cœur s’y refuse !

Sous l'Casque d'Erby



vendredi 13 janvier 2017

Les vents l'ont dit

M art' IN


A ce qu’il semble, il y avait un débat (le premier) de la primaire de gauche hier soir. « Round d’observation », observe la presse. Si elle le dit...
Pour ma part, j’ai suivi l’arrivée des vents par l’ouest et je vous garantis que ça décoiffe chez les druides !
Je l’affirme : le vent est quand même plus inspirant que l’aquilon fétide qui monte des plateaux télé dont le profil macabre n’inspire rien de bon !
Petit poème du weekend. Merci les vents !


Vent d’ouest

Un vent d’orgie
Déboule
Déroule
Au point du jour
C’est l’ouest des raclées
Des vitres brisées
Des cœurs isolés
Des regards pétrifiés
Des racines soulevées
Par le souffle affolé
C’est l’hiver
Mais c’est l’été
Ça hurle
Ça gicle
Ça fouette
Aux brisants écumés
Entre deux poussées
Les vents postent
Des prières effarées
Que le ciel lit sans broncher

Sous l'Casque d'Erby


mardi 21 juillet 2015

Hier c'était demain

Deshumanisation - M art'IN

Autrefois, pas plus tard que hier
Peut-être même aujourd’hui, qui sait ?
Quand le ciel crachait des wagons d’incertitudes
Que le hasard maraudait un refuge
Que l’humain dansait avec rien, broutait n’importe quoi,
Guettant le danger, mourant d’un coup de croc,
D’un coup de froid, d’un coup de chaud,
La tête enfoncée dans les ténèbres, la boue dans le cerveau.
Quand il mourait d’un coup de bâton donné à la volée
Parce qu’on ne nourrissait que haine et terreur
Armé de breloques, de grigris, d’un néant qui faisait peur
Auscultant le repli d’on ne sait quel improbable bonheur
A coups de douleurs, la lumière vint éclairer le sort.
Le ciel grimaçant, suppliant des faveurs
Parce qu’une onde poétique l’avait saisi
Que l’esprit l’avait dégrossi
Poli et dépoli avec les rides d’un cri
Parce qu’il s’est dit…
Pas plus tard que hier
Pas plus tard qu’aujourd’hui
Que tout à l’heure et sans doute demain
Qui connaît l’instant où la vie vient ?
Qui sait l’endroit où elle prend le dernier train ?
Parce que nous n’avons pas fini de rêver
Parce que brouter n’est pas manger
Parce que guetter sa proie au point d’eau
Quand on est humain
N’est ni noble ni bon
Parce que sentir l'odeur, suivre la trace
Entendre le souffle effrayé de l'animal pourchassé
Victime et prédateur ne trouvant pas de mots
Pour danser autre chose qu’un chant de mort
Plus de vie. Plus d’amour. Plus d’envies…
Plus de nuages à partager
Plus de couleurs
Plus de ciel ou des paysages à espérer
Parce que ruine, misère, colère
Dansent je ne sais quelle onde macabre
Dans le royaume de la cupidité et de l’injustice
Silence ! Quelqu’un approche
Un bruit se propage. Perce les pages
Un oeil s’ouvre sur l’aurore
Dans le cauchemar des impatiences
Main tendue
Main fendue
Mains confondues
Mon humain le frère
Celui d’avant
Celui de plus loin...
Les frondaisons font des va-et-vient
Quand le croissant craque entre les doigts
Quand le verre tremble dans les mains
Quand le cri est silence
Qu’ensemble on dégueule les embruns
Il fait toujours nuit et c’est déjà demain
Toujours frères
Toujours humains



Sous l'casque d'Erby




mercredi 15 avril 2015

Les mots bien-pensants...

Source

Les mots bien-pensants sont bien pesants
Un poème c'est une claque du vent

Et ça te déconstruit et ta grammaire et ton vocabulaire

C'est pas crac-boum-hue ni carabistouille non plus

mais ça te chuinte d'entre les zoneilles

et les zorteils pareil

et d'entre ces zozos itou



Poème

grand éclair vert dans un immense ciel bleu

éclair du regard de l'enfant rieur qui fait

trou dans ton blindage d'adulte coincé

absence de merci de qui a reçu aumône bien-pensante

et

merci incongru au flot qui emporte liasse de billets de banque



et c'est

le Michaux de « clown » 

(fin du poème) :

Je plongerai.
Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert
     à tous
ouvert à moi-même à une nouvelle et incroyable rosée
à force d’être nul
et ras…
et risible…

*

Source
Les mots bien-pensants sont bien pesants

ça pèse sur l'inconscient formaté du citoyen-lambda

couvercle vissé de cocotte-minute au feu

dont le sifflet de soupape de sécurité

chante sa plainte lorsque dedans ça bout...



c'est le bleu blues du nègre esclave dans le champ de coton

c'est le cri gris du coolie d'Inde et de Chine

c'est le flamenco de libre Andalousie aussi

qui est aussi flamenco d'Andalousie asservie

et

c'est le Barcelone de 1936 : l'ordre anarchiste, à poursuivre.

-

Notes –

- le poème « clown » entier 

- pour les plus patients, lire le savant, beau et long commentaire (où l'on peut par exemple lire : « Sa protase se déploie / où son apodose s'éteint »!) ici.




Sous l'casque d'Erby