jeudi 25 juin 2026

14 juillet : l'histoire confisquée.

Source : Réseaux sociaux
Le gouvernement français – Macron, devrais-je dire – et les institutions européennes, dont le soutien à l'Ukraine n’est pas à démontrer, envisagent de faire défiler des militaires ukrainiens lors des cérémonies du 14 juillet sur les Champs-Élysées.
Le motif de la fresque est d’ores et déjà trouvé. Ne reste plus qu’à lui réserver une place au Louvre, entre la Victoire de Samothrace et le Radeau de la Méduse : l'héroïque bataillon Azov guerroyant le « démon », le terrassant tel un archange vengeur, érigé en symbole d'une nouvelle Europe célébrant enfin la victoire du « IVᵉ Reich » sur les « tovarichs » moscovites, tandis que les peuples européens sont invités à applaudir des oreilles leur propre mise en bière.
Au-delà du choc d’une telle manifestation, une question fondamentale doit être posée : Que célébrons-nous réellement chaque 14 juillet ? Est-ce, comme on le raconte dans les manuels scolaires, la victoire du peuple français sur l'Ancien Régime, l'affirmation de la souveraineté populaire et des idéaux de liberté ? Ou bien cette date est-elle le symbole d'une autre victoire, celle des puissances financières, des réseaux d'influence, du protestantisme et de la franc-maçonnerie, selon une lecture critique (mais plausible) de l'histoire ?
Les décisions prises par nos dirigeants ne laissent plus de place au doute.
Et que célébrions-nous véritablement en 1945 ? La défaite du national-socialisme et la fin de l'une des périodes les plus sombres de l'histoire, ou bien la simple mutation d'un système de pouvoir qui aurait changé de visage sans disparaître ? Les prédateurs auraient-ils simplement revêtu un costume d'agneau, préservant l'essentiel de leurs intérêts sous des nouvelles apparences ? 
Ces interrogations conduisent à une autre, plus vaste encore : qui aurait été l'architecte de ces transformations historiques ? Quels intérêts ont guidé ces recompositions du monde ? Et surtout, qui aura le courage de rétablir ce que certains considèrent comme une vérité historique occultée, au-delà des récits officiels et des simplifications idéologiques ?
Comment ne pas évoquer le sacrifice immense consenti par le peuple russe — alors soviétique — durant la Seconde Guerre mondiale ? Des dizaines de millions de vies furent brisées dans la lutte contre l'Allemagne nazie. Que reste-t-il aujourd'hui de cette mémoire ? Une exclusion !
Même à l’époque de l’Union soviétique, les ruses étaient invités à célébrer la victoire alliée contre le nazisme. Aujourd’hui, ils en sont exclus ! Leur sacrifice n'aurait-il servi qu'à préserver les apparences, tandis que les vaincus d'hier auraient trouvé le moyen de survivre politiquement sous d'autres formes ? 
Ces questions dérangent. Elles divisent. Mais elles ne dispensent pas d'un examen objectif des faits. Elles rappellent surtout qu'une nation qui cesse d'interroger son histoire finit souvent par accepter qu'on l'écrive à sa place. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

mardi 23 juin 2026

Kakastrouphe ! La Kakanikule est de retour !

Pixabay
Les présentatrices météo tombent le haut, le bas et les derniers scrupules pour serpenter d’un cerveau à l’autre, toute sinistrose dehors ! De quoi se rincer les korps et les rétines pendant que les banquises fondent plus vite que les promesses sanitaires affichées en 2003 lors du précédent et tragique épisode kanikulaire – 15 000 morts. 
Soleil de plomb, chaleur de merde, planète nue : vivement le retour du gel, qu'on remette une couche… de glace dans le pastaga ! Pas dans le whisky, sacrilège ! 
On rigole. On ricane. On dégouline. Les thermomètres explosent, les « records » tombent comme les textiles sur les plateaux télé, et chacun y va de son katastrophisme estival. 
La Kakanikule fait vendre du papier, du clic et de l'audience. 
Pendant ce temps-là, la grande vidange continue : celle des lits d'hôpital, des effectifs, des budgets et, finalement, des vivants. Restez chez vous. Ne sortez pas. C’est le confinement à vos frais. Mouillez-vous, vous aurez la double dose !
Car derrière le spectacle de la canicule, il y a une autre chaleur, plus insidieuse : celle des calculettes qui chauffent dans les cabinets ministériels. On ne soigne plus, on comptabilise. On ne protège plus, on arbitre. On ne prévient plus, on accompagne les dégâts en espérant que les statistiques refroidiront avant les consciences. 
Plus de vingt ans depuis la tragique canicule de 2003. Vingt ans de rapports empilés comme des linceuls, de recommandations transformées en papier recyclé, de discours solennels aussitôt évaporés sous le premier anticyclone. 
Vingt ans à savoir, à documenter, à répéter, comme si la vérité, à force d'être martelée, devait finir par devenir un simple bruit de fond. Comme la guerre. Comme les populations civiles écrasées sous les bombes. Comme tant d'autres drames que l'habitude anesthésie jusqu'à les rendre banals. 
Et pourtant, chaque vague de chaleur est un rappel brûlant. L'hôpital ne craque pas sous les degrés : il craque sous les décisions. Sous les budgets serrés comme des garrots, les lits fermés comme des cercueils, les soignants essorés jusqu'à la dernière goutte, alors qu’on ouvre les vannes à tout-va pour alimenter les caisses de quelques trafiquants d’armes, de drogue et d’humains du côté de l’Ukraine. 
La véritable canicule n'est pas météorologique. Elle est politique. 
 
Sous l’Casque d’Erby
 
 

dimanche 21 juin 2026

La Terre, ou le Procès de la Rondeur. Conte bref


Il était une fois un certain Théodore, lequel nourrissait à l'égard de la Terre une méfiance géométrique fort respectable. Ronde ou plate ?, répétait-il, avec un fort soupçon d’agacement. 
Le débat faisait rage dans sa tête. Il passait une bonne partie de sa vie à couper les cheveux en quatre. Comme il avait la boule à zéro, ça devenait compliqué ! 
Un matin, n’en pouvant plus, il se rendit chez le professeur Archibald, savant renommé dans tout le canton pour avoir découvert plusieurs choses que personne ne lui avait demandées, à qui il portait la contradiction sur bien de sujets. 
— Professeur, dit Théodore en entrant, ni bonjour ni bonsoir, je veux la vérité. 
— Voilà une demande coûteuse, répondit le savant en levant les yeux, sans que nous sachions s’il les levait vers le ciel ou en direction du visiteur. De quelle vérité s'agit-il ? 
— De la Terre. On prétend qu'elle est ronde. On ne parle que de ça ! 
— On le prétend en effet. On l’a même dessinée sous toutes ses coutures. 
— Et sur quelles bases ? 
— Sur quelques observations délicatement transmises par une coalition de savants, de navigateurs et autres esprits hautement qualifiés. 
— Des observations ? Voilà qui est maigre. Avez-vous seulement vu la Terre entière ? Je veux dire, d’un tenant ? 
— Non.
— Moi non plus. Nous sommes donc à égalité.
Le professeur ajusta ses lunettes. 
— Les navires disparaissent par l'horizon. Avec la distance, la première chose qui se dérobe au regard, c'est la coque. Cela est un signe de rondeur, nous enseigne-t-on. 
— Peut-être se couche-t-elle pour faire une sieste. Avec tout le poids qu’elle transporte, ce serait mérité, coupa Théodore. 
— Les étoiles changent selon la latitude. Trouvez-vous qu’elles aussi... 
— Elles voyagent. Chacun a droit à des vacances. Non ? 
— Les ombres ne sont pas les mêmes partout, vous l’avez remarqué, je pense. 
— Les ombres ont leur caractère. Certaines sont indépendantes. Ce sont des cabochardes. D’autres sont indépendantistes. Elles en ont marre de se faire zieuter par des intrus ! 
Le savant soupira. 
— Jadis, Ératosthène, qui n’était pas indépendantiste, mais grec, mesura la circonférence terrestre avec un bâton. 
— Voilà précisément ce qui m'inquiète. Et pourquoi pas avec une paille à boire ? Depuis quand un bâton décide-t-il de la forme du monde ? Et, pendant qu’on y est, pourquoi ne pas départager les avis les tirant à la courte paille ? 
Le professeur se leva et se servit un café, sans en proposer à Théodore. 
— Alors quelle forme lui donneriez-vous ? 
Théodore réfléchit. 
— Un hexagone. 
— Pourquoi un hexagone ? 
— Pourquoi pas ? Et si je décide que c’est un trapèze mélancolique, je peux tout aussi bien en faire le tour sans jamais tomber dans le grand vide en criant « au secours, la géométrie m’abandonne ! ». 
— Ce n'est pas un argument. C’est une pirouette. 
— C'est pourtant celui qu'on emploie souvent lorsqu'il s'agit de « progrès ». 
Le professeur sentit un mal de tête soudain. Quand allait-il arrêter de tout chambouler ?
— Et si la Terre était carrée, quelle différence y verriez-vous ? 
— Très pratique, répondit Théodore. On saurait enfin où sont les coins. 
— Et les océans ? 
— Ils seraient rangés plus proprement. 
— Et la gravité ? 
— Je m'en méfie déjà. Cette manie qu'elle a de retenir les gens me paraît suspecte. Et pourquoi ne serait-elle pas plate, notre terre ? Ce serait pratique, lisible, idéale pour poser un café sans craindre qu’il ne glisse vers l’Antarctique. 
La porte s'ouvrit brusquement avec un bonjour messieurs très ferme. Une femme entra, c’était Ursule, l'employée de maison. Elle portait un panier de légumes et des œufs, qu’elle déposa sur la grande table de la salle, avec l'autorité de ceux qui n'ont jamais eu besoin d'avoir raison pour avoir raison. 
— Vous discutez encore de la Terre ? 
— Nous cherchons sa forme, dit le professeur. 
— Et vous n'avez toujours pas trouvé ? 
— Non. 
— C'est donc qu'elle est suffisamment grande pour vous échapper. 
— Et quelle est votre opinion ? demanda Théodore. 
La vieille Ursule réfléchit. 
— Est-ce qu'elle porte les pommes de terre ? 
— Oui. 
— Les vaches ? 
— Oui. 
— Les imbéciles ? 
— Assurément. 
— Alors sa forme importe peu. Elle fait le travail. 
Un silence suivit cette déclaration. 
— Voilà qui est remarquablement terre-à-terre, murmura le professeur. 
— C'est normal, répondit Ursule. Je n'ai jamais réussi à vivre ailleurs. 
Et comme personne ne trouva rien à répondre, on alla déjeuner. Des fèves à la turque.
Quant à la Terre, ronde, carrée, hexagonale, plate ou chiffonnée, elle tourne à son rythme sans demander à quelle figure géométrique, elle appartient. 
Ce qui est peut-être la marque des choses importantes. 
 
Sous l'Casque d'Erby
 
 

vendredi 19 juin 2026

Alerte délinquance : Les dossiers noirs de notre enfance

 
Avant de soupirer avec nostalgie en répétant que « c'était mieux avant », ouvrons plutôt les archives psychiatriques de la jeunesse d’autrefois… et le casier judiciaire des héros qui ont alimenté loisirs et fantasmes en totale jubilation. Ces icônes que nous rêvions d'incarner, faute d'avoir réussi à leur ressembler dans la vraie vie, mais dont nous avons conservé, au fond de nous, la vive étincelle.
Regardons un peu à qui on confiait la formation de nos cerveaux, sans que plainte fût jamais déposée : 
Tarzan : Un exhibitionniste en slip léopard qui pratiquait le parkour sylvestre sans le moindre respect pour la pudeur publique. 
Cendrillon : Une ado en rupture de ban qui bravait le couvre-feu chaque soir, fuyait la police en laissant traîner des indices pédicures sur le perron, et squattait un carrosse orange tuné par une marraine sous acide. 
Pinocchio : Un mythomane compulsif dont le pif faisait office de polygraphe en direct. Un danger public pour les assurances. 
Batman : Un milliardaire en collants qui essorait sa Batmobile à Mach 3 dans des zones limitées à 30 km h, vraisemblablement sans permis, sans contrôle technique, et dont le seul « radar » était le mammifère qui lui servait de totem. 
La Belle au bois dormant : Une adepte de la grasse matinée thérapeutique qui a glissé dans la matrice du sommeil pendant que le PIB du royaume s’effondrait. 
Candy Candy : Une irrésolue chronique qui a réussi à séquestrer l’audimat sur des centaines d’épisodes juste pour choisir entre un blondinet et un rebelle, inventant ainsi le concept du triangle amoureux sans fin. 
Mister Chat : Version moderne des Peaky Blinders. Le Tom Shelby d'un cartel de félins de ruelle, gérant son business à coups de griffes et de trafics de croquettes de contrebande. 
Popeye : Un marin qui ne tournait pas à l'eau claire, mais qui s'enfilait des boîtes de conserve suspectes pour s’offrir des trips de super-costaud. Un cas d’école pour l'Agence Mondiale Antidopage. 
Blanche-Neige : Une squatteuse en colocation clandestine avec sept mineurs d'âge (et de taille), sans bail officiel ni déclaration de concubinage. C’est du propre ! 
Et le loup de Tex Avery ? À l’apparition d'une pin-up, ses yeux jaillissaient des orbites, la langue déroulait le tapis rouge, son cœur cognait comme un marteau-piqueur et il sifflait à faire exploser les décibels. Aujourd'hui, il se ferait convoquer illico par les ressources humaines, suivrait un stage obligatoire sur le harcèlement et finirait en garde à vue avant même la fin du générique ! 
Et après ça, les sociologues s’arrachent les cheveux face à notre génération ? 
Soyons logiques : on nous a nourris au grain de la folie pure ! On a développé un humour décapant, une imagination en roue libre et un mépris poli pour les lignes blanches. Avec un tel programme, c’est déjà un miracle qu’on ne marche pas tous sur les mains en grignotant nos chaussettes.
Les dessins animés nous ont inoculé le seul vrai virus qui vaille : l’impossible est une fake news et l’absurde, une seconde nature. Alors oui, on dégringolait peut-être de l’échelle à coulisse, mais on l'a fait en faisant des bulles de chewing-gum et en saluant la foule. 
 
Sous l’Casque d’Erby
 

mardi 16 juin 2026

Foot et dollars

Deux millions d’euros pour un siège en finale du Mondial de foot 2026 : le football est vendu à la découpe. Comme tout le reste. Pourquoi s'en étonner ? N’est-ce pas le traitement que l’on réserve déjà aux nations souveraines ? 
Ils ont osé franchir le pas. Sur la vitrine officielle de la FIFA, des billets pour la finale de la Coupe du monde 2026 ont culminé à près de deux millions d’euros ! Une telle indécence dépasse ce que le marché noir lui-même n’avait osé imaginer. L’obscénité s'affiche fièrement. Et pourquoi s'en priver ?
Quand on observe l’effondrement de notre civilisation depuis la pangolinade vaccinale, la guerre en Ukraine, l’épuration de masse à Gaza, l’agression du Liban et la guerre contre l’Iran, on comprend que ce crescendo destructeur balaie tout sur son passage. 
Ne parlons plus de simples dérives ou d’excès : c’est une véritable mutation. Le football n’est plus seulement corrompu, il est reconfiguré. Il est calibré sur mesure pour les immenses fortunes et verrouillé pour le reste de l’humanité.
Le peuple, qui a pourtant fondé ce sport et l'a porté à bout de bras, est aujourd’hui sommé de regarder ailleurs, ou de payer le prix de sa propre exclusion. Que lui reste-t-il à faire pour obtenir un siège ? Braquer une banque afin de rembourser la dette ?
Pendant ce temps, les prétendus gardiens de l’éthique paradent sur la scène publique. Transparence, régulation, responsabilité : ces mots circulent, drapés dans une vertu irréprochable, mais ils sont totalement vidés de leur substance. Il est fascinant de voir avec quelle fluidité les acteurs les plus compromis s'érigent en apôtres de la moralité. 
La contestation, quant à elle, dérange ; on choisit donc de la dissimuler, à l'image de l'arrière-boutique de L.A. Elle est disqualifiée, marginalisée et étouffée au sein d’un écosystème entièrement colonisé par les zombies. Carton rouge ! 
Le plus frappant n'est même pas la hauteur du montant. C’est son officialisation. Ce qui appartenait hier aux marges frauduleuses et douteuses est aujourd’hui pleinement assumé, normalisé et institutionnalisé. La FIFA ne se contente plus de suivre la dérive : elle en est l'architecte. 
Deux millions pour assister à un match, ce n'est pas un bug dans le système. C’est un aboutissement. C’est le résultat d'un football livré à une pure logique de prédation, où la passion populaire est transformée en rente financière, et où les supporters ne sont plus que des variables d’ajustement. 
À qui appartient encore ce sport ? La question a cessé d'être rhétorique. Elle est devenue éminemment politique. Car derrière les grands slogans d’universalité se dessine en réalité un entre-soi hermétique, où ne circulent plus que les capitaux, les privilèges et les accès exclusifs. Certains qualifieront cela d'évolution. D’autres y reconnaîtront sans peine les mécanismes familiers d’un cartel : concentration absolue du pouvoir, contrôle total des flux financiers et exclusion systématique des indésirables. 
Le football, autrefois bien commun, se transforme en un territoire sous concession privée. Après tout, quoi de plus « normal » ? Le sport n’est-il pas l’opium du peuple ? 
 
Sous l’Casque d’Erby
 

dimanche 14 juin 2026

La rose et la braise

Cet instant suspendu entre nuit et mémoire, où l’amour persiste comme une braise sous la cendre, défiant le temps et les modes, m’a fait songer, en relisant les Amants de Vérone, à une trace fragile qui refuse de disparaître. 
L’obscurité s’enroule autour de nous comme un serment à l’éternité. Nos silhouettes ralentissent, bercées par cette chaleur qui nous enveloppe. La lueur vacille, indécise, hésitant à reprendre haleine. 
— Elle cherche quelque chose, dis-tu. 
— Comme nous tous. 
— Non. Comme nous.
 Ta respiration et la mienne se mêlent, marées conjuguées. Les battements s’accordent, s’apprivoisent, roulent avec les vagues comme des galets aspirés par le reflux. 
— Écoute. 
— Quoi ? 
— Rien. 
Je souris dans l’obscurité. 
— Alors pourquoi écouter ? 
— Parce que le rien a plus de choses à dire que le monde. 
La fièvre s’apaise sans s’éteindre ; elle devient braise, souvenir vivant. 
Les gestes ralentissent, gagnent en certitude. Les mains ne cherchent plus la route : elles la connaissent.
— Nous sommes déjà passés par ici. 
— Où cela ? 
— Dans ce silence. 
Le monde revient par fragments : un souffle frais à la fenêtre, le grain du drap imprimé sur la peau. 
— Le jour approche. 
— Qu’il attende encore un peu. 
— Tu crois qu’il nous écoute ? 
— Cette nuit, oui. 
Les corps demeurent dans cet entre-deux fragile où la nuit n’est plus tout à fait nuit, et le jour pas encore jour. Mais dans nos têtes commence une nuit prolongée, profonde, amoureuse. 
Je te garde contre moi, non pour te retenir, mais pour t’accompagner dans le temps suspendu. 
 — Tu as peur ? 
La question flotte longtemps.
 — Toujours un peu. 
— De quoi ? 
— De me réveiller sans toi. Ta main serre la mienne. 
— Alors reste ici. 
Je t’approche comme on voudrait saisir l’écume après le fracas des vagues. 
Comment dire le souvenir sans le trahir ? 
Comment parler d’absence quand tout en moi reste habité par toi ?
 — Te souviens-tu ? 
— De quoi ? 
— Du jour où nos regards se sont croisés. 
Un rire léger glisse dans la pénombre. 
— Tu poses cette question comme si j’avais pu l’oublier. 
Je revois la lumière sur ton visage. J’ai respiré l’air de tes pas. Une rose rouge dans chaque main pour atteindre les dédales de ton cœur. 
— Tu étais maladroit. 
— J’étais terrifié. 
— Et pourtant tu as avancé.
— Parce que tu souriais. 
Lèvres contre lèvres, deux corps s’unissent, chantent, dansent, célèbrent l’alignement des planètes. 
Le jour grandit, mais nos ombres refusent de s’éloigner. 
— Où vont-elles ?
— Nos ombres ? 
— Oui. 
— Là où vont les souvenirs lorsqu’ils refusent de mourir. 
Ta présence flotte, invisible, collée à ma peau comme l’odeur du jasmin après la pluie. 
Je tends la main : il ne reste que la chaleur persistante du souvenir. 
— Tu es là ? 
Le silence s’installe. 
Puis, très doucement : 
— Je n’ai jamais cessé de l’être. 
J’ouvre les yeux. 
La rose est là, sur l’appui de fenêtre — rouge, intacte, comme si la nuit lui avait offert une nouvelle vie. 
Je la contemple longtemps. 
— Est-elle réelle ? 
Ta voix semble venir de très loin. 
— Cela a-t-il une importance ? 
Je ne réponds pas. 
La rose demeure. 
Écho. Coquillage porté à l’oreille pour entendre l’océan dans ses rumeurs les plus folles. Tatouage visible seulement de l’intérieur. 
Une rose qui ne fane pas, puisqu’elle est éternelle. 
— Alors, qu’est-ce que c’est ? 
Un miracle ? 
Peut-être le mirage obstiné des choses qui ne meurent jamais.
 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 

jeudi 11 juin 2026

Meurtre de Lyhanna : paradoxe de l'humanisme face à la barbarie

Par humanité, j’ai toujours été opposé à la peine de mort, ancré dans cette conviction profonde que la rédemption reste possible et qu’aucune faute, si terrible soit-elle, ne devrait effacer irrévocablement une vie entière. Une société civilisée se distingue précisément par sa volonté de préserver la dignité humaine, y compris chez ceux qui l’ont le plus férocement bafouée. 
L’écho de la plaidoirie de Robert Badinter en 1981 résonne encore en moi comme le symbole d’une justice noble et ferme, refusant de répondre au sang par le sang légal, une avancée que nous étions alors nombreux à célébrer comme un progrès moral historique.
Tant de chimères finissent par mettre les esprits à rude épreuve ! 
La réalité est venue violemment ébranler ces certitudes. Les décennies suivantes ont été marquées par des crimes d’une sauvagerie inouïe, qu’il s’agisse d’infanticides, de pédocriminalité, d’actes barbares aveugles ou d’atrocités commises par des criminels multirécidivistes. 
Face à ces drames, à l’image du meurtre de la petite Lyhanna, une douloureuse évidence s’impose : des vies ont été épargnées alors que leurs victimes ont été privées de tout avenir, posant inévitablement la question d’une juste proportion entre l’acte et la sanction. 
Lorsque le système judiciaire échoue à neutraliser des individus déjà condamnés à maintes reprises, la colère et l’impuissance des citoyens face aux défaillances des pouvoirs publics deviennent non seulement compréhensibles, mais légitimes. 
À cette détresse quotidienne s’ajoute le poison du soupçon face à de grands scandales internationaux comme l’affaire Epstein. L’impression d’une justice française timorée, opaque ou à deux vitesses face à des réseaux d’influence puissants ne fait qu’accentuer le sentiment d’abandon d’une population fatiguée. 
S’interroger sur le fonctionnement des institutions judiciaires n’est donc pas un réflexe réactionnaire, mais une exigence citoyenne fondamentale. La légitimité de l’État repose sur sa capacité à protéger les citoyens par des peines à la hauteur des crimes. Quand la justice paraît laxiste ou incapable de prévenir la récidive, la confiance institutionnelle s'effondre. 
Le problème actuel ne relève pas du manque de policiers dans nos rues, mais de l'application réelle et ferme des peines une fois les coupables arrêtés. 
Sans abjurer mes principes humanistes, je dois admettre que l’horreur des crimes pousse notre conscience dans ses retranchements les plus extrêmes. 
Devant la cruauté absolue, le doute s'installe et la question du rétablissement de la peine capitale surgit comme un ultime recours face à l’inacceptable. 
C’est là que réside toute la tragédie de notre condition : le défi vertigineux de continuer à défendre les valeurs fondatrices de notre civilisation face à des actes qui semblent en avoir définitivement détruit l’humanité. 
Que justice soit faite, c'est tout ce que l'on demande. 
 
Sous l'Casque d'Erby