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Il y a, dans cette irruption massive et soudaine, les signes d’une déstabilisation dont le chaos pourrait bien être, sinon le but, du moins l’instrument.
Un afflux de dizaines de milliers de personnes en quelques heures ou quelques jours ne laisse ni le temps de comprendre, ni celui de réfléchir. Il provoque les réflexes les plus élémentaires : la peur, la colère, le rejet. Et, trop souvent, la haine et la violence.
Lorsque l’équivalent d’une part considérable de la population d’une ville surgit brutalement dans son espace quotidien, l’équilibre social est bouleversé. Mais réduire cet événement à une seule cause serait une erreur.
Car qui sont réellement ces hommes, ces femmes et ces enfants qui arrivent à Ceuta ? Beaucoup plus d’hommes que des femmes et des enfants, soulignons-le !
Il y a certainement ceux qui fuient la pauvreté, le désespoir ou l’absence de perspectives. Certains cherchent simplement une vie qu’ils ne trouvent plus chez eux. D’autres, dit-on, préfèrent la perspective d’une prison espagnole à celle d’un retour dans les rues marocaines où les chances de survivre sont très minces.
Il y a aussi ceux qui sont venus pour quelques heures, attirés par la possibilité d’un passage éclair, d’un achat, d’un selfie pour les réseaux sociaux, ou d’un frisson dont ils ne mesurent pas les conséquences.
Et puis, il y a ceux dont la présence pose une tout autre question : les individus qui font de la délinquance une activité organisée et qui représentent un danger immédiat pour les habitants de l'enclave. Ceux-là doivent naturellement être identifiés et écartés, sans amalgame ni ménagement.
Mais une autre interrogation demeure.
Existe-t-il, derrière cette masse hétérogène, des groupes plus organisés cherchant à instrumentaliser la situation ? Certains pourraient-ils voir dans ce désordre l’occasion de renforcer une présence militante, voire islamiste, à Ceuta, comme on le murmure avec des mots à peine voilés, ou de nourrir à terme une revendication politique sur ce territoire espagnol ? Dans cette hypothèse, pourraient-ils compter sur des relais déjà présents sur place ? Une sorte de cinquième colonne, alimentée par des fonds secrets ?
Il faut rester prudent : établir de telles connexions exige des faits, pas des intuitions. Mais l'absence de preuve aujourd’hui n'interdit pas de poser la question.
Car le véritable danger serait de ne pas distinguer les situations : le migrant en détresse, le jeune en quête d’avenir, le délinquant, le militant politique ou religieux, et l’éventuel acteur cherchant à exploiter le désordre ne relèvent ni des mêmes motivations, ni des mêmes réponses.
La question fondamentale est donc peut-être ailleurs : qui a provoqué cette situation ? Qui l’a rendue possible ? Qui en tire profit ? Et surtout, dans quel but ?
Ceuta n’est pas seulement un morceau de territoire espagnol posé sur la côte africaine. Pour ceux qui, comme moi, y sont nés, c’est une ville, une mémoire, une identité, une part de soi.
C’est pour cette raison qu’il faut regarder ce qui s’y passe avec lucidité : sans angélisme, sans haine, sans amalgame — mais sans naïveté non plus.
Certains observateurs avertis avancent les noms du roi du Maroc et son expansionnisme mégalo, de Donald Trump et de Benyamin Netanyahou, associés du diable, comme les artificiers de ce chaos, aucun de trois ne pardonnant pas à l’Espagne ses prises de position sur la Palestine, le Liban et le Moyen-Orient...
C’est peut-être dans cette direction qu’il faudrait regarder.
Sous l'Casque d'Erby













