Il suffit désormais que le mercure s’élève avec la désinvolture d’un après-midi d’été pour que s’ouvre, séance tenante, le grand concile des âmes thermosensibles. Trois degrés de plus, et les oracles entrent en transe : la fin des temps est annoncée, certificat météorologique à l’appui.
La Terre, apprend-on, n'est plus cette vieille planète robuste qui en a vu d'autres, mais une créature délicate que la moindre merguez sur un barbecue plonge dans un état de stress post-traumatique. Le soleil lui-même est sommé de s’expliquer : chaque rayon est une faute morale !
Son refus obstiné à venir témoigner sur les plateaux météo est une preuve de sa culpabilité, s’il en fallait une !
Il faut reconnaître à cette nouvelle foi une remarquable cohérence doctrinale. Tout y est : les prophètes inspirés, les tables de la loi (version bilan carbone), les pécheurs désignés et, surtout, cette exquise certitude d’avoir toujours raison.
La vie quotidienne s’en trouve délicieusement simplifiée :
Le voisin qui tond ? Il scie la branche climatique sur laquelle nous agonisons tous.
L’oncle en diesel ? Un nostalgique du crime atmosphérique.
La sœur et sa veilleuse sur la table de nuit ? Une criminelle de guerre énergétique !
On respire mieux quand tout le monde est coupable, n’est-ce pas ?
Quant au doute, quelle relique ! On l’expose parfois, entre deux anathèmes, comme on montrerait un fossile : « Autrefois les gens hésitaient… »
Fort heureusement, cette époque barbare, comme lors de certaines canicules du temps jadis, où l'on se contentait d'ouvrir les fenêtres sans y voir l'annonce de l'Apocalypse est bel et bien révolue.
Aujourd’hui, la vérité se mesure et se proclame à haute voix.
Dante, s’il revenait, aurait-il la décence de réviser son œuvre ?
Pourquoi s’embarrasser de cercles et de subtilités quand une bonne damnation immédiate fait parfaitement l’affaire ? Enfer direct, sans escale, pas de purgatoire, cuisson rapide et jugement inclus.
Le salut, lui, a gagné en efficacité. Plus besoin de méditation : un signalement bien senti, une indignation correctement calibrée, et vous voilà du bon côté des flammes — celles qui purifient évidemment, jamais celles qui brûlent.
Bientôt, les places publiques accueilleront leurs élégants autodafés symboliques. On y jettera avec méthode les climato-sceptiques, les amateurs d’air conditionné et autres hérétiques refusant de psalmodier le credo thermique en vigueur.
Et quel spectacle ce sera : une société enfin réconciliée, unie dans la désignation des coupables, réchauffée — au sens le plus humain du terme — par les braises de sa propre vertu.
Après tout, l'histoire nous l'enseigne : rien ne rassemble autant que le feu.
Sous l'Casque d'Erby












