Fini le mondial de foot. Que le gagnant ait mérité sa victoire finale n’enlève rien au parfum de corruption qui éclabousse la compétition (vidéo du jour).
Les compétitions sportives s’enchaînent comme des rites avec lesquels l’on célèbre moins l’excellence que l’imposture. À chaque record, à chaque médaille, à chaque victoire, la même pestilence monte vers la table des sacrifices, tandis que l’on foule aux pieds la dignité du sport.
On ne dissimule plus l’ordure, on la célèbre.
Nous assistons à une liturgie avec laquelle la fraude n’est plus un scandale, mais une constante. Dopage, manipulations, influences occultes ne sont pas des erreurs accidentelles, mais les fondations mêmes du spectacle. On met en place des technologies modernes (écrans de contrôle, etc.) pour pallier la défaillance humaine, elles révèlent le puits sans fond de la corruption.
Conditionné à confondre le vrai avec le vraisemblable, le public applaudit avec la même ferveur qu’il conspuait hier. Parce que le sport reflète fidèlement l’état d’une civilisation et la manière dont on gouverne les peuples. Lorsqu’il se dégrade, c’est qu’une société entière est déjà compromise.
Les stades sont les cathédrales d’un culte dont le dieu est un pickpocket.
Pendant ce temps, les prêtres de la vertu débitent leurs sermons. Ils invoquent l’éthique, la transparence, le respect, tout en administrant des systèmes dominés par l’opacité, les intérêts privés, les calculs financiers et les compromis permanents.
Le langage ne sert plus à dire le juste, mais à rendre le faux acceptable.
Ce que l’on voit dans les stades se retrouve en dehors, sur le terrain politique, où ce qui compte, c’est le truandage. Ainsi, l'on voudrait encore que les peuples adhèrent aux valeurs qu’on leur récite lors de cérémonies officielles. Quelles valeurs, au juste ? Celles pour lesquelles tant d’hommes sont envoyés mourir, tant de familles brisées, tant de sacrifices consentis ?
Liberté, justice, mérite, égalité… que reste-t-il de ces mots lorsqu’ils deviennent les slogans d’un monde qui récompense le mensonge et traque la vérité ?
Le drame n’est même plus que les élites trichent : elles l’ont toujours fait. Le scandale est dans le fait que les peuples aient appris à considérer la fraude comme naturelle.
Une civilisation ne meurt pas quand les escrocs triomphent ; elle meurt lorsque les personnes honnêtes cessent de s’en indigner.
Alors les records continueront de tomber, les hymnes de retentir, les feux d’artifice d’illuminer les cérémonies d’ouverture, et les foules repartiront satisfaites d’avoir été trompées encore une fois.
Cela nourrira quelques débats, suscitera des affrontements entre partisans, dans un esprit que l’on dira, bien sûr, purement passionnel.
Les empires s’effondrent le jour où ils cessent d’éprouver de la honte.
Ce n’est pas demain la veille.
Sous l’Casque d’Erby













