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| L'Histoire se signe à l'encre des empires |
Dwight D. Eisenhower sur le pouvoir des lobbies
La politique moderne repose sur une fiction : les citoyens font semblant de croire aux promesses, et les dirigeants font semblant de pouvoir les tenir. Tant que cette illusion fonctionne, le système tient. Mais lorsque la réalité fissure le récit, les grandes puissances connaissent depuis longtemps un remède brutal : la guerre.
Pendant un temps, certains ont vu en Donald Trump un possible facteur de rupture. Non par admiration pour le personnage, mais parce qu’il paraissait incarner une contestation frontale d’un système politique américain rongé par l’argent, les réseaux d’influence et les intérêts immobiles de l’État profond.
Son discours promettait de rompre avec la mécanique implacable des interventions extérieures : mettre fin à la guerre en Ukraine avant qu’elle n’engloutisse davantage l’Europe, allié naturel, contraindre Israël à cesser la destruction de Gaza, et ramener la politique américaine vers un réalisme débarrassé de sa vocation messianique.
Autrement dit : faire des États-Unis une puissance parmi d’autres, et non le gendarme autoproclamé du monde.
Mais le verbe ne renverse pas aisément les structures qui façonnent le pouvoir.
Trump est un tribun redoutable, un communicant instinctif capable d’électriser une foule en quelques phrases. Par certains aspects, il rappelle notre inénarrable Bernard Tapie : même énergie, même théâtralité, même goût pour la formule qui frappe. Un commercial dans un costume de trader, jouant chaque coup à pile ou face.
Mais dans une grande puissance, l’éloquence se heurte rapidement à la densité du système. Institutions, appareil militaire, industrie d’armement, diplomatie permanente : cet ensemble forme une architecture de pouvoir qui traverse les élections et survit aux présidents.
Celui qui promettait de rompre avec ces logiques a cru pouvoir dompter l’hydre impériale… avant d’en devenir la proie.
Celui qui se présentait comme l’apôtre du désengagement se retrouve aujourd’hui à la remorque d’Israël, exécutant testamentaire d’un empire finissant, engagé dans une guerre contre l’une des plus anciennes civilisations du monde.
Dans cette séquence tragique, nous assistons, une fois encore, à la tentative d’Israël d’accomplir, parmi les ruines et les cadavres, son projet mythifié de « Grand Israël ». Parce que, disent les fanatiques, la Bible l’aurait prédit. Parce que Dieu l’aurait voulu. Comme si, dans cette vision apocalyptique, le Diable lui-même signait les ordres de l’opération « Epic Fury ».
Cette désillusion n’a pourtant rien de nouveau.
La leçon est cruelle : dans les grandes puissances, ce ne sont pas les dirigeants qui façonnent le système, mais le système qui façonne — et souvent brise — les dirigeants.
À mesure que les crises internationales s’enchaînent, la promesse de paix ne ressemble plus à l’équilibre des nations, ni à la réconciliation des peuples. Elle prend une forme plus sinistre, que l’histoire connaît bien : la paix des cimetières.
Pour finir, dans un climat politique saturé d’anathèmes : Donald Trump n’est sans doute pas le « fasciste » que certains dénoncent avec frénésie. Il est plutôt un dirigeant qui a sous-estimé la puissance des forces militaires, économiques et idéologiques qui structurent l’Amérique — et qui découvre, comme tant d’autres avant lui, que ces forces résistent à la volonté d’un président.
Sous l'Casque d'Erby













