mardi 7 juillet 2026

Confiscation des biens des personnes physiques ou morales.


L'expression consacrée selon laquelle « il n'y a pas de fumée sans feu » signifie qu'une rumeur, une accusation ou un soupçon trouvent souvent leur origine dans un fait réel, sans que celui-ci corresponde nécessairement à la vérité tout entière. Elle traduit une forte probabilité, non une certitude.
On écarte volontiers cet adage au nom de la prudence ou de la rigueur juridique. Pourtant, il exprime une intuition née de l'expérience : certaines dérives ne surgissent pas de nulle part. Elles s'annoncent, se devinent, se préparent. Il arrive que la fumée précède le feu, comme le ciel noir annonce l'orage.
Ainsi en est-il du danger selon lequel les ministères de l'Intérieur et de l'Économie pourraient, de concert, priver des personnes physiques ou morales de leurs biens ou de leurs revenus au motif d'une prétendue « incitation à la haine », sans décision préalable d'un tribunal. 
À ce jour, cela n'existe pas dans le droit français. Mais l'inquiétude ne naît pas du néant. Elle s'alimente de l'extension progressive des pouvoirs administratifs et des multiples régimes dérogatoires instaurés au fil des années au nom de la lutte contre le terrorisme, le séparatisme ou les ingérences étrangères.
La tentation est permanente, pour un pouvoir gagné par la logique de l'exception, d'élargir toujours davantage son champ d'action. 
Lorsqu'un État s'habitue à gouverner par l'urgence, le risque existe que les garanties judiciaires deviennent des obstacles plutôt que des protections. L'individu cesse alors d'être un sujet de droit pour devenir une chose. 
La loi du 24 juin 2024 relative aux saisies et confiscations n'a pas supprimé l'intervention du juge en matière de confiscation pénale, certes. Mais il n'en demeure pas moins que le droit français connaît déjà des mécanismes de gel administratif des avoirs, décidés conjointement par le ministre de l'Économie et le ministre de l'Intérieur, sans autorisation judiciaire préalable.
Ces mesures sont officiellement réservées à des faits précis : financement du terrorisme, participation à des activités terroristes ou, plus récemment, certaines formes d'ingérence étrangère. Mais une question essentielle demeure. Qui décide qu'une personne relève de ces catégories ? Sur quels éléments repose cette appréciation ? Quel est le niveau de preuve exigé avant que des conséquences aussi lourdes soient imposées ?
Et surtout, quelles garanties protègent effectivement le citoyen contre l'erreur, l'arbitraire ou l'instrumentalisation politique Le gel des avoirs de citoyens russes suite à des sanctions liées au conflit ukrainien en est l'exemple le plus courant. 
Pouvons-nous, dès lors, envisager une telle éventualité concernant des citoyens français ou membres de l'UE pour avoir exprimé leur sympathie à l'égard de la Russie ? Ou pour dénoncer la dérive totalitaire des régimes dits démocratiques ? Qui pour nourrir les listes noires ?
Rien n’est plus aisé que d'accuser. Je peux, par exemple, affirmer que mon voisin est borgne alors qu'il possède deux yeux parfaitement sains. L'affirmation ne crée pas la réalité. Pourtant, lorsque l'accusation émane de l'autorité publique, elle peut produire des effets immédiats bien avant qu'un juge ne se prononce. 
Dans un État de droit, la puissance publique ne doit jamais disposer d'un pouvoir de sanction reposant principalement sur sa propre appréciation. Car dès lors que l'administration devient à la fois celle qui soupçonne, celle qui qualifie et celle qui sanctionne, la frontière entre la protection des libertés et leur restriction devient dangereusement mince. 
 
Sous l'Casque d'Erby
 

dimanche 5 juillet 2026

La seconde colonne d’Hercule - Conte bref


Va. Écoute. Cherche. Doute. 
Plie tes certitudes en origamis et jette-les au vent. 
Un vent de hasard. Chaud. Froid. Violent. Un vent glacé venu des montagnes. 
Mon oncle Jésus — grand, sec, un peu voûté — portait une moustache qu’il soignait avec application. Et puis ce nez. Un tarin monumental. On ne voyait que lui dans la rue. On l’avait surnommé Cyrano. Je n’en ai compris le sens que bien plus tard. 
Il réglait la circulation pour la police municipale. Ça ne suffisait pas. Le pays sortait d’une grande misère, les cicatrices d’une guerre civile encore à vif. Il arrivait encore que la garde civile frappe aux portes et reparte avec l’homme de la maison. 
La peur élargissait les yeux et cousait les bouches. 
Le soir, après son service, il parcourait la ville avec une mallette d’objets disparates. Stylos, peignes, brosses, ciseaux, gadgets sans nécessité — de quoi séduire un comptoir fatigué. Il devenait représentant en articles divers. Il ne parlait ni de la guerre ni de l’endroit d’où il venait. Il disait seulement : « Avant. » Et puis : « Après. » 
Avant, les hommes riaient fort. Après, ils regardaient derrière eux. 
Dans la cuisine, il s’asseyait toujours à la même place. 
Ma tante Dolorès était souvent absente. « Des choses à faire », disait-elle. 
En vérité, elle aimait le meilleur ami de mon oncle. Ils se retrouvaient dans les hauteurs de la ville, dans des coins ombragés. Moi, j’allais partout. J’ai senti une douleur nette dans la poitrine quand je les ai vus s’embrasser. 
J’adorais ma tante. Elle buvait trop. L’ivresse l’apaisait. Entre deux eaux, son regard devenait du velours. Elle était belle. Douce avec moi. Parfois, on aurait dit qu’elle cherchait un peu de lumière dans l’oubli. 
La chaise grinçait sous le poids maigre de Jésus. Il retirait sa casquette, la posait près de l’assiette, l’alignait avec le bord de la table. Il aimait que les choses tombent juste. Peut-être parce que le reste ne tombait jamais au bon endroit. 
Dolorès servait la soupe sans un mot inutile. Mes cousins parlaient bas. On apprenait tôt à mesurer le volume des choses : le pain, le sucre, les paroles. Moi, j’étais volubile. Trop. Mon oncle disait à ma mère, à voix basse :
— Il va être temps qu’il quitte le pays. 
Parfois, quelqu’un manquait dans le quartier. On disait qu’il était « parti travailler ailleurs ». 
Mon oncle ne commentait pas. Il lissait sa moustache du pouce et de l’index. Geste précis. Presque solennel. Comme s’il redessinait une frontière invisible. 
Le dimanche, il cirait ses chaussures avec soin. Il polissait le cuir jusqu’à voir son reflet déformé dans la pointe effilée — ces chaussures italiennes qu’il aimait tant, au supplice élégant. Son nez surgissait dans la courbure sombre. Il en riait parfois. Un rire bref. Sec. Il n’ignorait pas son surnom. Il l’acceptait. 
Je crois qu'il aimait secrètement l'idée de Cyrano de Bergerac. Cela lui suffisait peut-être.
Les soirs de tournée, il rapportait des anecdotes minuscules : 
Un commerçant qui avait vendu son premier réfrigérateur ; une jeune femme hésitant entre deux peignes ; un enfant fasciné par des ciseaux.
Il racontait cela avec une tendresse discrète, surtout quand Dolorès était là. 
Mon oncle avait du courage. Il glissait les billets dans la poche intérieure de sa veste comme il enfouissait sa peur au fond de sa gorge — d’un geste souple et ferme. 
Un soir très tard, on frappa à la porte. Trois coups. Ni forts ni faibles. Juste assez pour que le cœur change de rythme. 
Dolorès leva les yeux. Lui posa sa cuillère. Lentement. On sentait la peur flotter dans l’air coupable de la nuit. 
Ce n’était qu’un voisin. 
Mais j’ai vu, dans cet instant suspendu, les années s’abattre sur son visage. Pas la guerre elle-même — son fantôme. 
Il se leva. Ouvrit. Parla normalement. Plaisantait presque. 
Quand il revint s’asseoir, sa moustache était parfaitement en place. 
Ce n’est pas la misère que je garde de lui. Ni la peur. Mais cette obstination tranquille à rester droit quand le vent traverse la maison. 
Mon oncle Jésus était la seconde colonne d’Hercule. 
 
Sous l'Casque d'Erby 

jeudi 2 juillet 2026

Euthanasie : nouveau service après-vente de la République

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Soyez courageux ! Acceptez de mourir. Mieux encore : disparaissez avant l’heure. Vous rendrez un fier service à la Nation reconnaissante.
Tout est affaire d’emballage. L’enveloppe compte plus que le contenu. Et pour l’occasion, les communicants du pouvoir ont trouvé la formule magique : « mourir dignement ». Quel chef-d’œuvre de novlangue ! 
Cette expression me ramène à une autre, servie jadis à toutes les sauces : « Pauvres, mais dignes ! ». 
Toujours cette rhétorique des puissants, qui repeignent les chaînes en rubans et les renoncements en vertus. Le lexique officiel regorge d’euphémismes pour faire avaler les pilules les plus amères avec le sourire.
Le téléphone sonne. D’ordinaire, je laisse les numéros inconnus s’épuiser en vain. Cette fois, je décroche. Une voix déborde d’entrain, comme un commercial trop zélé. 
— Bonjour, monsieur. Monsieur Lambda ? 
— Lui-même. 
— Je me présente… 
La politesse de la voix pourrait faire fondre un percepteur. Une voix mûre et bien exercée. La garce est exquise. 
— Je représente la Sécurité sociale. Ma mission ? Accompagner les personnes atteintes de maladies chroniques. 
Je coupe court. Mieux : je prends la tangente, détalant comme un lièvre dans la garenne, poursuivi par la meute. 
— Au risque de vous décevoir, madame, je me porte à merveille. Pas la moindre maladie chronique à déclarer. Les organes sont à leur poste, le moteur ronronne, les voyants sont tous au vert.
Elle ne se démonte pas. 
— Oh, vous savez, loin de moi l’idée de vous souhaiter du mal… Mais à votre âge, après une carrière dans le bâtiment, avec les fatigues accumulées, les excès possibles — alcool, tabac, matières grasses, sucre —, sans oublier l’hypertension, le souffle au cœur, la prostate… autant de petits soucis susceptibles de connaître avec l'âge une issue… fatidique. Je suis là pour vous conseiller. Pour vous accompagner. Pour canaliser un éventuel état dépressif. 
Tiens donc. La Grande Faucheuse a désormais un standard téléphonique et un dossier clinique très au point. Je reste courtois, mais je rabote son enthousiasme morbide. 
— Je vous remercie de tant de sollicitude. Mais dans l’état actuel de mon bien-être, je n’envisage aucune panne. Tant que la mécanique tourne rond, je ne vois pas pourquoi j’irai solliciter les services (et sévices) de notre fleuron national. 
Elle s’accroche comme une bernique. 
— Écoutez… entre nous, je vais vous faire une confidence. Mes deux premiers maris tenaient le même discours. Emportés comme des fétus de paille par un coup de vent. Quant au troisième… je m’inquiète pour lui. Pourtant, il semble en pleine forme… Êtes-vous vraiment certain que… 
Je commence à me demander si elle ne collectionne pas les veufs pour améliorer les statistiques de son entreprise. 
— Écoutez-moi bien, madame. Je vais bien. Même remarquablement bien. Selon le pronostic du meilleur spécialiste que je connaisse— moi-même —, j’ai l’intention de vivre jusqu’à cent dix-huit ans. Cent vingt serait d’une prétention insupportable. Il faut savoir rester modeste. 
Elle ne désarme pas. Armée de la bienveillance de l’administration, de l’autorité du législateur et de l’obstination d’un huissier, elle insiste : 
— Je n’ai pas l’intention de miner votre moral. Mais sachez que si l’idée vous venait, nous sommes là. Aujourd’hui, l’euthanasie est une solution propre, sereine… et digne. 
Un silence. Quelle époque prodigieuse ! 
Autrefois, les pouvoirs publics faisaient tout pour prolonger la vie des citoyens. Aujourd’hui, ils s’appliquent à leur expliquer qu’il existe une sortie… élégante. À croire que le progrès consiste désormais à transformer le droit de vivre en aimable invitation à disparaître. Avec le sourire. Sans bruit. Et, si possible, en remerciant la République pour sa délicate attention. 
Ô soleil ! Soleil vert… 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 
 

mardi 30 juin 2026

La Sainte Inquisition du Thermomètre

Il suffit désormais que le mercure s’élève avec la désinvolture d’un après-midi d’été pour que s’ouvre, séance tenante, le grand concile des âmes thermosensibles. Trois degrés de plus, et les oracles entrent en transe : la fin des temps est annoncée, certificat météorologique à l’appui. 
La Terre, apprend-on, n'est plus cette vieille planète robuste qui en a vu d'autres, mais une créature délicate que la moindre merguez sur un barbecue plonge dans un état de stress post-traumatique. Le soleil lui-même est sommé de s’expliquer : chaque rayon est une faute morale ! 
Son refus obstiné à venir témoigner sur les plateaux météo est une preuve de sa culpabilité, s’il en fallait une ! 
Il faut reconnaître à cette nouvelle foi une remarquable cohérence doctrinale. Tout y est : les prophètes inspirés, les tables de la loi (version bilan carbone), les pécheurs désignés et, surtout, cette exquise certitude d’avoir toujours raison. La vie quotidienne s’en trouve délicieusement simplifiée : 
Le voisin qui tond ? Il scie la branche climatique sur laquelle nous agonisons tous. 
L’oncle en diesel ? Un nostalgique du crime atmosphérique. 
La sœur et sa veilleuse sur la table de nuit ? Une criminelle de guerre énergétique ! 
On respire mieux quand tout le monde est coupable, n’est-ce pas ? 
Quant au doute, quelle relique ! On l’expose parfois, entre deux anathèmes, comme on montrerait un fossile : « Autrefois les gens hésitaient… » 
Fort heureusement, cette époque barbare, comme lors de certaines canicules du temps jadis, où l'on se contentait d'ouvrir les fenêtres sans y voir l'annonce de l'Apocalypse est bel et bien révolue. 
Aujourd’hui, la vérité se mesure et se proclame à haute voix. Dante, s’il revenait, aurait-il la décence de réviser son œuvre ? 
Pourquoi s’embarrasser de cercles et de subtilités quand une bonne damnation immédiate fait parfaitement l’affaire ? Enfer direct, sans escale, pas de purgatoire, cuisson rapide et jugement inclus. 
Le salut, lui, a gagné en efficacité. Plus besoin de méditation : un signalement bien senti, une indignation correctement calibrée, et vous voilà du bon côté des flammes — celles qui purifient évidemment, jamais celles qui brûlent.
Bientôt, les places publiques accueilleront leurs élégants autodafés symboliques. On y jettera avec méthode les climato-sceptiques, les amateurs d’air conditionné et autres hérétiques refusant de psalmodier le credo thermique en vigueur. Et quel spectacle ce sera : une société enfin réconciliée, unie dans la désignation des coupables, réchauffée — au sens le plus humain du terme — par les braises de sa propre vertu. 
Après tout, l'histoire nous l'enseigne : rien ne rassemble autant que le feu. 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 
 

dimanche 28 juin 2026

Les étoiles du quartier haut


 « As-tu trouvé la femme qui t’aime et que tu aimes ? » 
Étrange question. 
Finalement, la vie n’est pas compliquée. Quand on aime, on aime pour aimer. Rien ne dégage autant de clarté. L’amour est un fil invisible, si fin qu’un rien peut le briser. Il tresse des nattes dans l’insondable mystère du vide. 
Mortadelle insiste. Il aime les femmes, le vin et la poésie. Et il m’aime aussi. Je ne sais pas pourquoi, mais il me trouve valable. Dans sa bouche, ce mot vaut toutes les distinctions. C’est ma médaille de bravoure ! 
Il faut l’accompagner. 
— Juste pour voir, dit-il avec ce qu’il faut de diablerie pour attirer le poisson. 
— Pas aujourd’hui, j’ai catéchisme. 
— Mon caté à moi te fera visiter les étoiles mieux que n’importe quel cours d’astronomie. Dieu n’est pas loin, je t’assure. 
Mortadelle a trois ans de plus que moi. Il habite la partie haute du quartier, le versant de la prostitution. Il connaît les techniques de la rue. Un callejero. Un enfant de la rue, comme beaucoup d’entre nous. Un père tranquille, qui sait négocier les virages. Souriant, serviable, le cœur sur la main. Mais gare quand il s’énerve — rarement. Ça déménage.
C’est un ami. Le seul que j’aie, avec Tony, mon chien. Il boit et il fume. Moi, pas encore. Une règle pourtant : jamais devant son père, le Grand Antonio, une crème de gars. 
Mortadelle roule ses pétards dans sa chambre avant son tour du soir. Un vrai chat de gouttière. 
— À ta place, je laisserais tomber le catéchisme pour une fois. Ce n’est pas la mort. Tu verras autre chose que la gueule du curé. 
Aller où ? La curiosité commence à me piquer. Une petite boule se forme dans mon ventre. Je me sens bizarre. 
— Tu verras. C’est une bonne adresse. Je connais tout le monde. 
La ruelle se présente comme un long couloir très étroit dans le quartier des terrasses. Par les toits, on peut le traverser sans encombre. Il offre plein de choses à la curiosité. Il se termine en impasse, une sorte de chausse-trape. Mais une seule enjambée vous projette vers la grande artère. 
Dans ce U architectural, une succession de portes, surmontées de lumières tamisées, ouvrent sur de mystérieux froufroutements. Franchement, je suis inquiet. Jamais auparavant je n’avais vu autant de lumières diffuser si peu de clarté. 
Un jour, la vie tombe par terre. Comme ça. Boum ! 
Depuis, ma tête est un moulin. Je mouds tout et n’importe quoi. Je suis au bord de mes moyens. Tout au bord. La falaise est haute. Je fais des efforts pour paraître serein. Les connaisseurs ne sont pas dupes. 
En réalité, cette ruelle est à la fois centre et périphérie. Dans la pénombre, ma honte est moins visible, du moins je le crois. 
Devant chaque porte, ou dans l’entrebâillement de certaines, se dessinent une paire de melons plus ou moins lourds, ou une paire d’yeux scrutateurs. Je tremble dans mes chaussettes. Le tout baigne dans un parfum entêtant, une sorte de substance chimique agissant violemment sur le psychisme. 
L’odeur du jasmin se mêlait à celle, âcre, des mégots écrasés sur le sol inégal. 
Plus tard, mes pieds se souviendront, j’y deviendrai accro. 
Pour l’heure, ma gorge est sèche. Je n’ai plus de salive. Plus de voix. Plus rien ne semble fonctionner dans mon organisme. 
Les gens parlent à voix basse. Comme à l’église. Serait-ce un sanctuaire avec des nouveaux rites ? 
La musique est douce. Elle ne ressemble à rien de ce que je connais. Avec mon bermuda orange, tout le monde peut admirer la finesse longiligne de mes jambes de coq sous-alimenté. 
— Combien ? 
— Quoi, combien ? 
Mortadelle ne s’adresse pas à moi. Il parle à une dame que je n’ose pas regarder. Trop belle pour moi, me dis-je. 
J’ai les mâchoires serrées. Je ne pipe pas mot. Si seulement je pouvais me trouver ailleurs.
— C’est la première fois, dit Mortadelle. 
Il parlait à la dame. Moi, j’avais les mâchoires serrées. Quant à mes genoux, je préfère n’en rien dire. 
Mortadelle me prend par le bras. Il murmure tout doucement :
— Tu aimes les étoiles, pas vrai ? Aujourd’hui, tu vas faire un beau voyage vers elles. 
La dame de tout à l’heure, la déesse que j’avais repérée, me prend par la main et me conduit dans un endroit isolé qui sent le jasmin. 
Depuis, j’ai laissé tomber le catéchisme. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

jeudi 25 juin 2026

14 juillet : l'histoire confisquée.

Source : Réseaux sociaux
Le gouvernement français – Macron, devrais-je dire – et les institutions européennes, dont le soutien à l'Ukraine n’est pas à démontrer, envisagent de faire défiler des militaires ukrainiens lors des cérémonies du 14 juillet sur les Champs-Élysées.
Le motif de la fresque est d’ores et déjà trouvé. Ne reste plus qu’à lui réserver une place au Louvre, entre la Victoire de Samothrace et le Radeau de la Méduse : l'héroïque bataillon Azov guerroyant le « démon », le terrassant tel un archange vengeur, érigé en symbole d'une nouvelle Europe célébrant enfin la victoire du « IVᵉ Reich » sur les « tovarichs » moscovites, tandis que les peuples européens sont invités à applaudir des oreilles leur propre mise en bière.
Au-delà du choc d’une telle manifestation, une question fondamentale doit être posée : Que célébrons-nous réellement chaque 14 juillet ? Est-ce, comme on le raconte dans les manuels scolaires, la victoire du peuple français sur l'Ancien Régime, l'affirmation de la souveraineté populaire et des idéaux de liberté ? Ou bien cette date est-elle le symbole d'une autre victoire, celle des puissances financières, des réseaux d'influence, du protestantisme et de la franc-maçonnerie, selon une lecture critique (mais plausible) de l'histoire ?
Les décisions prises par nos dirigeants ne laissent plus de place au doute.
Et que célébrions-nous véritablement en 1945 ? La défaite du national-socialisme et la fin de l'une des périodes les plus sombres de l'histoire, ou bien la simple mutation d'un système de pouvoir qui aurait changé de visage sans disparaître ? Les prédateurs auraient-ils simplement revêtu un costume d'agneau, préservant l'essentiel de leurs intérêts sous des nouvelles apparences ? 
Ces interrogations conduisent à une autre, plus vaste encore : qui aurait été l'architecte de ces transformations historiques ? Quels intérêts ont guidé ces recompositions du monde ? Et surtout, qui aura le courage de rétablir ce que certains considèrent comme une vérité historique occultée, au-delà des récits officiels et des simplifications idéologiques ?
Comment ne pas évoquer le sacrifice immense consenti par le peuple russe — alors soviétique — durant la Seconde Guerre mondiale ? Des dizaines de millions de vies furent brisées dans la lutte contre l'Allemagne nazie. Que reste-t-il aujourd'hui de cette mémoire ? Une exclusion !
Même à l’époque de l’Union soviétique, les russes étaient invités à célébrer la victoire alliée contre le nazisme. Aujourd’hui, ils en sont exclus ! Leur sacrifice n'aurait-il servi qu'à préserver les apparences, tandis que les vaincus d'hier auraient trouvé le moyen de survivre politiquement sous d'autres formes ? 
Ces questions dérangent. Elles divisent. Mais elles ne dispensent pas d'un examen objectif des faits. Elles rappellent surtout qu'une nation qui cesse d'interroger son histoire finit souvent par accepter qu'on l'écrive à sa place. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

mardi 23 juin 2026

Kakastrouphe ! La Kakanikule est de retour !

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Les présentatrices météo tombent le haut, le bas et les derniers scrupules pour serpenter d’un cerveau à l’autre, toute sinistrose dehors ! De quoi se rincer les korps et les rétines pendant que les banquises fondent plus vite que les promesses sanitaires affichées en 2003 lors du précédent et tragique épisode kanikulaire – 15 000 morts. 
Soleil de plomb, chaleur de merde, planète nue : vivement le retour du gel, qu'on remette une couche… de glace dans le pastaga ! Pas dans le whisky, sacrilège ! 
On rigole. On ricane. On dégouline. Les thermomètres explosent, les « records » tombent comme les textiles sur les plateaux télé, et chacun y va de son katastrophisme estival. 
La Kakanikule fait vendre du papier, du clic et de l'audience. 
Pendant ce temps-là, la grande vidange continue : celle des lits d'hôpital, des effectifs, des budgets et, finalement, des vivants. Restez chez vous. Ne sortez pas. C’est le confinement à vos frais. Mouillez-vous, vous aurez la double dose !
Car derrière le spectacle de la canicule, il y a une autre chaleur, plus insidieuse : celle des calculettes qui chauffent dans les cabinets ministériels. On ne soigne plus, on comptabilise. On ne protège plus, on arbitre. On ne prévient plus, on accompagne les dégâts en espérant que les statistiques refroidiront avant les consciences. 
Plus de vingt ans depuis la tragique canicule de 2003. Vingt ans de rapports empilés comme des linceuls, de recommandations transformées en papier recyclé, de discours solennels aussitôt évaporés sous le premier anticyclone. 
Vingt ans à savoir, à documenter, à répéter, comme si la vérité, à force d'être martelée, devait finir par devenir un simple bruit de fond. Comme la guerre. Comme les populations civiles écrasées sous les bombes. Comme tant d'autres drames que l'habitude anesthésie jusqu'à les rendre banals. 
Et pourtant, chaque vague de chaleur est un rappel brûlant. L'hôpital ne craque pas sous les degrés : il craque sous les décisions. Sous les budgets serrés comme des garrots, les lits fermés comme des cercueils, les soignants essorés jusqu'à la dernière goutte, alors qu’on ouvre les vannes à tout-va pour alimenter les caisses de quelques trafiquants d’armes, de drogue et d’humains du côté de l’Ukraine. 
La véritable canicule n'est pas météorologique. Elle est politique. 
 
Sous l’Casque d’Erby