On continue de parler de « l’affaire Epstein » comme d’un scandale isolé. Comme d’une aberration complotiste. Comme d’un accident moral dans un monde qui fonctionnerait normalement.
C’est confortable. Mais c’est faux. Ce qui a émergé n’est pas la chute d’un homme et sa mort suspecte dans la cellule où il était détenu. C’est l’exposition d’une méthode.
Le principe est simple, presque banal dans sa mécanique : on approche les puissants, on flatte leurs appétits, on leur offre l’impunité qu’ils pensent mériter. On crée les conditions de la compromission. Puis, on enregistre. On archive. On conserve. Et on attend. Comme à la chasse.
À partir de ce moment, il n’y a plus d’élites. Il n’y a plus que des vulnérabilités.
Un ministre, un financier, un prince, une célébrité : peu importe le titre. Tous deviennent des leviers. Des dossiers.
On ne les convainc plus. On les tient.
Et soudain, la vie publique devient plus lisible :
Ces volte-face politiques inexpliquées. Ces enquêtes enterrées. Ces réseaux criminels miraculeusement épargnés.
Ces guerres absurdes présentées comme nécessaires. Ces fortunes intouchables. Ces silences coordonnés.
Ce n’est pas de l’incompétence. Ce n’est pas du hasard. C’est de la contrainte ! C’est du chantage !
Des décideurs qui devraient protéger la société passent leur temps à se protéger eux-mêmes. Ils obéissent.
Ils votent contre leurs promesses. Ils blanchissent l’argent sale derrière des montages juridiques. Ils serrent les mains qu’ils devraient menotter. Ils prononcent des discours sur l’éthique pendant qu’ils garantissent l’impunité des prédateurs.
La corruption classique suppose l’avidité. Ici, c’est pire. C’est la peur. La peur d’un dossier qui sort. La peur d’une vidéo qui fuite. La peur de la dégringolade sociale.
Alors, ils se couchent. Tous.
Et un dirigeant qui a peur est plus dangereux qu’un dirigeant corrompu. Parce qu’il ne négocie même plus : il exécute.
On aime croire que les démocraties tombent sous les coups d’idéologies extrêmes. La réalité est plus sordide.
Elles pourrissent de l’intérieur, dirigées par des gens compromis, tenus en laisse, incapables de dire non à ceux qui possèdent leurs secrets.
L’affaire Epstein n’est donc pas un monstre isolé. C’est une fenêtre. Une brève ouverture sur l’arrière-boutique du pouvoir :
un endroit où l’on fabrique des responsables dociles, où la morale est un décor, et où la dignité publique se monnaie comme une marchandise.
Ce n’est pas seulement un réseau qui a été exposé. C’est un système de gouvernance par le chantage et la corruption.
Certaines élites ne gouvernent pas. Elles sont gouvernées.
Et tant que cette mécanique restera intacte, les beaux discours sur la démocratie, la justice et les valeurs ne seront que du théâtre.
Un théâtre financé par notre naïveté.
Comme à son habitude, la France, qui figure en bonne place dans le dossier Epstein, manifeste une certaine réticence à exprimer un avis moral. Une condamnation retentissante ne serait pas un luxe, pourtant. D'évidence, elle est plus soucieuse de s'attaquer à Elon Musk et le réseau social X qu'aux horreurs du réseau Epstein.
Il est à noter que nos médias et une grosse partie de la classe politique accordent une attention modérée à cette affaire. Comme si... Comme si... Comme si...
C'est tout juste si bientôt, il ne va pas s'agir d’un vaste complot orchestré par des entités étrangères. Moscou ? Pékin ? L'Iran ? Le Dalaï-lama ?
Pouvons-nous espérer un sursaut de dignité ?
Sous l'Casque d'Erby













