mardi 7 avril 2026

Le Liban, ce poème qui refuse de mourir

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Il est des guerres qui dépassent les cartes, les alliances et les discours grossiers des empires médiatiques.
Celle qui brûle aujourd’hui le Moyen-Orient appartient à ces catastrophes qu'on écrit avec l’encre inexorable des tragédies antiques.
Ceux qui ont engagé cette « nouvelle guerre » contre l’Iran connaissent le prix : des milliers de vies englouties dans le silence des ruines, des villes rayées des cartes, des générations condamnées à redessiner ce que la violence détruit en quelques heures avec un narratif emprunté à la fiction messianique. 
Certaines guerres ne cherchent plus la victoire, mais la ruine. Une ruine calculée, méthodique, nécessaire à l’avènement d’un nouvel ordre conçu loin des peuples qui en subiront les terribles conséquences. 
Dans cette logique terrifiante, ce ne sont jamais les décideurs qui paient, mais les peuples — ceux qui n’ont ni voix dans les décisions, ni refuge contre la mitraille. 
Parmi ces peuples, il en est un qui saigne depuis si longtemps que le monde a fini par considérer sa blessure comme une fatalité de l’histoire : Le Liban. 
Petit pays posé entre montagne et mer, comme un fanal fragile au bord de la Méditerranée. Terre minuscule par sa géographie, immense par ce qu’elle a offert à l’esprit humain. C’est là que Khalil Gibran a laissé s’élever une parole qui traverse les langues et les continents comme une prière. C’est là que la voix de Fairouz a porté l’aube et la nostalgie jusqu’aux profondeurs de l’âme orientale (cf. vidéo du jour). Et c’est là que Beyrouth, ville blessée et lumineuse, s’est relevée mille fois de ses cendres — chaque renaissance plus fragile, mais aussi plus obstinée. 
On a tant détruit Beyrouth qu’elle a fini par apprendre l’art mystérieux de la résurrection.
Mais sous le ciel de plomb, quelque chose persiste : l’odeur entêtante du café qui s’échappe des cuisines au matin, la musique qui glisse entre les balcons, les conversations murmurées dans les nuits sans électricité, mais pleines d’une lumière que rien ne peut éteindre. 
Le Liban est un poème qu’on tente d’effacer sans y parvenir. Sa tragédie n’est pas seulement celle des bombes. Elle est aussi celle de l’habitude. À force de voir ce pays tomber et se relever, le monde s’est habitué à sa douleur. Elle est devenue une rumeur lointaine dans le tumulte des crises contemporaines. On oublierait que derrière les chiffres il y a des visages. Des mères qui attendent. Des enfants qui apprennent à rire au milieu des décombres. Des exils interminables. Des vieillards qui racontent encore le Beyrouth d’autrefois comme on raconte une légende dont personne ne peut oublier la beauté. 
Et malgré tout, la ville demeure. 
Face à la mer, Beyrouth se dresse comme une prière verticale, adressée au ciel et à la conscience des hommes. Elle rappelle que la dignité d’un peuple ne disparaît pas avec ses immeubles ni avec ses ports détruits. 
La guerre ne brise pas l’âme libanaise, elle la révèle. Car lorsque tout s’effondre — les maisons, les certitudes, les promesses — il reste une vérité plus profonde. Au Liban, elle tient dans un vers de Gibran : « La douleur sculpte le cœur pour qu’il puisse contenir davantage de joie. » 
Peut-être est-ce là le secret de ce peuple : transformer la blessure en beauté, la perte en dignité, le désespoir en lumière. 
Le Liban demeure fragile et pourtant indestructible. Beauté tragique au cœur du tumulte du monde. Un rappel précieux de ce que l’humanité doit protéger avant toute chose : la mémoire, la dignité et la lumière. 
 
Sous l'Casque d'Erby
 
 

dimanche 5 avril 2026

Le rêve s’était trompé d’adresse.

Création IA

La musique dansait en moi comme les feuilles tremblent sous le vent. 
Mais d’où venait ce vent ? Quelle force le poussait jusqu’à la porte, soulevait les rideaux, faisait vaciller la flamme des bougies ?
Tu connais cette musique ? 
Moi, je n’ai pas de genre. Mon corps les connaît tous. C’est un juke-box. Il ne choisit pas : il répond. Il sait seulement ce qui l’apaise, ce qui le soulage, ce qui l’emporte comme une amante sûre d’elle. Ce qui le fait pleurer d’émotion.
Celle qui me tient aujourd’hui m’attache au piquet de mes agitations. Elle tourne, s’éloigne, revient, pose ses lèvres sur les miennes. Effleure et m’affleure. J’entends sa respiration. Nos rythmes se confondent. Puis tout s’arrête. Tout devient silence.
Le monde se fige, va se loger dans un repli de l’âme. Comme si l’on tentait de peindre le temps. De le lire en braille. Pour que chacun comprenne enfin le sens des saisons. 
Avant de rêver la vie, il faut la respirer. La toucher à tâtons, comme un aveugle qui éclaire l’obscurité à chaque objet rencontré. 
Mais avant que la musique ne se taise, il y eut le cinéma. Les petits cinémas de quartier, ces antichambres de l’évasion, un billet pour l’infini.
J’y aurais laissé ma peau pour gagner ma place. Quatre pesetas la séance continue. On entrait quand on voulait. On restait des heures. Parfois de douze heures jusqu’au bout de la nuit. J’ai encore dans les yeux, le picotement et le flash de la lumière crue à la sortie. Je sortais lessivé : les yeux gonflés, les jambes engourdies, le ventre vide — mais heureux. Les mondes s’entrechoquaient dans ma tête dans un carambolage monstre. 
L’Apolo. L’Astoria. L’Avenida. Le Cervantès — du plus chic au plus cher. 
Quatre pesetas et le monde se dépliait comme une carte aux trésors. Quatre pesetas pour toucher les confins du rêve. Assis sur une chaise de bois ou de fer, tordu dans le « poulailler », au pied de l’écran, le cou cassé, les cervicales au supplice, c’était le paradis !
Quelle vie ! Je n’ai depuis, jamais autant voyagé. Quatre pesetas pour voir les confins ! C’était une affaire !
La terre devenait nuage. L’espace, ivresse. C'était l'époque où je voulais devenir aviateur ! La rétine passait son temps à s’éblouir, n’obéissant qu’à son addiction. Je n’avais besoin de rien d’autre. Tout était dans mon assiette. Un festin !
Avant les films, il fallait subir les actualités : Franco, toujours Franco — notre Guide, notre Timonier. Puis enfin Tarzan, bondissant de liane en liane, torse nu, invincible. Tous les animaux, même les plus féroces, étaient ses potes. Quand il appelait, ils venaient tous à la rescousse. Ça, c'est de l’amitié ! 
Ou l’homme aux colts d’or. Ou Nemo et ses vingt mille lieues sous les mers. 
Eux, au moins, échappaient à tout. 
Pour ces quatre pesetas, j’aurais tout fait : travailler, mentir, voler, rendre service. Juste pour entrer. Chanter. Danser. Vivre plus grand que moi.
Le temps était mon allié, mon complice. 
J’avais le temps d’avoir le temps.
Et puis arriva Un homme, une femme
Interdit aux moins de dix-huit ans. Ça m’a chagriné au plus haut point. Je n’avais pas l’âge. Pas encore. J’ai triché. J’avais le corps en feu, des pensées roses plein la peau. Une véritable éclosion cutanée. 
Trop grand pour moi, le costume ? Ne vous inquiétez pas, je vais grandir plus vite que le calendrier !
Je faisais la queue, j’essayais de paraître plus vieux, je me glissais derrière les grands du quartier. J’étais grand pour mon âge. J’entre. Ouf !
Et je sors abîmé. 
Comme dans un brouillard. 
L’histoire me cogne au front avec insistance. Tout ça — interdit aux dix-huit, torride — me laisse perplexe. Qu’ont-ils vu qui m’a échappé ? 
Dans le silence après la dernière réplique, quelque chose continue de battre. Pourtant, je n’entends rien. Si ce battement est le bruit d’un train qui s’éloigne, c’est cher payé. 
Un homme. 
Une femme. 
Une gare. 
Un pays où la mer arrive à regret. Sans étincelle. Sans chaleur. Absente d’elle-même. 
Du froid partout. Une atmosphère à flanquer le bourdon pour toujours et à jamais. Du smog dans la passion. Un amour qui refroidit plus qu’il ne réchauffe. Voilà tout. 
Plus tard — beaucoup plus tard — le costume m’allait enfin. Dans un autre pays, on le diffusait dans un ciné-club. La projection était suivie d’un débat. La plaie !
C’était l’âge d’or de la grattouille occipitale. 
J’aurais dû rester avec ma première version. 
Le rêve s’était encore une fois trompé d’adresse. 
 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 

 

vendredi 3 avril 2026

Le grand pressoir du monde

Il suffit d’un frisson sur la carte du monde pour que les prix s’envolent. 
À peine un diplomate hausse-t-il le ton qu’à l’autre bout du pays, les totems des stations-service s’affolent comme des baromètres fous. 
La fièvre monte à El Pao ! L’or noir s’embrase avant même d’avoir brûlé ; les marchés s’enfièvrent à la première dépêche — et aussitôt, la pompe, pompe son tribut. 
On prétend que tout cela relève des lois du marché, ces lois mystérieuses et indiscutables, que personne n’a jamais votées. Pourtant, ce n’est pas le pétrole qui manque ; c’est la décence. 
Ce qui s’impose à nous sous les dehors de la rationalité économique n’est qu’un théâtre d’ombres. La peur comme décor et l’avidité pour moteur. Comment croire que les stocks raffinés hier obéissent aux crises de demain ? La hausse n’attend plus la cause ; elle l’anticipe, la provoque presque. 
Le citoyen, lui, observe, impuissant, pendant qu’on lui raconte que tout cela est nécessaire, inévitable, mathématique. Et on lui désigne la cible ! N'importe laquelle de préférence. Il ne voit pas qu’au-dessus de lui travaille une autre géométrie : celle du profit, sans angles morts ni états d’âme. 
Dans ce grand pressoir du monde, c’est toujours le même fruit qu’on écrase : le peuple, citron de la finance moderne, qu’on presse, qu’on essore, et qu’on somme encore de sourire à la télé au nom de la croissance et des futurs « Mozart de la finance » !
Souvenons-nous : la crise sanitaire avait déjà ouvert la voie. Ce fut l’âge des « urgences » providentielles, où chaque décision arbitraire enrichissait un conglomérat et appauvrissait la foule. 
Aujourd’hui, la dette publique s’étire comme une cicatrice de cette anesthésie collective ; et pendant qu’on nous berce du discours du ruissellement, l’eau s’évapore avant d’avoir touché le sol. 
L’inflation, cette bête qu’on nous décrit indomptable, ne naît pas du hasard. Elle est fille de l’opportunisme, sœur de la connivence. Une mécanique aux gonds dorés, huilée par ceux-là mêmes qui, publiquement, feignent de la combattre. 
Le baril flambe, les profits jouissent, et le politique disserte. Mais derrière le pavillon de la conjoncture se cache toujours la même évidence : tout cela est voulu. 
Quand le cynisme devient système, il n’y a plus de crise, c’est une méthode ! 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 
 

mercredi 1 avril 2026

La Logique du Shaker

On secoue le tout. On mélange les martyrs en carton et les bourreaux en hologrammes, et on attend que la mousse monte.
Observons nos experts de salon, les stratèges en charentaises qui, entre deux gorgées de n’importe quoi, redessinent les frontières du monde sur un coin de nappe numérique. Pour eux, l’Histoire n'est qu'un algorithme bien dressé : il suffit de cliquer sur « J’aime » pour absoudre un massacre, ou sur « Partager » pour bombarder une capitale avec des certitudes foireuses.
Dans cette foire aux vanités, le plus dur n'est pas de mourir – après tout, c'est le métier des autres – mais de rester « branchés ».
L’indignation est devenue un produit de luxe, avec sa collection printemps-été (le keffieh en soie) et sa ligne automne-hiver (le drapeau bleu et blanc en photo de profil). 
L’ennemi, lui, change de visage selon l’éclairage des projecteurs.
Et pendant qu'on s'écharpe sur l'origine de nos malheurs actuels ou sur la pureté spirituelle des mollahs, le prix du gaz, lui, ne fait pas de métaphysique. Il explose.
On nous annonce le prochain acte : la Grande Fusion. Une alliance de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du chaos, où l’on verra des dévots prier l’Intelligence Artificielle et des libertaires réclamer des chaînes plus douillettes aux chevilles et aux poignets. 
Voici maintenant le pitch du prochain épisode, qui commence à circuler sur les réseaux. Je salive rien qu’à l’idée de le partager : l’Iran serait aussi le berceau d’une grande conspiration mondiale, brassant cabales mystérieuses, sociétés occultes et satanistes de service, au service de Khazars infiltrés. Le tout servi avec un sérieux de circonstance par des esprits, on ne peut plus au courant.
Et, affolé par les révélations, l’esprit yoyote, encore et encore. Ça tient à si peu de choses, l’esprit : si l’Iran est le nouveau monstre qu’on décrit, que sont donc ses partenaires, Vladimir Poutine et Xi Jinping ? La cinquième colonne ?
Le rideau tombe, mais les spectateurs refusent de quitter la salle. Ils attendent le « post-générique », cette petite scène bonus où l’on nous expliquera que tout cela n’était qu’une vaste répétition générale pour un spectacle encore plus grandiose, plus bruyant, plus... terminal, en cours de tournage !
Car après tout, si la réalité est dans la manche de celui qui fait l’histoire, l’illusion, elle, est bien installée dans le cœur de ceux qui préfèrent le mirage au désert.
Mais, qu’on se le dise, tout ce merdier n’est pas la faute à Rousseau, pas plus qu’à Voltaire, tous deux blanchis dans cette misérable affaire. 
Tout ceci est la faute au 7 octobre, selon le narratif à la mode ! Sans lui, nous n’en serions pas là, parole de sioniste ! 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

dimanche 29 mars 2026

La couleur de l’illusion

Image IA

Aux esprits des forêts intérieures.
 
Le ciel avait la couleur du mensonge. Un bleu trop pur. Presque complice. Comment lui résister ?
Un frisson d’euphorie me traversait. Pour un baiser d’elle, j’aurais défié le diable et ses démons.
Ainsi commencent certaines histoires. Entre le premier souffle et la dernière bougie s’étirent des fragments de monde : géographies incertaines, silences sans fil.
On se débrouille comme on peut : avec Dieu, les prêtres, les prophètes, les amis — ou le divan.
Tout a un prix.
Elle était belle. Dangereusement belle. Son corps aurait fait chanceler un dieu. Et lorsqu’un dieu vacille, il invente des légendes pour inventer la femme. 
Ses yeux, d’un éclat animal, semblaient savoir ce que j’ignorais encore. 
— Demain… regrettez-vous ? 
— On ne pose pas cette question avant. Ni même pendant. Après seulement, lorsque le vide demande à être comblé. 
Si elle avait su jusqu’où j’aurais pu aller pour elle…
Peut-être le savait-elle déjà. Je suis naïf.
Ce matin-là, quelque chose s’annonçait. Pas ce que l’on attend de la part d’un service administratif quelconque, non — autre chose. Quelque chose de non quantifiable.
Une tension familière tirait déjà les heures, comme un fil invisible. 
Nous parlions peu. Les mots ne sont pas toujours nécessaires. Quand nous nous embrassions, tout fondait — comme une glace sous la langue.
Ses silences envahissaient l’espace, pareils à la mer à marée haute. On croit pouvoir y marcher ; on perd pied. Ses mains, toujours fraîches, apaisaient le feu sous ma peau. 
— À quoi penses-tu ?, lui demandai-je. 
Elle sourit. Un sourire d’esquive. 
« Je m’appelle Elfi. Je vis dans la forêt. Là où la lumière hésite. Où les mots sont inutiles. Seul compte le bruissement qui nous traverse. Connais-tu le bannissement ? Sais-tu le poids des injustices ? » 
Puis la confidence devint silence. 
Parfois, on en sait assez. Ou l’on préfère ne pas savoir davantage. 
Je sentis pourtant une inquiétude sourde : la peur que le rêve s’effiloche, que mes mains quittent sa peau, que mes lèvres oublient le goût des siennes.
Un ami m’avait dit un jour : 
« Ceux qui sourient sans répondre sont dangereux. Ils vous laissent bâtir des châteaux de cartes, sachant qu’une brise suffira. » 
Mon château commençait à trembler.
Ce matin-là, le ciel était d’un bleu indécent. Un nouveau mensonge ?
On y marchait comme sur du sable mouillé : la surface brille, scintille… puis se dérobe.
Elle s’approcha de la fenêtre. La lumière ruisselait sur sa peau. Comme si la mer s’y était jointe pour intensifier l’éclat. Je suivais la courbe de son cou, la naissance de son épaule — territoire où toutes les dérives deviennent possibles.
Dans les reflets du crépuscule sur la vitre, il me sembla lire un avertissement. Le ciel envoie souvent des télégrammes aux vivants. Nous ne les lisons presque jamais, trop occupés que nous sommes à l’ignorer.
Nous flottions entre deux mondes. Et toujours ce bleu, déclinant toutes les nuances, profond, attirant.
Le sien me rappelait l’eau qui glisse dans la forêt : ce murmure doux, hypnotique, où l’on peut perdre la raison.
C’était avant la nuit — celle du geste irréparable, du secret trop lourd.
Je savais déjà que je me perdrais avec ou sans elle.
Et ce mot, enfin, dans ma main : 
— Regrettez-vous ?
Il avait la couleur de l’ivresse. Bleu comme le ciel qui avait tout vu. 
Mais le ciel mentait encore. 
Quand je baissai les yeux, le papier avait disparu. 
À la place reposait une feuille d’érable, fine et dorée, tombée de la forêt d’Elfi. Elle tremblait entre mes doigts comme une réponse. La lumière du matin s’y reflétait d’un éclat presque bleu — le même que celui du ciel, mais sans mensonge. 
On dit que certaines feuilles parlent du temps qui passe. De la beauté qui se transforme et la mélancolie liée au passage du temps.
Derrière moi, sa voix s’éleva, blessée : 
— Pourquoi m’as-tu menti ? 
Je me retournai. Une brise emporta les feuilles mortes vers la forêt. 
Je regardai ma main. Vide. 
La feuille s’était envolée, comme si la vérité refusait d’être apprivoisée. 
Et le ciel, enfin, se tut. 
D’un silence que la brise crut sincère. 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 

vendredi 27 mars 2026

Chronique d’un réveil rassuré - Notes matinales sur l’échiquier du monde

IA
Je ne suis pas complotiste ni de la première, ni de la dernière heure. Je suis celui qui se méfie instinctivement des discours dominants, autant que des idées reçues. Ma sympathie va au « complotisme », parce qu’il n’y a jamais de fumée sans feu. Et parce que les élites n’octroient que contraintes et forcées. 
Ce matin, dans le smog du réveil, j’ai entendu des voix. Ou plutôt une voix qui, comme tant d’autres, présagent des choses délicieuses à des oreilles abîmées par la cruauté du monde. 
En fait, je découvrais des choses sur moi-même, pauvre pion égaré dans l’échiquier planétaire. C’est ainsi que j’ai saisi que je ne comprenais rien à la partie que l’on jouait et que ma grille de lecture de l’actualité géopolitique avait besoin d’une sévère révision, avant passage devant le contrôle technique. 
Qu’il me fallait revoir la copie, sans quoi je me verrai rangé dans le placard Has-been, cet endroit réservé aux balais et autres produits ménagers. 
Même si cela résulte douloureux pour mon ego, je devais admettre qu’une si « bonne nouvelle » méritait la blessure. 
En réalité, la chose martelée est d’une simplicité enfantine. Les grands de ce monde, les Trump/Poutine/Xi Jinping marcheraient main dans la main, dans une guerre à mort contre le pouvoir profond, celui qui conduit le monde à sa perte avec des méthodes diaboliques. En ombre chinoise – sans jeu de mots – ou en ligne de mire, au choix : la City de Londres. Cette institution discrète opérant dans l’ombre depuis des lustres pour notre malheur. 
En clair, cela signifie, que toutes ces brouilles, tous ces bombardements, tous ces morts, de l’Ukraine au Venezuela et au Moyen-Orient, avec Israël en tête de gondole, et Epstein en dessert, partout où il y a profit et expansionnisme, ne sont que manœuvres de diversion pour pousser le pouvoir profond à la faute, afin de l’obliger à creuser sa propre tombe. 
Enfin une bonne nouvelle !
Imaginez-vous mon bonheur ? Réalisez-vous l’espoir que de tels propos m’ont instillé ?
Au réveil d’un jour que j’imaginais noir comme du charbon !
Le retour des Trente Glorieuses, cette période florissante de forte croissance économique et de prospérité sociale que la France, notre chère France, a connue ! 
Je suis rempli d'un bonheur tout heureux ! 
Je remercie ce commentateur matinal pour cet enduisage de baume mental et corporel. Ce n’est pas tous les jours qu’une telle bonne nouvelle tape le heurtoir de vos paupières et remplissent vos oreilles d’une félicité toute particulière. 
Il est tôt, le jour tremblote à l’horizon et je suis adossé au mur de la maison, buvant mon café à petites gorgées, guettant ce point lumineux que le jour ne tardera plus à m’apporter.
Je le répète : Je suis heureux ! Pas vous ? 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 

 

mardi 24 mars 2026

Trump, vendeur d’empires avec vue sur guerre.

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Donald Trump, président-bateleur d’un empire qui donne des signes d’essoufflement, a fait de l’incohérence son produit phare. Un jour, il évoque l’annexion du Canada ; le lendemain, il propose d’acheter le Groenland ; un peu plus tard, il promet de mettre l’Empire du Milieu au pas. Sous les applaudissements ou les huées d’une opinion publique savamment travaillée pour réagir à la demande, Donald Trump aura introduit en politique les méthodes d’un vendeur d’appartements avec vue sur la marina.
Cette manière d’aborder la chose publique peut prêter à sourire. Nombre d’électeurs, lassés par les discours de plus en plus convenus des ténors de la politique traditionnelle, y ont vu un air de jouvence. Ils lui ont accordé cette confiance minimale qui suffit à porter un homme jusqu’au sommet de l’État, pensant qu’avec lui s’en était fini de l’État profond, cette tumeur maligne. 
Mais la politique, quoi qu’en pensent les amateurs de slogans et de coups de menton, n’est pas la vente d’un bien immobilier à des acquéreurs déjà conquis.
Lorsque les choses sérieuses commencent, il ne s’agit plus de masquer une fissure dans un mur ou de repeindre une façade défraîchie pour lui donner l'aspect du neuf. Il s’agit de guerres véritables, avec leurs morts bien réels, leurs villes détruites qu’il faut rebâtir des fondations jusqu’aux toits.
Il s’agit d’une planète sous tension et de milliards d’individus dont l’existence dépend des caprices d’une minorité de dirigeants irresponsables ou criminels. 
C’est peut-être dans sa chair et dans son orgueil que Donald Trump éprouve aujourd’hui les effets du piège dans lequel, selon certains, les sionistes l’auraient entraîné. Trop tard, sans doute.
D’autres observateurs, plus audacieux encore, avancent une hypothèse inverse : le bourbier iranien ne serait pas un piège tendu à Washington, mais un piège habilement tendu par ce vieux renard de promoteur immobilier à des dirigeants israéliens trop sûrs de leur supériorité. 
L’objectif ultime de cette supposition serait alors, disent-ils, la disparition de l’État d’Israël, afin que le Moyen-Orient retrouve la paix qu’il a perdue depuis son implantation.
L’hypothèse est sibylline. Pour ne pas dire très audacieuse. Si un tel scénario venait à se matérialiser, il faudrait songer à ériger une statue à la mémoire de ce stratège improbable.
Donald Trump ne serait certes pas le Messie. Mais il s’en rapprocherait. 
En attendant, peut-être faudrait-il laisser Israël se débrouiller seul avec ses guerres et son expansionnisme mégalomane. 
C’est probablement à ce moment-là que l’on pourra dire que la fin de ces conflits ne serait plus qu’une question de jours. 
 
Sous l’Casque d’Erby