Jadis, la France exerçait une fascination irrésistible, un charme subtil qui séduisait sans jamais forcer la main. Son savoir-faire était jalousement recherché, son art de vivre, cette grâce nonchalante, universellement admiré. Son indépendance était cette voix discordante qu’on écoutait dans les cercles savants, avec, parfois, de l’agacement, tant elle éblouissait.
Certains ont appelé cela les Lumières. Dans sa posture, dans son allure, se mêlaient une force tranquille et une élégance innée, relevées par cette gouaille espiègle héritée des faubourgs, qui lui conférait une singularité désarmante au milieu d’une guerre froide que les puissances ennemies alimentaient pour garantir la paix sociale.
Qu'il s'agisse de philosophie ou des arts, de la peinture comme de la poésie, son foisonnement créatif la faisait tourbillonner comme des danseurs au milieu d’une piste de bal. Son éclat portait jusqu'aux confins, pour revenir toujours plus vigoureuse, plus raffinée, enrichie d'une prospérité qu'elle savait généreusement partager. Libre. D'une liberté aux ailes déployées pour élever et non pour asservir. Imprégnée de cet esprit unique, inégalable. Ses ombres mêmes servaient à faire resplendir sa lumière et appelaient à une tolérance féconde. Grâce à cette attitude singulière, elle atteignait des sommets insoupçonnés, traçant dans le ciel de l'histoire une trajectoire éblouissante !
Aujourd’hui, triste et déboussolée, le rimmel des trente glorieuses dégoulinant sur des joues décharnées comme deux grosses larmes noires, attifée avec des frusques saisies à bas prix dans les discounts, la résille trouée, attendant sur le bord d'une route, elle propose ses charmes à des passants aussi infortunés qu’elle !
Son souteneur lui arrachant, sitôt la dernière éclaboussure essuyée, la misère qu’elle a logée dans le soutien-gorge en guise de récompense ! Le tout agrémenté de gifles et d’insultes, parce que les passes n’étaient pas aussi nombreuses que prévu !
Les derniers proxénètes qu’elle a eus, des petites gouapes, entre faiblesse, couardise et mercenariat, ne l’ont pas aidée à s’épanouir comme elle l’avait rêvé au temps d’une jeunesse pleine de promesses. Toutes les économies qu’elle avait, explosées. Volées. Jetées dans des soirées entre partenaires, pendant qu’elle subissait les coups de bâtons répétés de clients avinés, exigeant parfois brutalement plus que le prix de la passe n'autorise.
Une vie au rabais. Un hold-up que sa chair subit, qu’elle soit couchée ou debout !
Les trois derniers souteneurs, se la repassant tour à tour, ont sonné le glas des derniers espoirs : crasseux, hypocrites, lâches et sans cœur !
Souillée. Avilie. Anéantie. Livrée aux outrages, aura-t-elle la force de résister aux assauts de la vieillesse sans perdre définitivement son âme ?
Sous l’Casque d’Erby













