In memoriam.
Sacrées années 1980… Ce fut la parenthèse enchantée. Un grand éclat de rire et de champagne tiède. Un temps où penser était trop fatigant. On remisa donc Marx au grenier, la lutte des classes à la cave, et le réel au vestiaire.
Place nette fut faite pour le grand carnaval du vide !
Tout brillait, tout scintillait, tout sonnait creux — mais avec du style. Ce fut l’époque de l’illusion absolue, où le « conquistador » échangeait de la breloque pour de l’or. On dansait sur les décombres en formica de l’esprit critique, entre deux cuisines intégrées et trois rails de poudre, persuadé d’avoir inventé la modernité alors qu’on recyclait l’insignifiance. On célébrait la victoire de la « Renaissance » sur l’âge médiéval. En d’autres termes : contre l’obscurantisme ! Quelle victoire !
On effaçait les siècles avec la gomme de l’ignorance.
Les hommes portaient du Smalto et les femmes du Naf Naf avec l’emblématique « Grand méchant look » !
Le mot d’ordre ? Jouir sans conséquence. Et pour la conscience, pas de panique : un badge « Touche pas à mon pote », deux sacs de riz expédiés à l’autre bout du monde et l’affaire était... dans le sac !
L’humanisme en kit, prêt à consommer, garanti sans effort intellectuel.
Puis le temps a passé et, sous les confettis, le plancher des vaches.
Aujourd’hui, le spectacle continue, mais la musique grince sous des déhanchements rouillés. Les soirs de victoire virent à la casse, les rues se transforment en terrain d’émeute improvisé, et la fête ressemble de plus en plus à un lendemain de veille sans aspirine.
Mais rien de tout cela n’est vraiment une surprise. Ce qui déborde aujourd’hui n’est que le trop-plein d’hier. Le principe est simple, presque scientifique : quand on passe quarante ans à vider les têtes, il ne faut pas s’étonner que le contenu finisse par fuir de partout. Le principe d’Archimède conserve toute sa pertinence métaphorique : ce qui remonte brutalement à la surface ne fait que révéler ce qui travaille les profondeurs de la société.
Et pendant que le décor se fissure, certains découvrent avec des yeux ronds comme des soucoupes volantes la montée de figures politiques qu’ils croyaient avoir fabriquées juste pour faire diversion. Et cela s’avère encore payant !
On se souvient encore — vaguement — de ces stratèges en costume qui, durant les années Mitterrand, pensaient manipuler le diable pour embêter leurs voisins. Résultat : le diable a pris un abonnement, refait la déco, et invite désormais tout le monde à faire de même !
Mais tout ça, bien sûr, c’est pour rire. On préfère s’indigner du monstre — posture confortable — plutôt que de regarder en face ceux qui, patiemment, l’ont poli, légitimé, rendu fréquentable. Et qui feignent d’en découvrir les crocs !
Au fond, rien d’étrange ni d’inquiétant sous le soleil de Satan. Ce qui est réellement troublant, c’est de voir certains continuer à dénoncer un péril absolu lorsqu’on évoque le RN, alors qu’il ne révèle rien d’autre qu’une passerelle politique parfaitement banale.
Sous l'Casque d'Erby













