dimanche 8 novembre 2026

L’homme invisible - Conte bref

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Le bistrot est bondé. Ça parle fort, ça gesticule, les verres s’entrechoquent. Une musique impersonnelle colonise les conversations. À la table du fond, Dimitri et Victor discutent depuis un bon bout de temps. Victor est convaincu que le système est aux abois, qu'il vacille, qu’il suffirait d’une pichenette pour le voir s’écrouler. 
— T’es-tu déjà battu contre l’homme invisible ? As-tu déjà assisté à l’un de ses combats ? lâche Dimitri. 
Victor éclate de rire. 
— Qu’est-ce que tu racontes ? Quel rapport avec la lutte des classes ? 
— Tout et rien. Pendant que tu grattouilles la poussière, que tu fouilles les gravats, le décor a déjà changé. On se bat contre un ennemi invisible. On tape à l’aveugle, on manifeste contre des absents, on se rassemble devant des portes qui n’existent pas. On touille du vide ! 
— Que tu crois ! Regarde le RN ! Ça monte, ça monte ! Et pas seulement que chez nous. Observe les pays voisins… Tu trouves ça normal ? 
— C’est exactement ce que je dis : on ne regarde jamais au bon endroit. Le RN, c’est quoi ? Tes voisins. Tes amis. Des pauvres gens ballottés d’un camp à l’autre, sans boussole. Un jour ici, le lendemain dans ta plateforme. C’est le vent des girouettes ! 
— Parce que toi et tes semblables, vous êtes fortiches ? Nous sommes dans le même bateau, et il prend l’eau par la faute de ces gens-là ! 
Dimitri se penche, son sourire s’efface. 
— L’homme invisible a compris le fonctionnement. Il nous laisse nous épuiser à façonner les contours de son absence pendant qu’il prend un café dans le troquet d’en face. J’ai connu un type qui s’est fait arrêter pour s’être battu avec lui. Pour ta gouverne, sache qu’ils sont nombreux ! Il y avait des témoins : trois militants, un syndicaliste et un passant avec son chien. Le chien mordait le vide avec un acharnement remarquable. Des traces de sang sur le bitume, mais personne au bout. On a dû le piquer. Fou enragé. 
— Arrête la bière ! s’impatiente Victor. Je parle stratégie. Avant de déclarer la guerre, il faudrait commencer par savoir qui est l’ennemi. 
— Ah bon ? Qui ? — Le capitalisme ! 
Dimitri plisse les yeux. 
— Lequel ? Celui qui dézingue les travailleurs ou celui qui les invite à déjeuner ? Celui qui dort à droite ou celui qui ruisselle sous les aisselles de la gauche ? 
— Tu joues sur les mots, t’es cynique ! La vérité, c’est des bras qu’on casse. 
— Les mots, on sait où les trouver. Les adversaires, c’est une autre paire de manches.
Victor avale une longue gorgée. 
— À force de philosopher, on ne fait plus rien. Il faut agir. Se battre. Occuper le terrain de la lutte pour les copains, pour aujourd’hui et pour demain. 
— Quel terrain ? Comme un ring ? 
Dimitri se retourne vers la salle, l’air de chercher quelque chose. 
— Tu es imbuvable ! 
— Et toi, magnifique. Tu as le regard dans les rails et la certitude du condamné. 
— Tu penses donc que tout est foutu ? Qu’il faut laisser tomber ? demande Victor, soudain plus grave. 
— Non. Je crois qu’on confond le mouvement et le déplacement. On s’agite beaucoup, mais on change peu de place. Au fond, nous sommes des automates qu’on remonte au gré des circonstances. 
Un serveur passe. Dimitri l’interpelle : 
— Excusez-moi, vous auriez une carte mémoire des combats sans adversaires ? Nous sommes dans un cybercafé, non ? C’est pour monsieur, il cherche un terrain. 
Victor se redresse. 
— Ça commence à bien faire, Dimitri ! 
— Attention ! Il est là, derrière toi ! 
— Qui ? 
— Nobody. Le farceur ! 
Dimitri marque un temps, puis reprend : 
— J’ai souvent pensé que la révolution aurait lieu un mardi. Le lundi, les gens sont fatigués ; le mercredi, les enfants n’ont pas école. On n’a jamais trouvé l’adversaire là où on le cherchait. On a fini par constituer un comité. Deux tendances se sont affrontées : l’une voulait chercher à gauche, l’autre rayonner depuis le centre. On a fini par se battre entre nous. Une bataille exemplaire, sans armes ni victimes. Une victoire totale du pouvoir sur lui-même. 
— Et tu proposes quoi ? On reste là à regarder passer les trains ? Tu t’ennuies, c’est tout. T’as peur de la défaite, c’est ça ? 
— C’est un principe. L’intention est une forme de responsabilité et je refuse d’en porter le poids, répond Dimitri en vidant son verre. Il faudrait commencer par se demander si nous ne menons pas une guerre que personne n’a déclarée, contre un ennemi qui n’a jamais été là. 
— Et tu crois que ça va changer quelque chose ? 
— Certainement pas. Mais ça ferait une belle assemblée générale ! C’est ma façon de militer sans me noyer. 
Un silence s’installe. La musique est toujours présente. À la table voisine, deux hommes parlent fort d’un match de foot dont aucun ne connaît le score. Dimitri les observe. 
— Eux aussi ont une lutte en perspective. 
— Contre qui ? 
— Aucune idée. Mais ils ont l’air déterminés. 
Il fait signe au serveur : 
— Remettez ça, s’il vous plaît. Puis, se tournant vers Victor : 
— Le plus inquiétant avec l’homme invisible, ce n’est pas qu’on ne le voie pas. C’est qu’on finit par s’habituer à ne pas le voir. Il a réussi un truc extraordinaire : il nous a convaincus que nous étions ses ennemis, alors que nous passons notre temps à nous battre entre nous et à le supplier de se montrer. 
Le serveur dépose les bières. Dimitri lève son verre. 
— À la lutte ! Au savoir et à l’ignorance. 
Victor trinque machinalement. 
— À la lutte. Pour soi et pour autrui. Et à la rédemption des sceptiques. 
Dimitri sourit. 
— Et n’oublie pas : l’homme invisible est parmi nous. Il se mêle de tout. Il est président, secrétaire, trésorier, porte-parole et agitateur de tous les mouvements. Le plus drôle, c’est qu’il n’a même pas besoin d’exister pour nous mettre à genoux.
 
Sous l'Casque d'Erby
 

 

vendredi 6 novembre 2026

L’UE ou la paix des cimetières

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Faut-il croire ou adhérer aveuglément à tout ce que l’on lit en matière d’information ? La lecture relève du besoin et de la prédisposition. Qui dit cela, dit addiction, croyance, aveuglement, endoctrinement, fanatisme et obsession. 
Les idées et les concepts naissent et meurent au rythme des virus saisonniers, certains agissant avec plus ou moins de virulence et laissant sur le carreau plus ou moins de victimes. 
C’est ce schéma que l’on observe avec la construction européenne, sur fond de guerre mondiale. L’Union européenne avait été vendue comme un projet de paix par le commerce et la concorde entre les peuples, le répéter n’est pas signe de radotage. C'est au contraire briser une « malédiction » ! 
Après des décennies de stabilité – qui avaient conduit aux Trente Glorieuses, malgré l’existence du « rideau de fer » –, le discours a radicalement changé. 
Aujourd’hui, face aux crises et à l’échec de son modèle, c’est la militarisation des esprits et la perspective de guerre permanente que l’on brandit pour se pérenniser. Une fuite en avant qui rappelle la sinistre « paix des cimetières » avec laquelle tant de livres d’histoire ont été imprimés ! 
L’Union européenne se disloque sous nos yeux, noyée dans ses propres contradictions. Pays après pays, des citoyens et des peuples décident de dire stop. Ce sursaut n’est pas le fruit d’un réflexe extrémiste ou démagogique, mais une nécessité vitale pour enfin respirer, reprendre le contrôle de la souveraineté budgétaire, monétaire et législative. Cela n’est autre chose qu’un geste de survie, naturellement humain. 
Face à cette contestation grandissante, l’UE démontre son intolérance et son dégoût pour le pluralisme. 
À chaque fois qu’un État membre exprime un doute ou ose s’écarter de ses directives – politiques migratoires, choix énergétiques ou réformes sociétales –, il fait l’objet de campagnes de dénigrement institutionnel. Des brigades idéologiques sont lâchées dans la nature pour dénaturer et dégrader l’image de ceux qui osent tourner le dos à la sainte institution ! La Pologne et la tentative de coup d’État avorté, la Hongrie, par le passé, ont subi des pressions financières considérables et des gels de fonds européens sous prétexte d'atteinte à l'État de droit, pour avoir simplement défendu leur constitution ou les traditions nationales face à la ploutocratie de Bruxelles. De même, la Bulgarie ou d’autres nations de l’Est et du Sud subissant des ingérences déguisées dès qu'elles rechignent à appliquer des directives dictées hors de leurs frontières. 
Quand les contraintes technocratiques et le chantage aux subventions ne suffisent plus, on recourt au coup d’État et au délit politique. Partout où subsiste un doute quant à la transparence et à la légitimité de ses desseins, l'Union européenne troque son habit de « gardienne » des libertés pour révéler l’ombre d’une véritable dictature. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 
 

lundi 2 novembre 2026

Deux peuples dans la Pampa : conte gaucho.

Il paraît que Javier Milei, président de la Nation argentine, a promis cent mille hectares de terres forestières du pays dont il a la charge à Israël, pour fonder un second État dans des contrées plus hospitalières. Rumeur non vérifiée, fantasme géopolitique ou ballon d’essai ? Rien ne permet, à ce jour, d’établir qu’un tel engagement existe, même si la résurgence du fameux plan Andinia lui redonne corps et ailes. 
 
Il était une fois, dans l’immensité de la Pampa, dans un « no man's land » improbable, deux peuples revendiquant la même terre. Les premiers brandissent des titres de propriété, montrent les tombes de leurs ancêtres et des factures de réparation des clôtures. Les seconds, invités surprise, déroulent des cartes anciennes, des textes sacrés et une mémoire abîmée par l’inclémence des temps, convaincus que l’Histoire leur donne le droit de récupérer un ancien bien ! 
Les uns disent : « Ici, c’est chez nous ! » 
Les autres répondent : « Pas du tout ! » 
Et à chacun ses martyrs, ses héros, ses historiens impartiaux et les morts dûment homologués. Quant aux survivants, ils ont surtout faim et soif. Plus les uns que les autres, selon la ligne de barbelés qu’ils occupent ! 
Un jour, les grandes puissances réunies dans un salon VIP décident de régler le problème. Cela devenait moralement urgent. Les nappes de sang se répandaient sur la mer comme une marée rouge polluante. On dépliait une carte, on traçait des frontières au feutre extensible et l’on distribuait les territoires comme des petits fours lors d’un banquet auquel les intéressés ne sont pas invités. 
— Et les habitants ? demande un conseiller. Sans doute un novice.
— Quels habitants ? répond le président de séance. Nous parlons de géopolitique ! L’assemblée applaudit la démonstration de démocratie sans démocrates. 
La rumeur des cent mille hectares enfle. Personne n’a vu l’accord, mais chacun connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui en a entendu parler. Et comme souvent, on revient à l’expression : « il n’y a pas de fumée sans feu » pour donner corps à une probable invasion extraterrestre. 
Certains annoncent déjà la naissance du « Nouvel Israël » au cœur de l’Argentine. La vérité, elle, n'attend pas qu’on lui fournisse des pièces à conviction, elle sait. Prenant son temps, comme souvent, elle a emprunté les escaliers. Têtue, elle continue sa progression degré après degré.
Pourquoi s’embarrasser de preuves quand l’indignation est gratuite et que la haine trouve toujours un bon investisseur ? Imaginons maintenant que le projet devienne réalité. On parle de développement, de sécurité, d’investissements et de coopération internationale. 
Sur les brochures, diffusées à des millions d'exemplaires, les villages sont verdoyants ; sur le terrain, on pose des barbelés. Les expulsions deviennent des relogements, les résistances des troubles à l’ordre public, et les maisons détruites des « cachettes pour terroristes » ! 
La langue administrative a le talent de faire disparaître les hommes sans prononcer le mot « disparition ». 
Un journaliste interroge alors un vieux gaucho qui boit son maté devant sa cabane. 
— Señor, à qui appartient cette terre ? 
Le vieil homme hausse les épaules. 
— Le cadastre vous dira qui possède le terrain. Le cimetière vous dira qui y est enterré. Mais aucun des deux ne vous dira qui a le droit de chasser les vivants. 
— Et quelle serait la solution ? 
— Apprendre les bonnes manières ? Mais pour cela, il faut de l’éducation. 
— C’est si simple ? 
— Non, mon garçon. Ce qui est simple, c’est d’expliquer pourquoi l’autre doit partir. Ce qui est difficile, c’est de construire un avenir où personne n’a besoin de disparaître pour que le voisin existe. 
Il désigne d’un mouvement de tête un camion chargé de rouleaux de barbelés. 
— Songez. Ceux qui se disputent la terre finissent par la perdre. Par contre, ceux qui vendent les clôtures, ne seront jamais perdants. Regardez cette terre rude et ce ciel à la torture. Et cette plaine, où le vent est libre comme l’air. Où la Cordillère se dresse comme des châteaux imposants. Ici, on apprend l’humilité. Avez-vous plongé dans un de ces lacs turquoise où la couleur danse à sa guise ? C’est cela qu’on veut offrir à la rapine ? 
Le journaliste arrête l’enregistrement. Cela ne fera pas la une, il en est sûr. 
Le gaucho glisse sa main sous le poncho, sort une affichette et la tend au journaliste : 
— Tenez, vous êtes bien jeune. Vous ne savez sans doute pas, ou alors vous êtes un précoce ! 
Le journaliste prit le tract. 
— De quoi s’agit-il ? 
— Ce sont des dates. Des simples dates. Lisez. 
Il lut. Sur son visage, des plis apparurent, une ombre le recouvrit : 
Argentine, 2037-2093 : l’occupation : 
« Plusieurs villes argentines sont passées progressivement sous domination israélienne. De Rosario à Buenos Aires, de Córdoba à Mendoza, la population subit expulsions, massacres, confiscations de terres, arrestations et effacement de son histoire. 
« De 2037 à 2093, chaque date est une blessure : quartiers détruits, familles déplacées, archives brûlées et noms de rues effacés. 
« Le pouvoir légitime sa domination en réécrivant le passé et vandalisant la mémoire des victimes. 
« Dans la clandestinité, des enseignants, des historiens et des familles transmettent les noms des disparus et le souvenir des lieux perdus. Malgré la répression, une résistance silencieuse se poursuit de génération en génération. Un régime peut conquérir des territoires, rebaptiser des villes, détruire son identité, mais il ne peut maîtriser la mémoire d'un peuple. 
« Ils ont pris les villes, changé les cartes, effacé les noms. Mais chaque enfant qui apprenait la vérité devenait une archive vivante. Quand on fait de la mémoire un titre de propriété, le passé devient une arme, le présent un champ de bataille et l’avenir un terrain à vendre. La terre se moque des généalogies, des passeports et des discours sacrés. Elle finit par aligner tout le monde, propriétaires légitimes ou conquérants autoproclamés. 
« Vive l’Argentine libre ! Libre des prophètes et des marchands de frontières qui vendent l’avenir au mètre carré ! » 
Le visage fermé, la glotte faisant des va-et-vient dans son gosier, le journaliste tendit le tract au gaucho. 
— Vous pouvez le garder. J’en possède d’autres. 
— Que voulez-vous que j’en fasse ? 
— Rien. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

samedi 31 octobre 2026

Citrouilles, démissions et coup de force : l’automne de tous les dangers.

L’automne a le don particulier de mélanger les genres. D’un côté, on fleurit les tombes de nos chers disparus entre deux tranches de citrouille évidée et bricolée à la va-vite avec un fil électrique pour lui donner un air de fête. De l’autre, la grande lessive politique a commencé et, le moins que l’on puisse dire, c’est que ça transpire dans les chaumières. 
On nous l’assurait pourtant sur tous les tons : c’était prévu, écrit, proclamé jusqu’à l’effacement. 
Voilà que les réseaux sociaux s’affolent au rythme d’une véritable épidémie de démissions en « Macronie ». Les rats désertent le navire. Pierre Moscovici quitte la Cour des comptes européenne, avec le sceau des « services rendus », tandis que Christine Lagarde, passablement binguée, apparaît à l'image  pour annoncer qu'elle aussi jette l’éponge à la Banque centrale européenne. 
Ce départ de Lagarde émoustille les mémoires : condamnée en 2016 pour un détournement massif de centaines de millions d’euros, c’est cette même personnalité qui pousse pour imposer le projet d’euro numérique, aboutissement ultime d’une puissance anonyme où le citoyen, rivé à son écran, prie pour que le système ne décide pas un beau matin d’effacer son solde et son identité d’un simple clic. 
De belles âmes bien pieuses ! 
Quand la voie légale coince, certains choisissent la force, comme l’a illustré la Pologne en cette période de célébration. 
Profitant d’un déplacement officiel du président polonais, qui survolait alors l’Afrique en direction du Sénégal, le Premier ministre pro-UE Donald Tusk a tenté un coup de force pour s’emparer de la Cour constitutionnelle. 
Aussitôt prévenu en plein vol, le président a sommé son pilote de faire fissa demi-tour. Au sol, la fracture est immédiate : au sein des forces de l’ordre, certains choisissent la sédition quand d’autres opposent un niet catégorique, pendant que la population descend dans la rue pour conspuer et caillasser la flicaille aux ordres du Premier ministre. 
Beaucoup de Polonais reprochent désormais à Tusk de rouler pour les intérêts allemands en sabordant ceux du pays, mû par un idéal fédéraliste prêt à sacrifier la souveraineté de Varsovie au profit de Bruxelles. Rien de plus banal dans un système qui ne cache pas sa passion totalitaire ! 
Si la situation demeure confuse, le coup d’État semble avoir échoué, et l’on attend désormais, un brin goguenards, le communiqué officiel de l’Union européenne pour condamner son propre putsch ! 
Une peur chasse l’autre, et cela ne rassure personne : vivre en état d’alerte permanent n’est-il pas l’évangile des États ? 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 

lundi 26 octobre 2026

La Teste-de-Buch et forages pétrolier

En juillet 2022, un incendie dévastateur ravageait la forêt de La Teste-de-Buch, en Gironde. Un flippant choc naturel – je n’ose plus dire écologique – avait alors frappé la région et le pays. Aussitôt, les « complotistes » ont vu anguille sous roche. C’est juste si la Compagnie canadienne exploitante n’a pas envoyé Céline Dion – ou Amélie Paul, son « sosie » – comme ambassadrice pour mettre de la gouaille dans notre paranoïa. 
« Rien n’est dans l’intellect qui n’ait d’abord été dans les sens. » On dit que c’est Aristote qui aurait dit cela, mettant par là même les choses à plat concernant l’extralucidité. Je reste dubitatif, mais puisqu’il faut de temps en temps des figures de style pour surmonter la lourdeur des temps, les penseurs grecs sont toujours les bienvenus. 
En attendant, Vermilion, compagnie pétrolière du Canada – et futur cinquante-et-unième État américain ? –, fait du forcing auprès de la Frenchie pour obtenir l’autorisation de réaliser huit forages supplémentaires dans la concession de Cazaux, endroit précis où…
C’est têtu, une multinationale ! 
L'année dernière, en juin 2025, le préfet de la Gironde a refusé cette autorisation. Vermilion a alors engagé un recours contre cette décision. La procédure judiciaire suit son cours. 
Devons-nous croiser les doigts pour qu’il n’arrive pas à nos forêts et à leurs écosystèmes ce qu’il est advenu de l’industrie française ? 
Les puits de pétrole n’ont pas attendu l’incendie pour être présents dans cette forêt. Mais leur développement pose désormais une question simple : est-il justifié d’y multiplier les forages, et à quelles conditions ? 
Il ne s’agit pas d’affirmer qu’il y a un dénominateur commun entre les installations pétrolières et les incendies, diable non ! Il s’agit de savoir si des fumeurs irresponsables passaient dans les environs avant d’avancer des hypothèses farfelues ! 
Et avant d’autoriser huit puits supplémentaires, il faut pouvoir répondre à des questions bien précises. Où seront-ils implantés ? Quelles voies d’accès et quelles installations nécessiteront-ils ? Quelles mesures de prévention incendie sont prévues, dans la mesure où il n’y a presque plus rien à brûler ? Et quels risques présentent-ils pour les sols, les eaux souterraines et leur mise en bouteille ? 
La présence ancienne d’une activité pétrolière suffit-elle à justifier son extension ? 
Il appartient aux autorités et aux juridictions compétentes de l’examiner au regard du droit applicable. Et, dans le contexte actuel, le droit, c’est de l’argent ! 
Reste une contradiction majeure. Alors que la France affirme vouloir réduire sa dépendance aux énergies dites « fossiles », avec une propagande tous azimuts pour l’électrique, une entreprise veut étendre l’extraction pétrolière dans un territoire où remplacer les arbres brûlés devrait être la mission prioritaire ! 
La décision judiciaire à venir dira si la demande de Vermilion peut aboutir. Quant aux explications sur la nécessité et les conséquences de cette extension pétrolière pour la forêt de La Teste-de-Buch, on fait confiance à Vermilion et au gouvernement pour être raccords. 
Est-il encore temps ou la messe est dite ? 
 
Sous l'Casque d'Erby
 

samedi 24 octobre 2026

Espagne : des élections anticipées pour quelles conséquences ?


Le drapeau de Ceuta flotte sur la ville espagnole ancrée sur la côte nord-africaine, mais aussi à travers toute l’Espagne en signe de solidarité, depuis son invasion fin juillet. Bicolore, noir et blanc, frappé d’armoiries centrales, son emblème remonte à la conquête lusitanienne de 1415. Il incarne une identité et une histoire singulières au cœur du royaume espagnol.
Pourtant, l’intrusion de la enclave par 80 000 « migrants » — l’équivalent de sa population autochtone — n’avait rien d’un accident. Ce fut un coup de pression calculé, exploitant méthodiquement les failles des politiques européennes sur fond de chantage et de corruption. 
Conséquence directe de ce désastre : l’Espagne s'apprête à retourner aux urnes pour des élections législatives anticipées, dans un climat de pression intenable où se mêlent haine et passions. 
Assailli par les blocages parlementaires, empêtré dans des affaires judiciaires de plus en plus glauques et sous la pression de vives tensions sociales, le gouvernement socialiste de Pedro Sánchez est loin de conserver le pouvoir après huit années d’une gouvernance douteuse. Tâche d'autant plus compliquée que des nombreuses personnalités dans la direction du PSOE demandent ouvertement sa tête, l'accusant, lui et sa garde rapprochée, de gang de voyous n'ayant plus aucun lien de parenté avec l'idéal socialiste ! 
Crise aiguë du logement, flambée du coût de la vie, débats explosifs sur l’immigration, immobilisme suspect à Ceuta après l'invasion : le mécontentement populaire couve et s'amplifie. En parallèle, les frictions constantes avec la mosaïque de partis et de groupuscules extrêmes dont dépend sa majorité compliquent un peu plus l'équation. Deux voies antagonistes se dessinent désormais : le maintien de l'exécutif socialiste ou l’arrivée aux affaires d’une droite conservatrice soutenue par Vox. Une alternative qui ressemble à une aubaine pour le pouvoir en place : agiter le spectre du franquisme et l’épouvantail du militantisme « facha » pour s’extirper du piège dans lequel il s’est lui-même enfermé. 
Mais à force d’avoir été brandie à chaque échéance – et pas seulement en Espagne – cette stratégie de la peur semble usée jusqu'à la corde. Sur ce point, cependant, Sánchez n’a pas dit son dernier mot. Certaines mesures, telles que la Ley de Nietos, qui facilite l’accès à la nationalité espagnole pour des descendants d’Espagnols à l’étranger afin d’attirer par des avantages substantiels un électorat d'un type nouveau, suscitent des interrogations quant à l’honnêteté d’une telle manœuvre. 
De même, l’attribution de passeports espagnols à de jeunes ressortissants marocains, évoquée notamment à l’ambassade d’Espagne à Bruxelles, alimente les soupçons de ceux qui y voient une possible stratégie de fraude électorale à grande échelle. 
Les répercussions de ce scrutin pourraient être majeures pour l’avenir des politiques sociales et la gestion des flux migratoires, ainsi que la place de l’Espagne au sein de l’Union européenne. Bien que sur ce point la droite espagnole reste fidèle à l’UE, avec cependant quelques éclats de-ci, de-là. Pas plus. 
Pour autant, les urnes ne garantissent pas le retour à la stabilité. Faute de majorité claire, d'interminables négociations et le bricolage d'alliances bancales risquent de prolonger le désordre politique actuel. La lutte pour le pouvoir est une chose, la politique en est une tout autre. 
En définitive, l’enjeu dépasse la seule survie politique de Pedro Sánchez. Il s’agit de déterminer le cap économique et social que l'Espagne entend fixer pour son avenir, et la place qu'elle compte tenir dans une Europe déboussolée — une Union européenne qui se délite à force d’enfoncer les peuples dans le chaos. 
 
Sous l’Casque d’Erby
 

mardi 20 octobre 2026

Peste ou choléra ? Les deux, Monseigneur !

La France est sous très haute tension, et ce n'est pas un hasard. Le hasard n’existe pas en politique. Crises successives, frustrations ignorées, violence, choix politiques qui ont distendu le lien entre citoyens et dirigeants : la dégradation n'est plus une surprise, c’est un projet. Le danger survient quand les antagonismes cessent d'être un problème à résoudre pour devenir un jeu de manipulation politique. 
Une nation ne bascule pas dans le chaos du jour au lendemain. Elle y glisse, anneau après anneau, à mesure que les discours se durcissent, que la violence s’installe dans l'espace public, avec les dérives et les traumatismes habituels. Nul besoin d'une volonté de conflit : une succession de décisions et de calculs suffit à rendre la confrontation inévitable. 
Depuis bientôt dix ans, des dirigeants européens ont été désigné par les élites pour attiser la contestation, entretenir les violences urbaines, les affrontements avec les forces de l'ordre et le rejet croissant des institutions. La gouvernance par le chaos ne fait-elle pas partie de la politique de la « terre brûlée » chère à la minorité globaliste ? 
Il serait trop simple de n'y voir que des débordements épisodiques émaillant le fonctionnement politique d’une saine démocratie : c'est le symptôme d'un sentiment d'abandon que le pouvoir a traités par la communication clivante plutôt que par l'apaisement. L’invasion de la ville espagnole de Ceuta et l’attitude observée par Pedro Sánchez et son gouvernement en sont l’illustration. 
Le piège tient en un système tellement simple que lorsque l’on présente les traits, principaux l’on refuse de vous croire. À chaque élection, on nous propose un choix entre deux périls. La montée des extrêmes permettant au pouvoir de se poser en dernier rempart, la peur de l'alternative poussant la partie la plus aveugle de l'électorat à renouveler son soutien par défaut. La démocratie se réduisant à une succession de votes de barrage : on ne vote plus pour ce que l'on espère, mais pour le « moins pire ». 
Y a-t-il là une stratégie délibérée pour provoquer une guerre civile ? Rien ne permet de l'affirmer, même si les symptômes y sont palpables . Mais on peut juger un pouvoir sur les conséquences de ses choix, et l'incapacité à restaurer un dialogue apaisé. Une société sans perspectives est plus vulnérable aux extrémismes, et quand les institutions ne désamorcent plus les crises, mais les alimente, la violence n'est plus un incident : c'est le signe d'une gouvernance volontairement hasardeuse. 
La France mérite un pouvoir capable de rétablir l'autorité de l'État sans renoncer aux libertés, de sanctionner les violences sans exploiter les peurs, de s'attaquer aux causes des colères plutôt que d'en tirer profit. Mais la question fondamentale est : qui veut encore d’un pays souverain dans un continent gangrené par la tumeur technocratique ? L'enjeu dépasse Emmanuel Macron et les prochaines échéances : c'est la capacité de notre démocratie à sortir de l'affrontement permanent. Une démocratie ne s'effondre pas brutalement ; elle peut aussi s'éteindre à force de renoncements, d'impuissance et de désillusions. 
Quand le choix se résume à la peste ou au choléra, la vraie question n'est pas de savoir lequel est le moins mortel, mais pourquoi nous peinons tant à accepter de changer le processus de guérison.
Alors, l'avenir ? La connexion avec ma boule de cristal est rompue pour cause d'improbabilité. Même le destin manque de réseau !
 
Sous l'Casque d'Erby