mardi 17 février 2026

Affaire Epstein : Un vent incertain.

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On adore les croyances quand elles viennent avec un petit bonus. 
L’affaire Epstein, c’est la boîte de Pandore premium : une fois ouverte, elle crache tout son chaos et te propose en prime une série de poupées russes emboîtées les unes dans les autres. 
Et comme par hasard, quand on ne sait plus où donner du factuel, on nous sert du Russe à tous les repas.
Particulièrement dans un pays où la corruption médiatique atteint des sommets. Un pays, la France, où il ne se passe jamais rien de scandaleux. 
Une commission d'enquête parlementaire sur l'affaire Epstein ? Allons ! Pour cela, il faudrait qu'il existe des éléments tangibles !
Un type intelligent a dit un jour – ou l’a écrit, peu importe : « Regarder est le contraire de connaître. » 
Classique. Parfait pour briller en société même quand on a plein des choses à dire. Mais si regarder est l’inverse de connaître, comment connaître sans regarder ? 
Ne nous laissons pas distraire. 
J’ai entendu un autre gars – il y en a beaucoup en ce moment qui disent des choses intéressantes – poser la question qui gratte vraiment : « Vous y croyez vraiment, vous, qu’Epstein était un super-vilain de comics, tout seul dans son coin à ficeler des plans machiavéliques pour tenir la planète par les couilles ? Qu’il n’y avait personne au-dessus de lui pour lui souffler les bonnes idées, lui dicter le menu du jour et lui rappeler l’heure du coucher ? » 
La question est légitime. Elle ne prouve rien, certes, mais elle oblige à douter. Et le doute, c’est déjà un petit pas hors du spectacle. Certains, les plus audacieux (ou les plus imprudents), y voient la main du Diable glissée dans la culotte du démon. 
Et hop, le Mossad n’est jamais loin quand il s’agit de pointer le grand marionnettiste. Sauf que par les temps qui courent, il faut faire gaffe. En moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, on vous plaque une étoile noire sur la poitrine et un écriteau rouge : « Antisémite ».
« Le ventre est encore fécond… » 
Ce n’est pas la dernière trouvaille d’Emmanuel Macron pour renvoyer dos à dos tous ceux qui accusent l’État d’Israël d’être au cœur de (presque) tous les mauvais coups – à commencer par ce qui se passe à Gaza ? 
Pouvons-nous encore être ces spectateurs qui regardent sans connaître, qui imaginent le pire parce qu’ils sentent confusément qu’ils sont en dessous de la vérité ? Ou bien est-ce que le vent emportera nos certitudes pliées en origamis, nous laissant nus face à ce qu’on refuse de voir ?
Comme l’écrivait Edgard Allan Poe, dans « Double assassinat de la rue Morgue » : « La vérité n’est pas toujours dans un puits. En somme, nous la cherchons dans les profondeurs de la vallée, mais c’est au sommet des montagnes que nous la découvrirons. » 
 
Sous l'Casque d'Erby
 
 

dimanche 15 février 2026

La Vingt-Cinquième Marée

Tout s’éloigne. Même ce qui demeure


Je regarde le brouillon que la mer laisse en se retirant, et celui qu’elle remue dans mes pensées. Elle efface. Recommence. S’acharne. 
La mer s’en est allée. Je reste là, en suspends. 
Rien à faire. Rien à attendre. Rien que ce café que je prends à petites gorgées, amères, brûlantes, patientes. 
Je le prends sans sucre. La terrasse est vide. Vide. Silencieuse. Comme un souffle qui aurait peur d’être ce qu’il est.
Maîtresse volage, lumineuse ou terne, caressante ou corrosive. Elle décide. Tu l’aimes. Elle aussi, elle t'aime. Mais elle ne le dit pas.
Même à la morte-eau, elle demeure insaisissable. Elle fuit. Elle revient. Elle frappe. Elle caresse.
Mon crâne réclame des couleurs, des odeurs, des éclats perdus sur le rivage des mondes oubliés. Je sais qu’elle me regarde. Quelque part, elle sourit dans son eau, attise mon attente, me tient suspendu au bord d'un gouffre invisible. 
On me tapote l’épaule. Merde.
Astérix. Manu Coadou. Grande moustache, teint hydromel, petite taille. Sacré maçon. Pied anglais : trente centimètres, pas un de plus. Ligne droite autour de la maison. Maçon pierreux. 
Manu tenait la distance en buvant. Une nuit, il m’a raccompagné. Je tenais difficilement la marée. Ma maison jouxtait le cimetière. Nous nous sommes allongés de chaque côté de la tombe de l’abbé Nicolas, l’ancien recteur, mort trop tôt. Longue conversation. Endormis jusqu’au matin. 
Ça jasait dans le bourg. Mille-pattes, buveur tempéré comparé à nous, battu à plates coutures. 
Astérix sourit : 
— L’âne de Petit Louis a été retrouvé dans l’église. Il a crotté partout. Yvonne, la bonne, fait des bonds jusqu’à la nef. 
— Ah, bon ! 
— On a pensé à toi. Yvonne a dit : « Ça, c’est dans ses cordes ! » 
J’ai ri. J’adore Yvonne, son côté massif, sa joie brute, sa force inébranlable. Quand on s’engueule pour tout ou pour rien, je suis un mécréant, on se dit les choses, et quand c’est fait, je l’embrasse sur la joue. Elle fait semblant d’être choquée. 
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Mon corps est ici. Ma tête ? Où est-elle ?
Blessures non cicatrisées. Tant de choses se bousculent dans ce petit espace. 
Ma tête prend la mer. Elle n’est plus avec moi. Elle repart vers la Méditerranée en longeant la côte Atlantique, jusqu'au Rio Ancho, là où l'Atlantique et la Méditerranée s'embrassent, pour le meilleur et pour le pire.
Rivage de Gaza. Poussière métallique. Décombres. Mémoire mutilée. Mon esprit est un drone. Il survole la bande meurtrie. Rase-mottes. Corps qui pourrissent. Âmes qui supplient. Silence. Bruit. Silence. Bruit. 
Je prie. Moi, le non-croyant, je prie. Peut-être que Dieu fera plus attention à ma prière qu’à celle d’un habitué. 
Nous sommes à la vingt-cinquième heure. L’heure de trop. Pour vivre. Pour mourir. Trop tard pour être sauvés de nous-mêmes. Trop tard pour tout ?
 
Autrefois, pas plus tard que maintenant. Quand le ciel crachait des wagons d’incertitudes / que le hasard maraudait un refuge / que nous dansions avec le néant parce qu’on ne nourrissait que haine et terreur / à coups de douleurs, la lumière vint éclairer l’obscurité.
 
Lumière fragile, lumière fugace. Puis, soudain, sans crier gare, elle s’est à nouveau absentée. 
Et je reste là. Figé. Écoutant le ressac de mes pensées, le reflux de mes souvenirs, le clapot des douleurs anciennes et des désirs perdus. Écoutant la mer revenir, disparaître, revenir. Toujours. Je respire avec elle. Je me perds avec elle. Je me souviens avec elle. Je suis elle. Elle est moi. Et pourtant, elle fuit encore. 
C’est la vingt-cinquième heure qui revient ! 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 
  

jeudi 12 février 2026

La souveraineté confisquée : quand les ombres dansent sur les ruines de la France

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On continue de parler de souveraineté française comme d’une réalité. En vérité, elle n’est plus qu’un mot.
On nous distrait avec le 49/3, avec des querelles de procédure, avec du théâtre parlementaire. Hier, c'est aujourd'hui et c'est demain. Question superflue : les décisions essentielles se prennent où ? En tout cas, plus dans la petite province de France. 
Nos assemblées ne sont que scènes de théâtres où se meuvent des ombres en costume de « lumière ». Heureusement que l'affaire Epstein ajoute un peu d'épice dans un plat déjà très relevé. Surtout pas d'enquête parlementaire, cela ferait désordre !
Revenons à nos moutons et regardons les faits. Sur l’énergie, nous avons obéi à nos alliés, ceux qui nous veulent du bien : « Coupez-vous de la Russie, elle vous menace ! » Poutine était et demeure le diable en personne ! Petit à petit, cette diablerie, diablement bien vendue, s'estompe un peu.
Nous avons sabordé notre indépendance, explosé nos coûts, bradé notre industrie et appauvri nos nations sur la foi d’un horrible mensonge.  Après tout, un mensonge de plus ou de moins, qui ça dérange ?
Pendant que nos « alliés », pas Trump, non, pas lui, mais les gentils démocrates, continuaient d’acheter russe… pour nous revendre plus cher cette énergie dont nous avons tant besoin. Belle alliance, belle souveraineté ! 
Même logique sur l’agriculture. On étouffe nos paysans sous les normes, puis on signe le Mercosur. On interdit chez nous ce qu’on autorise ailleurs. On organise la concurrence déloyale contre nos propres producteurs. Belle protection ! Tellement belle qu’elle cache mal la volonté de destruction de l’économie agricole européenne. Un fleuron de plus qu’on envoie par le fond ! Un acte de piraterie supplémentaire. 
Et tout cela vient d’où ? De l’Union européenne, censée nous défendre, devenue machine à contraindre les siens et à ouvrir grand les portes aux autres.
Alors, le 49/3 ? L’impasse ? Le gouffre ? La fin de tout ?
Franchement ! On débat de la procédure pendant que l’essentiel — énergie, commerce, industrie, agriculture — nous échappe totalement. 
La souveraineté n’est pas confisquée par un article de la Constitution. Elle a déjà été abandonnée, morceau par morceau, ailleurs. 
On nous parle de souveraineté comme d’un drapeau intact. Pourtant, chaque traité, chaque directive, chaque renoncement est un tir dans l’ombre. 
Un jour, on se réveille, et nous sommes criblés de trous. Comme des gruyères ! 
On nous dit : « C’est le vent. » 
Non, messieurs, c’est un tir de sniper. Le reste n’est que décor. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

dimanche 8 février 2026

Epstein : Chronique d’une horreur ordinaire

Ce qui me frappe le plus dans l’affaire Epstein, ce n’est même plus l’ampleur des crimes ni la quantité vertigineuse de documents déversés à la chaîne. C’est autre chose, de plus insidieux : la banalisation de l’horreur. Comme cette déclaration d’un « impliqué » : « J’ai fait une connerie, basta ! » 
Des viols de mineures. Des réseaux d’exploitation sexuelle. Des adolescentes détruites, certaines disparues pour toujours. Des enfants sacrifiés à la perversité criminelle de gens « irréprochables » ! À mesure que les révélations s’accumulent, tout semble se diluer dans le bruit médiatique. Comme si, à force de chiffres, de listes, de fuites, de débats techniques, l’indicible devenait presque ordinaire. 
On ne parle plus de victimes, mais de « dossiers ». Plus de crimes, mais de « controverses ». Plus de responsabilités, mais de « polémiques ». L’horreur est transformée en flux d’information. Le milieu médiatique sait s’y prendre pour créer des rideaux de fumées.
Quelques noms circulent, quelques seconds couteaux tombent, puis les figures centrales réapparaissent sur les plateaux télé, reçues comme si de rien n’était. Sourires polis, débats feutrés, indignation de façade. Le spectacle continue. Comme si tout cela relevait d’un mauvais feuilleton, pas d’une réalité dans laquelle des enfants ont été broyés. C’est peut-être ça, le plus glaçant : non pas un grand complot théâtral, mais une mécanique de la banalité.
Un système dans lequel le pouvoir protège le pouvoir, où le chantage neutralise les consciences, où l’argent efface les fautes. Et où, petit à petit, l’inacceptable devient tolérable. 
À force d’être exposés à tout, nous finissons par ne plus rien ressentir. On s’indigne une journée, on commente, puis on passe à autre chose. Saturation. Fatigue. Comme si la société avait développé sa propre immunité morale. 
Au bout du compte, il ne reste souvent que ça : quelques lampistes sacrifiés, beaucoup de silence, et une impression diffuse que l’horreur peut coexister tranquillement avec les honneurs, les plateaux télé, les carrières intactes. Non pas la justice. Juste l’oubli. Et c’est cette normalisation qui dit quelque chose de profondément malade sur notre époque. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

 

samedi 7 février 2026

Bréhat en deux lettres

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Bréhat en deux lettres, c’est l’île rêvée à hauteur d’homme et de vent. Un morceau de terre qui s’étire entre deux inconnues, X et Y, comme un secret que l’on devine sans jamais l’atteindre.
Ici, la lumière possède sa langue propre, les marées écrivent chaque jour une nouvelle phrase, et le silence tient lieu d’alphabet. Petite, mais grandiose. Aussi vaste que le vaste monde tenant dans une poche revolver. 
Sa configuration tient en deux lettres de l’alphabet, pas n’importe lesquelles : le X pour la partie sud, le Y pour la partie nord. Mince en son milieu, taille de guêpe qu’un pont Vauban enjambe, on ne la saisit pas facilement. 
Pour tout dire, elle est imprenable. C’est l’île de Bréhat. Deux symboles mathématiques désignant une inconnue. Voyelles et chromosomes unis par une même explosion. Trois kilomètres de long à vol d’oiseau, la moitié en largeur. 
À vouloir la cerner, on y perd quelques plumes. Le mot même devrait être proscrit. Au bout d’une vie, elle peut encore surprendre. Elle semble offerte, vous ouvre les bras, puis vous serre dans son mystère jusqu’à l’abandon de toute résistance. Vous ne la posséderez jamais. C’est elle qui dicte le tempo. Qui indique l’heure et le lieu. Qui parle du hasard avec la certitude de votre ignorance. 
À la prendre de haut, elle vous tient dans ses griffes. On connaît plus aisément une grande ville que les sinuosités de ses lacets. Quand elle livre un secret, c’est qu’elle en possède mille autres. Elle ignore les gens pressés. Une île, c’est un lieu d’être. On s’y arrête, on parle, on voisine au rythme des marées. Chacune compose un nouveau paysage, où chaque habitant est la capitale de lui-même. 
Une île dans laquelle le facteur est, lui aussi, à la découverte de soi. En basse saison, le courrier est livré en moins de deux heures. Les urgences d’abord : administratif, mandats. Le reste peut attendre, disait Ferdinand, grand gaillard venu de la Normandie voisine, qui avait adopté le rythme de l’île. 
Je l’aimais bien, Ferdinand, avec son regard fureteur et son sourire sardonique, son air dégingandé très Jacques Tati. Les lettres plus personnelles, il les gardait un peu. C’était son passe-temps du soir. Au lieu de regarder la télé, il découvrait les habitants en lisant leur courrier. Il ouvrait les enveloppes délicatement et les refermait avec le même soin. Personne ne songeait que lui, le porte-lettres, ne recevait jamais aucune. De vraies lettres.
Il me fit cette confidence un soir, à la faveur d’une cuite sauvage que nous partageâmes jusqu’à perdre notre état civil. Nous nous retrouvâmes torses nus dans la partie nord, là où la lande court vers le phare du Paon, à fredonner le boléro qu’il aimait. 
Chez lui, un vieux quarante-cinq tours tournait souvent sur le tourne-disque pendant qu’il lisait le courrier des voisins. Cucurrucucu Paloma lui mettait la chair à vif. Il me montrait ses avant-bras : 
— Ça dresse les poils comme un bois de peupliers. 
Puis, plus très lucide, il se mit à bafouiller des aveux : 
— Quel mal il y a à s’instruire ? Je ne fais de mal à personne. Je nourris mon cerveau. Et puis, quand je parle aux gens, je sais. Je ne devine pas. Je ne juge pas non plus. Je fais ça pour me sentir moins seul… pour être en communion avec les gens. 
Ses chroniques pour la presse locale étaient, à ce titre, fort documentées, c'était un régal pour les amateurs de curiosité. 
Ferdinand seul savait les anfractuosités dans lesquelles son inspiration se blottissait. Le pays était fier de son fils d’adoption. Ferdinand s’informait d’abord, partageait ensuite. Jubilait enfin. 
Sans rien dévoiler de son magnifique manège. Le silence des temps expirait sur le bord de ses lèvres. 
Le lendemain, Ferdinand reprit sa tournée, fidèle à ses chemins de grève imprégnés de l’odeur de goémon. Il marchait contre le vent, poussant son vélo, la sacoche pleine de nouvelles qui ne lui étaient jamais adressées. 
On disait qu’il parlait seul en descendant vers le port, mais c’était peut-être aux lettres qu’il s’adressait — à celles qu’il lisait et prenaient du retard. 
Depuis, chaque fois que le vent se lève sur Bréhat, j’imagine Ferdinand quelque part, lisant le souffle du large comme on déchiffre un mot d’amour oublié. 
 
Sous l’Casque d’Erby
 

mercredi 4 février 2026

Affaire Epstein ou la démocratie sous chantage.

On continue de parler de « l’affaire Epstein » comme d’un scandale isolé. Comme d’une aberration complotiste. Comme d’un accident moral dans un monde qui fonctionnerait normalement. C’est confortable. Mais c’est faux. Ce qui a émergé n’est pas la chute d’un homme et sa mort suspecte dans la cellule où il était détenu. C’est l’exposition d’une méthode.
Le principe est simple, presque banal dans sa mécanique : on approche les puissants, on flatte leurs appétits, on leur offre l’impunité qu’ils pensent mériter. On crée les conditions de la compromission. Puis, on enregistre. On archive. On conserve. Et on attend. Comme à la chasse. 
À partir de ce moment, il n’y a plus d’élites. Il n’y a plus que des vulnérabilités. Un ministre, un financier, un prince, une célébrité : peu importe le titre. Tous deviennent des leviers. Des dossiers. On ne les convainc plus. On les tient. Et soudain, la vie publique devient plus lisible :
Ces volte-face politiques inexpliquées. Ces enquêtes enterrées. Ces réseaux criminels miraculeusement épargnés. Ces guerres absurdes présentées comme nécessaires. Ces fortunes intouchables. Ces silences coordonnés. Ce n’est pas de l’incompétence. Ce n’est pas du hasard. C’est de la contrainte ! C’est du chantage ! 
Des décideurs qui devraient protéger la société passent leur temps à se protéger eux-mêmes. Ils obéissent. Ils votent contre leurs promesses. Ils blanchissent l’argent sale derrière des montages juridiques. Ils serrent les mains qu’ils devraient menotter. Ils prononcent des discours sur l’éthique pendant qu’ils garantissent l’impunité des prédateurs. 
La corruption classique suppose l’avidité. Ici, c’est pire. C’est la peur. La peur d’un dossier qui sort. La peur d’une vidéo qui fuite. La peur de la dégringolade sociale. Alors, ils se couchent. Tous. Et un dirigeant qui a peur est plus dangereux qu’un dirigeant corrompu. Parce qu’il ne négocie même plus : il exécute. 
On aime croire que les démocraties tombent sous les coups d’idéologies extrêmes. La réalité est plus sordide. Elles pourrissent de l’intérieur, dirigées par des gens compromis, tenus en laisse, incapables de dire non à ceux qui possèdent leurs secrets. 
L’affaire Epstein n’est donc pas un monstre isolé. C’est une fenêtre. Une brève ouverture sur l’arrière-boutique du pouvoir : un endroit où l’on fabrique des responsables dociles, où la morale est un décor, et où la dignité publique se monnaie comme une marchandise.
Ce n’est pas seulement un réseau qui a été exposé. C’est un système de gouvernance par le chantage et la corruption. Certaines élites ne gouvernent pas. Elles sont gouvernées. Et tant que cette mécanique restera intacte, les beaux discours sur la démocratie, la justice et les valeurs ne seront que du théâtre. Un théâtre financé par notre naïveté.
Comme à son habitude, la France, qui figure en bonne place dans le dossier Epstein, manifeste une certaine réticence à exprimer un avis moral. Une condamnation retentissante ne serait pas un luxe, pourtant. D'évidence, elle est plus soucieuse de s'attaquer à Elon Musk et le réseau social X qu'aux horreurs du réseau Epstein.
Il est à noter que nos médias et une grosse partie de la classe politique accordent une attention modérée à cette affaire. Comme si... Comme si... Comme si... 
C'est tout juste si bientôt, il ne va pas s'agir d’un vaste complot orchestré par des entités étrangères. Moscou ? Pékin ? L'Iran ? Le Dalaï-lama ?
Pouvons-nous espérer un sursaut de dignité ?
 
Sous l'Casque d'Erby
 

mardi 3 février 2026

Parce que… Parce que… Parce que...

Tout va mal depuis que telle faction a pris le pouvoir. Et, quand l’autre arrive, c’est encore pire.
On nous le répète à chaque alternance, à chaque passage devant l’urne, comme si le désastre changeait de visage, mais jamais de nature. 
Le temps passe ainsi, d’élection en élection, de déception en déception, et pendant ce temps-là, l’élevage se porte bien, avec, quand même, des signes de lassitude grandissants. 
Il a appris la leçon : marcher droit, rester sage, rentrer dans le rang. Droit dans ses bottes, on a des principes ! 
Les saisons, elles, font leur travail sans discuter. Le printemps revient, puis l’été, puis l’automne, puis l’hiver. Et ça recommence. Les années s’empilent de la même façon que nous perdons en pilosité. Beaucoup de questions, de plus en plus d’interférences, et cette impression tenace de parler dans le vide. 
Et puis, il y a les intelligents, ceux qui savent tout, qui crachent sur la bonnette, une salive experte. Sur tel ou tel sujet. Pas d’analyse exhaustive, mais des mots d’ordre dictés par, on ne sait qui dans une ambiance de quasi-guerre civile. Car, in fine, la diversion mène au chaos et le chaos à la guerre civile. Et tout ça, grâce à qui ? Au profit de qui ? 
Pourquoi l’Union européenne vide-t-elle nos caisses pour entretenir et prolonger une guerre qui était perdue d’avance ? À cette question, la réponse ne varie jamais. Elle tient en trois mots : parce que, parce que, parce que…  
Mais une chose est claire : tout en haut de la pyramide, on ne nous aime pas ! On fait ce qu’on nous a appris à faire. On travaille, on vote, on obéit, on paie. Taxes, impôts, contributions, tout et n’importe quoi. On encaisse des mesures de plus en plus lourdes avec une patience admirable. On accepte sans rechigner le démantèlement du pays. Gentiment. Parce que nous sommes gentils !
Sauf que parfois, trop c’est trop. Alors, on sort. Gentiment. On défile, on brandit des banderoles, on lance des slogans presque trop polis, on demande des explications. En retour, on nous envoie la brigade des loups. Quelques yeux crevés, des bras en moins, des côtes cassées. Des gardes à vue. Et si quelqu’un demande encore pourquoi, la réponse tombe, invariable : Parce que… Parce que… Parce que... 
Les années passent. On conteste, on se fatigue, on finit par désigner un responsable quelconque, par commodité et on le couvre d’insultes. C’est l’exutoire ! Rarement ou jamais le bon. 
Sans doute parce que viser juste obligerait à admettre qu’on s’est trompés depuis le début, qu’on s’est mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Et ça, l’ego collectif ne le supporterait pas. 
Hier, c'était Poutine. Aujourd’hui c’est Trump. Ou le Chinois. Demain, ce sera un autre épouvantail. À ce rythme, bientôt toute la planète sera devenue fasciste. Toute la planète, sauf nous. Évidemment ! 
Alors, on attendra la prochaine élection. Ou la prochaine saison. Ou la prochaine guerre. Peu importe : l’élevage, lui, sait déjà à quoi s’attendre. 
Parce que… Parce que… Parce que... 
 
Sous l'Casque d'Erby