Il y a les cartes qu’on nous montre : frontières nettes, drapeaux en miniature, sigles sérieux. L’état des forces du « bien », balisé comme un plan de métro pour touristes pressés.
Et puis il y a l’autre carte, celle qu’on ne montre jamais. Une toile d’araignée collante, invisible, mortelle. Celle qui porte le deuil de l’humanité.
On nous parle de bases américaines à l’étranger. Une centaine, alignées comme des cases de jeu de l’oie. On imagine des soldats jouant aux cartes sous un ventilateur, des cantines avec des hamburgers tièdes. Un peu comme dans le film M.A.S.H. de Robert Altman.
Sauf que ces « colonies » ont des pistes pour bombardiers, des hangars pour drones, des rotations temporaires qui durent depuis vingt ans et plus. Ce n’est plus une présence : c’est un filet jeté sur la planète, maille après maille, qui ne dort jamais. Radars, satellites, stocks d’armes… tout attend son heure.
Quand on recule, trois cercles apparaissent : Moscou, Téhéran, Pékin. Trois colliers de sécurité, trois ceintures (de « chasteté » ?) pour nous protéger.
À l’Est : la guerre froide revient
Depuis 2014, l’Europe de l’Est n’est plus un vieux film en noir et blanc. Les convois roulent jour et nuit, les missiles lèvent leur museau comme des chiens de garde, et les bataillons multinationaux s’installent à demeure. On parle de « stabilité » tandis que l’Ukraine devient ligne de front, terrain de guerre pour puissances occidentales.
Les morts s’accumulent, anonymes, pendant que les décideurs calculent, surveillent, planifient et distillent des sanctions qui se retournent contre les peuples qu'ils dirigent.
Au Sud : on joue avec le feu
Dans le Golfe, l’air sent l’orage à plein nez. Des porte-avions glissent dans le détroit d’Ormuz, trente kilomètres de goulot d’étranglement par où passe le sang noir de la planète. On nous dit que c’est pour « contenir la menace iranienne ». L’Iran chercherait ce qu’Israël possède depuis 1960, et on nous explique que l’étouffer, c’est pour notre bien. On pousse l’opinion intérieure de l’Iran à se libérer de l’oppression, de l’État « autocratique », mais qu’on ne s’y trompe pas : c’est la même stratégie utilisée précédemment, en Irak et en Libye, avec le résultat que l’on sait.
De son côté, Israël, au cœur du complot, pousse, teste les limites, accumule tensions et violences et là, rien à signaler. Tout va bien. Or, tout ne va pas bien avec Israël depuis sa fondation forcée et ses multiples crimes de guerre !
Et la question est : Qui des États-Unis ou d’Israël manipule qui ?
Et si la position de Trump était un piège tendu au sionisme ? Les paris sont ouverts.
À l’Est lointain : patience et contrôle
Bases au Japon, navires en Corée, manœuvres autour de Taïwan. Prévenir, dissuader, stabiliser : toujours la même musique pour instruments de guerre. Les pièces avancent, reculent, menacent, sans jamais renverser l’échiquier. Pour l’instant. Mais les échiquiers se renversent, les pièces se brisent, et même les joueurs les plus habiles se trompent.
On nous assure que tout est calculé, maîtrisé, sous contrôle. Que la paix repose sur cet équilibre précaire. Moi, je regarde la carte invisible : arcs tendus, flottes en veille, missiles prêts. J’y vois de la folie. Une folie qui suppose que l’erreur est impossible, que la prudence est une science exacte, que l’histoire ne bifurque jamais.
Je ne suis pas stratège. Je paie mes factures, je fais mes courses (de plus en plus difficilement), je ne regarde jamais le journal, je sais dans quel béton il est coulé.
Mais je sais qu’ailleurs, quelqu’un dicte le narratif, calcule les trajectoires de missiles comme on calcule un itinéraire sur Google Maps. Quelqu’un décide, en notre nom, de ressources à piller, de guerres à déclencher, de vies à sacrifier.
Le monde n’est pas un échiquier. C’est de la poudre à canon. Et nous sommes les étincelles.
PS : J’allais toucher un mot sur le rôle insignifiant de la France dans le « concert des nations », mais je me ravise. Laissons-la à la place à laquelle Kéké Rose l’a mise.
Sous l’Casque d’Erby













