Marko est membre de l'ArTche des sens. Il vit et travaille à Prague. Taquiner les mots, par la prose ou par la poésie, est sa façon personnelle d'accrocher les pensées, les étager, sans ordre défini, dans le but, du moins c'est ainsi que je l'ai perçu, de se trouver en cherchant, partageant et s'enrichissant de la richesse du monde intérieur-extérieur, ce territoire infini qu'il explore avec exigence et bonheur.
Jo, illustrateur et ami de Marko, réside en Hexagonie, quelque part dans le midi. Entre les deux compères l'échange est intense et la complicité évidente, comme vous le verrez dans les liens au pied de l'article.
Aimerez-vous autant que moi ?...
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| Illustration de Jo, ami de Marko |
Voici la poésie, c’est ainsi que je l’ai
apprise, au coin d’une rue, au détour d’un imprévu. Je me
rendais dans le pays merveilleux de nulle part, dans ces terres
propices au départ. Chemin faisant avec mes amis, je me portais
volontaire pour la fuite. Laissant à chacun le soin de décider pour
lui-même, je m’en allais joyeusement vers moi-même.
J’ai arpenté les falaises de ma conscience dans
une perpétuelle quête d’essence. Je ne savais pas bien où aller
et laissais les hasards me guider. A la croisée des chemins, je
consultais mon cœur. Rarement de bonne humeur, aveuglé par tant de
douleurs, il aurait bien pu faillir à sa tâche. Ma raison bien
piètre pour compenser sa sagesse, je me reportais à d’anciennes
études pour retrouver la sollicitude de celui-ci. Contes,
légendes, livres et chansons, se mirent à peupler mes visions.
Je découvris de nombreux paysages, beaux, réels
et présents. Je décryptais dans ces images des reflets, des reliefs
et des réflections de mon Être le plus profond. Diluant ma
recherche dans le temps et les espaces, dans l’étendue des états
de conscience et de révérence, je m’approchais d’une nouvelle
dimension.
Une contrée de lettres et de Verbe s’offrait à
moi. Épris de tendresse, je me penchais sur leurs émois. Tant de
sagesse et de tristesse, tout avait été dit depuis si longtemps, se
pouvait-il que si peu aient entendu? Pourquoi tant de beauté
négligée dans le temps, tant de lumières refoulées? De l’amour
condamné à la racine, du toujours ressenti comme ennui; trop de
choses qui nous chagrinent, mais le retour vaut bien ces chandelles
d’épines.
Qui s’y frotte s’y pique bien sûr! Que
pensez-vous? Que faites-vous face à la misère qui chaque jour
croise vos pas? Misère physique, psychologique ou matérielle,
qu’importe? La mort frappe à la porte pour répondre à l’inconnu,
à l’injustice et au superflu. Elle se diffuse, s’infuse et ne
s’excuse jamais de venir troubler les rêves des artisans de nos
cauchemars.
Voici la poésie, il n’est pas question de faire
des rimes. Seulement de s’enrager à ramener à la surface la
profondeur de nos espaces. Seulement à dégager de la crasse les
rêves des amants. Je veux du bleu, du plaisir, de l’avenir, et je
m’inquiète de la fureur cynique qui ôte la magie de nos
quotidiens. Monde d’injustices que l’on justifie, élancé dans
les précipices béants du pouvoir et de la folie.
A première vue tout semble bouger si vite, mais
imperceptiblement se perçoit la dimension immobile. Équilibres,
substitutions, évolutions, transformations en ensembles instables,
éphémères, parfaits et harmonieux. Les détails pèchent à vue
d’Homme, mais c’est que trop de bipèdes ne parviennent à
transcender et dépasser leur nature primitive. Ils ne voient pas les
failles éclatantes qui habitent les mirages auxquels nous dévouons
une part de nos courtes vies terrestres. Ils ne perçoivent ni la
plate-forme, ni l’envol sidéral et sidérant que nous promet
l’existence. Un voile intégral sur leurs cœurs, leurs yeux et
leurs oreilles, ils n’ont pas perçu les charmes de l’éternel,
ils n’ont ni entendu sa musique, ni chanté sa chanson, ni dansé
sur ses pas. Cette danse légère qui déploie les lignes de la
conscience, la transe de l’égaré en quête d’infime et
d’insouciance.
Au quotidien la conscience se forge, s’éveille,
s’abrutit, se modèle, se libère, ou s’emprisonne. Au quotidien,
de manière consciente ou inconsciente, la conscience s’agite et
nos esprits se débattent dans les lignes du langage pour tenter
d’exprimer l’inexprimable équilibre. Les mots sont encombrants
pour exprimer le sens et l’expérience, pour témoigner de
l’invisible qui nous habite. Seul l’instant peut parfois
permettre de sonder les profondeurs de notre être entre l’infiniment
grand et l’infiniment petit, le visible et l’invisible,
l’ignorance et l’expérience. Conscience et inconscience
s’embrassent alors pour dépasser les finitudes physiques,
rencontrer l’ombre de la mort et tendre à un nouvel équilibre, un
envol.
C’est un paradoxe important du culte
contemporain de l’éphémère que de négliger l’instant éternel.
Secondes, minutes, heures et années défilent sans accroche sous les
pas des jouisseurs du néant, incapables de s’y ancrer, de s’y
plonger et de briser les mirages qui bornent les portes de l’univers.
Effacer les mirages et se confronter au vide, quitter le cocon de sa
raison, sortir de la chrysalide funeste des quotidiens. S’envoler
au-delà des pays et des religions, des idéologies et des croyances,
et admettre que l’on ne peut rien savoir, mais seulement faire
l’expérience.
Des voix multiples et dissonantes proposent des
lignes de langage sur lesquelles nous n’avons d’autre choix que
de surfer et nous mouiller. Mais il faut apprendre à briser les
vagues, à tracer son propre cap, naviguer à vue, à jamais seul sur
la mer de brumes, avant de créer et d’atteindre sa propre mer.
Plus on approche de soi-même, plus on est en mesure de percevoir les
limites extrêmes de la connaissance, l’infini des possibles, et la
convergence des chemins. Plus un être se rapproche de lui-même,
plus son énergie se répand dans le temps et l’espace, comme un
caillou dans un étang. Dans la mer universelle, les vibrations, se
rejoignent, se coupent, et réagissent au rythme de musiques
quantiques, dont l’harmonie dépasse nos capacités de
compréhension actuelles, mais pas de perception inactuelle.
L’obscurantisme est une maladie humaine répandue
à travers les temps et les âges. Peu importe le nom des dieux, des
religions, des idées, des symboles ou des drapeaux, ils ne font trop
souvent que tromper et asservir les âmes fragiles. Et pourtant, le
mystère de notre présence devrait suffire à préserver nos
innocences. Nos structures mentales sont incapables d’appréhender
ce mystère et d’expliquer pourquoi nous sommes vivants ici et
maintenant sur cette terre et dans cet univers. Nous sommes en
revanche tous capables de ressentir les expressions d’une énergie
qui nous dépasse, dans les joies, les peines, ou dans l’ivresse.
Le seul fait d’exister et d’un jour mourir
oblige de faire face aux questions du vide et de la transcendance. Le
nier est refuser toute chance de transcender nos angoisses et nos
limites face à la mort et l’éphémère. Toutes les réponses ont
d’ailleurs déjà été exprimées dans une multitude de contes, de
légendes, de chansons, d’histoires, de philosophies, de poésies
ou de religions. Il est à croire que toute cette sagesse peine à se
faire entendre, alors qu’il suffit de s’arrêter un peu…
Est-il si compliqué de comprendre que nous
mourons tous un jour ou l’autre? Est-il si compliqué de comprendre
qu’il y a d’autres choses à accomplir que de puérils
achèvements matériels? Parfois j’aimerais que la mort montre plus
souvent à chacun son doux visage, celui de la consolation, et non
seulement celui de la peur et du vide. N’ayez pas peur d’elle,
elle est moins méchante que nous: vivez donc à présent, partagez,
semez et récoltez les présents. Rendez grâce à la vie, avant que
l’inconnu ne vienne vous prendre un jour dans ses bras glacés. Il
n’y a pas de prophète, de sage, de philosophe ou de poète qui
saura vous indiquer le chemin plus sûrement que vous-même. A peine
sauront-ils vous aider, car seule l’expérience intime d’une
énergie sans appel doit guider nos perceptions et notre
spiritualité.
La seule voix valide est la lumière issue du plus
profond de nous mêmes qui vient éclairer de sens aussi bien le plus
beau poème que le texte le plus insignifiant. Le plaisir et les
perspectives offertes ne seront certes pas les mêmes, mais chacun
doit devenir, puis rester maître dans son propre monde, dans le
royaume de ses perceptions. Pour le reste, il nous faut cohabiter et
partager avec autant de royaumes et de mondes qu’il y a d’hommes,
de femmes, et autres formes de vie médiatrices d’énergies. Là
encore, moins on connaît ses profondeurs et son appartenance à la
totalité, moins on est enclin à coopérer avec autrui.
ML (2010)
L’alchimie
Nos mains transpirent d’or,
Mais d’airain se couvrent.
Fondues dans le décor
Que nos sens réprouvent.
L’alchimiste se découvre
Et dépasse l’impassible ;
Dans sa folle quête éprouve
La richesse des possibles.
ML (2006)
***
Le Rêve de l’Alchimiste
Unique éther de nos brumes,
Notre chimie s’évapore,
Dans l’infime se consume
Et se brûle dans nos décors.
Un subtil mélange choisi
Par les Temps et notre Terre.
Fébriles échanges sans prix,
Que ceux de nos mystères.
Le rêve de l’alchimiste,
Démiurge dans ses yeux :
Sans cesse explorer ses pistes,
Sans atteindre leur précieux.
En des formes et formules
Vides se détache son art.
Seule la quête le stimule,
Sa fin dévoilera sa mort.
Son site et un autre où l 'on peut voir le travail de Jo.