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mercredi 22 avril 2026

Le séisme qui vient

 
Lorsque deux gangs se disputent le pavé d’une métropole, derrière le vacarme des armes se joue une réalité simple : le contrôle de l’extorsion. La violence n’est qu’une mise en scène. Elle fige les témoins, discipline les victimes et organise le silence. 
Alors la caisse enregistreuse peut reprendre son ding obsessionnel. 
En politique, le décor change, pas la logique. Les costumes sont mieux taillés, le langage plus châtié, mais l’instinct demeure celui du percepteur avec son calibre. La loi remplace la balle dum-dum : elle entre par décret et ressort en cratère social. 
On s’affronte en tribunes, on jure l’incompatibilité, on surjoue la rupture.
Pur cinéma ! Les foules ont toujours aimé le spectacle — et celui-ci est permanent.
Dans les coulisses pourtant, tous partagent le même convoi : un train de privilèges tiré par ceux qui n’y monteront jamais. 
Alors la morale s’adapte. On la plie, on la reformule, on s’en absout. Le bourreau devient fréquentable, parfois même « présidentiable ». Les médias dessinent déjà, à longueur d’antenne, le portrait du prochain élu. 
L’hypocrisie — voire le cynisme — n’est plus une faute : c’est un savoir-faire. Elle s’exerce, se perfectionne, jusqu’à donner au privilège l’apparence du naturel.
L’injustice, tant qu’elle ne déborde pas sur le seuil, n’est qu’un dossier de plus dans la pile. On la classe, on la signe, on l’enterre. L’oubli absout, l’abstraction protège. Le sang ne trouble que ceux qui le voient, comme ces agriculteurs témoins de l’abatage des cheptels pour des raisons que personne n’explique et qui finissent par se pendre dans l'indifférence. 
La machine, elle, continue. Les uns peinent, attendent, espèrent encore. Ils se rendent aux urnes, persuadés que ce geste ouvrira peut-être les portes du paradis civique. Que leur vote les sauvera d'eux-mêmes. 
Les autres prélèvent, arbitrent, reconduisent. La dîme circule, lestée de mépris. 
Mais quelque chose est en train de céder. Le pays est trop calme, comme le ciel avant l’orage. Lentement, presque imperceptiblement, les fondations travaillent. Les lignes se fissurent. Ce qui tenait par l’habitude commence à trembler. 
Et vient le moment où l’excès n’a plus d’issue, où l’équilibre rompt. C’est un séisme. Un séisme dont personne ne mesure encore la magnitude. 
Quelqu’un a dit récemment que, lorsque cela « pétera », à côté, 1789 ressemblera au jeu télévisé Intervilles. 
Ce jour-là, le discernement disparaîtra. Ce n’est plus qu’une question de temps. 
 
Sous l’Casque d’Erby