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mercredi 5 avril 2017

Bouge tes neurones

ERBY


Bouge tes neurones
De mouton de tonte
Nourris tes hormones
De bougre sans honte
Va et vote… Va et vote… Va et vote…
Pour moi !… Pour moi !… Pour moi !…
Et moi !… Et moi !… Et moi !…
Vos gueules, les requins !
Télésarcophiles
D'un idéal débile !

Encore un débat électoral : onze pour un fauteuil. Et nous ? Et nous ? Et nous ?...
On bine, on sarcle, on déracine. On dessouche, on dégage, on transpire. On imagine, on rêve, on conçoit des courbes et des rondeurs à l’intérieur d’un trapèze. On ouvre des espaces pour créer l’illusion d’une liberté qui s’échappe à chaque coup de râteau.
C’est le printemps des vautours. Postés sur des arbres sans feuilles, sous un ciel de plomb, ces nécrophages attendent l’heure propice pour finir les restes de la dépouille. Ils ne font rien d’autre. Attendre et crier. Chacun son heure, dans la concorde, et les veaux seront bien gardés.
Et les campagnols dans tout ça, on en fait quoi ? On met les serpents en taule pour homicide volontaire ?... Et les renards ? Et les poules, les canards, les dindons ? De la farce ?...
Ne me parlez pas d’éthique, ou je sors mon espingole ! Car si le cadavre était désarmé devant un ennemi surarmé, le prédateur se trouve mille et une excuses pour justifier la mise à mort que la législation se dépêche de prendre en considération, moyennant de la dépense en ténors du barreau pour l’absolution. Tout se tient.
En revanche, celui qui ne tient plus, c’est le peuple, cette fleur d’un jour pleine de promesses qui voit la vie pour que l’on se souvienne de la beauté éphémère de date anniversaire en date de décès.
Je retourne à mes illusions. Autrement dit, à mon jardinage.

Sous l’Casque d’Erby




mardi 21 mars 2017

Et que ça saute !

ERBY
Le premier débat des candidats à la présidentielle vient d’avoir lieu. Chaque postulant arborant son petit drapeau aux trois couleurs, c’est à qui présentera sur la devanture le plus design de ces tissus imprimés. Nous assistons assurément là à la grande friperie de la « république » où le peuple est convié à faire lèche-vitrine.
Outre les drapeaux, agités comme des confettis, les références aux grands hommes d’Hexagonie sont nombreuses et personne ne s’en prive là encore. Parmi eux, outre Victor Hugo, bien sollicité, Charles de Gaulle tient le haut du pavé. Une star, le Grand Charles. Rien de tel que la poussière des absents pour créer des écrans de fumée. Certains candidats souhaitant une nouvelle Constitution, voire même une VIème République – celle-ci étant obsolète, fort monarchique et tout autant corrompue – ne se privant pas de célébrer celui à la mesure de qui cette Vème qu’on veut biffer des tablettes fut bâtie, n’étant plus à un paradoxe près, vont jusqu’à lui adresser de gros poutous à travers ciel. C’est-y pas mignon !...
Par ces temps insalubres pour l’esprit, je m’en vais en citer un de grand monsieur qui, en son temps – cela ne date pas de la veille – avait abordé la question des élections et des électeurs avec une acuité que les saisons ne démentent pas. Grand spécialiste du jeu de farces et attrapes, Octave Mirbeau, c'est de lui qu'il s'agit, nous en donne la recette et aussi le remède :

La Grève des électeurs

« Une chose m’étonne prodigieusement — j’oserai dire qu’elle me stupéfie — c’est qu’à l’heure scientifique où j’écris, après les innombrables. expériences, après les scandales journaliers, il puisse exister encore dans notre chère France (comme ils disent à la Commission du budget) un électeur, un seul électeur, cet animal irrationnel, inorganique, hallucinant, qui consente à se déranger de ses affaires, de ses rêves ou de ses plaisirs, pour voter en faveur de quelqu’un ou de quelque chose. Quand on réfléchit un seul instant, ce surprenant phénomène n’est-il pas fait pour dérouter les philosophies les plus subtiles et confondre la raison? Où est-il le Balzac qui nous donnera la physiologie de l’électeur moderne? Et le Charcot qui nous expliquera l’anatomie et les mentalités de cet incurable dément? Nous l’attendons. Je comprends qu’un escroc trouve toujours des actionnaires, la Censure des défenseurs, l’Opéra-Comique des dilettante, le Constitutionnel des abonnés, M. Carnot des peintres qui célèbrent sa triomphale et rigide entrée dans une cité languedocienne; je comprends M. Chantavoine s’obstinant à chercher des rimes; je comprends tout. Mais qu’un député, ou un sénateur, ou un président de République, ou n’importe lequel, parmi tous les étranges farceurs qui réclament une fonction élective, quelle qu’elle soit, trouve un électeur, c’est-à-dire l’être irrêvé, le martyr improbable, qui vous nourrit de son pain, vous vêt de sa laine, vous engraisse de sa chair, vous enrichit de son argent, avec la seule perspective de recevoir, en échange de ces prodigalités, des coups de trique sur la nuque, des coups de pied au derrière, quand ce n’est pas des coups de fusil dans la poitrine, en vérité, cela dépasse les notions déjà pas mal pessimistes que je m’étais faites jusqu’ici de la sottise humaine, en général, et de la sottise française en particulier, notre chère et immortelle sottise, ô chauvin! Il est bien entendu que je parle ici de l’électeur averti, convaincu, de l’électeur théoricien, de celui qui s’imagine, le pauvre diable, faire acte de citoyen libre, étaler sa souveraineté, exprimer ses opinions, imposer — ô folie admirable et déconcertante — des programmes politiques et des revendications sociales; et non point de électeur « qui la connaît » et qui s’en moque, de celui qui ne voit dans « les résultats de sa toute-puissance » qu’une rigolade à la charcuterie monarchiste, ou une ribote au vin républicain. Sa souveraineté à celui-là, c’est de se pocharder aux frais du suffrage universel. Il est dans le vrai, car cela seul lui importe, et il n’a cure du reste. Il sait ce qu’il fait. Mais les autres ? »…

Sous l’Casque d’Erby