dimanche 15 février 2026

La Vingt-Cinquième Marée

Tout s’éloigne. Même ce qui demeure


Je regarde le brouillon que la mer laisse en se retirant, et celui qu’elle remue dans mes pensées. Elle efface. Recommence. S’acharne. 
La mer s’en est allée. Je reste là, en suspends. 
Rien à faire. Rien à attendre. Rien que ce café que je prends à petites gorgées, amères, brûlantes, patientes. 
Je le prends sans sucre. La terrasse est vide. Vide. Silencieuse. Comme un souffle qui aurait peur d’être ce qu’il est.
Maîtresse volage, lumineuse ou terne, caressante ou corrosive. Elle décide. Tu l’aimes. Elle aussi, elle t'aime. Mais elle ne le dit pas.
Même à la morte-eau, elle demeure insaisissable. Elle fuit. Elle revient. Elle frappe. Elle caresse.
Mon crâne réclame des couleurs, des odeurs, des éclats perdus sur le rivage des mondes oubliés. Je sais qu’elle me regarde. Quelque part, elle sourit dans son eau, attise mon attente, me tient suspendu au bord d'un gouffre invisible. 
On me tapote l’épaule. Merde.
Astérix. Manu Coadou. Grande moustache, teint hydromel, petite taille. Sacré maçon. Pied anglais : trente centimètres, pas un de plus. Ligne droite autour de la maison. Maçon pierreux. 
Manu tenait la distance en buvant. Une nuit, il m’a raccompagné. Je tenais difficilement la marée. Ma maison jouxtait le cimetière. Nous nous sommes allongés de chaque côté de la tombe de l’abbé Nicolas, l’ancien recteur, mort trop tôt. Longue conversation. Endormis jusqu’au matin. 
Ça jasait dans le bourg. Mille-pattes, buveur tempéré comparé à nous, battu à plates coutures. 
Astérix sourit : 
— L’âne de Petit Louis a été retrouvé dans l’église. Il a crotté partout. Yvonne, la bonne, fait des bonds jusqu’à la nef. 
— Ah, bon ! 
— On a pensé à toi. Yvonne a dit : « Ça, c’est dans ses cordes ! » 
J’ai ri. J’adore Yvonne, son côté massif, sa joie brute, sa force inébranlable. Quand on s’engueule pour tout ou pour rien, je suis un mécréant, on se dit les choses, et quand c’est fait, je l’embrasse sur la joue. Elle fait semblant d’être choquée. 
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Mon corps est ici. Ma tête ? Où est-elle ?
Blessures non cicatrisées. Tant de choses se bousculent dans ce petit espace. 
Ma tête prend la mer. Elle n’est plus avec moi. Elle repart vers la Méditerranée en longeant la côte Atlantique, jusqu'au Rio Ancho, là où l'Atlantique et la Méditerranée s'embrassent, pour le meilleur et pour le pire.
Rivage de Gaza. Poussière métallique. Décombres. Mémoire mutilée. Mon esprit est un drone. Il survole la bande meurtrie. Rase-mottes. Corps qui pourrissent. Âmes qui supplient. Silence. Bruit. Silence. Bruit. 
Je prie. Moi, le non-croyant, je prie. Peut-être que Dieu fera plus attention à ma prière qu’à celle d’un habitué. 
Nous sommes à la vingt-cinquième heure. L’heure de trop. Pour vivre. Pour mourir. Trop tard pour être sauvés de nous-mêmes. Trop tard pour tout ?
 
Autrefois, pas plus tard que maintenant. Quand le ciel crachait des wagons d’incertitudes / que le hasard maraudait un refuge / que nous dansions avec le néant parce qu’on ne nourrissait que haine et terreur / à coups de douleurs, la lumière vint éclairer l’obscurité.
 
Lumière fragile, lumière fugace. Puis, soudain, sans crier gare, elle s’est à nouveau absentée. 
Et je reste là. Figé. Écoutant le ressac de mes pensées, le reflux de mes souvenirs, le clapot des douleurs anciennes et des désirs perdus. Écoutant la mer revenir, disparaître, revenir. Toujours. Je respire avec elle. Je me perds avec elle. Je me souviens avec elle. Je suis elle. Elle est moi. Et pourtant, elle fuit encore. 
C’est la vingt-cinquième heure qui revient ! 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 
  

jeudi 12 février 2026

La souveraineté confisquée : quand les ombres dansent sur les ruines de la France

Image générée par l'IA
On continue de parler de souveraineté française comme d’une réalité. En vérité, elle n’est plus qu’un mot.
On nous distrait avec le 49/3, avec des querelles de procédure, avec du théâtre parlementaire. Hier, c'est aujourd'hui et c'est demain. Question superflue : les décisions essentielles se prennent où ? En tout cas, plus dans la petite province de France. 
Nos assemblées ne sont que scènes de théâtres où se meuvent des ombres en costume de « lumière ». Heureusement que l'affaire Epstein ajoute un peu d'épice dans un plat déjà très relevé. Surtout pas d'enquête parlementaire, cela ferait désordre !
Revenons à nos moutons et regardons les faits. Sur l’énergie, nous avons obéi à nos alliés, ceux qui nous veulent du bien : « Coupez-vous de la Russie, elle vous menace ! » Poutine était et demeure le diable en personne ! Petit à petit, cette diablerie, diablement bien vendue, s'estompe un peu.
Nous avons sabordé notre indépendance, explosé nos coûts, bradé notre industrie et appauvri nos nations sur la foi d’un horrible mensonge.  Après tout, un mensonge de plus ou de moins, qui ça dérange ?
Pendant que nos « alliés », pas Trump, non, pas lui, mais les gentils démocrates, continuaient d’acheter russe… pour nous revendre plus cher cette énergie dont nous avons tant besoin. Belle alliance, belle souveraineté ! 
Même logique sur l’agriculture. On étouffe nos paysans sous les normes, puis on signe le Mercosur. On interdit chez nous ce qu’on autorise ailleurs. On organise la concurrence déloyale contre nos propres producteurs. Belle protection ! Tellement belle qu’elle cache mal la volonté de destruction de l’économie agricole européenne. Un fleuron de plus qu’on envoie par le fond ! Un acte de piraterie supplémentaire. 
Et tout cela vient d’où ? De l’Union européenne, censée nous défendre, devenue machine à contraindre les siens et à ouvrir grand les portes aux autres.
Alors, le 49/3 ? L’impasse ? Le gouffre ? La fin de tout ?
Franchement ! On débat de la procédure pendant que l’essentiel — énergie, commerce, industrie, agriculture — nous échappe totalement. 
La souveraineté n’est pas confisquée par un article de la Constitution. Elle a déjà été abandonnée, morceau par morceau, ailleurs. 
On nous parle de souveraineté comme d’un drapeau intact. Pourtant, chaque traité, chaque directive, chaque renoncement est un tir dans l’ombre. 
Un jour, on se réveille, et nous sommes criblés de trous. Comme des gruyères ! 
On nous dit : « C’est le vent. » 
Non, messieurs, c’est un tir de sniper. Le reste n’est que décor. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

dimanche 8 février 2026

Epstein : Chronique d’une horreur ordinaire

Ce qui me frappe le plus dans l’affaire Epstein, ce n’est même plus l’ampleur des crimes ni la quantité vertigineuse de documents déversés à la chaîne. C’est autre chose, de plus insidieux : la banalisation de l’horreur. Comme cette déclaration d’un « impliqué » : « J’ai fait une connerie, basta ! » 
Des viols de mineures. Des réseaux d’exploitation sexuelle. Des adolescentes détruites, certaines disparues pour toujours. Des enfants sacrifiés à la perversité criminelle de gens « irréprochables » ! À mesure que les révélations s’accumulent, tout semble se diluer dans le bruit médiatique. Comme si, à force de chiffres, de listes, de fuites, de débats techniques, l’indicible devenait presque ordinaire. 
On ne parle plus de victimes, mais de « dossiers ». Plus de crimes, mais de « controverses ». Plus de responsabilités, mais de « polémiques ». L’horreur est transformée en flux d’information. Le milieu médiatique sait s’y prendre pour créer des rideaux de fumées.
Quelques noms circulent, quelques seconds couteaux tombent, puis les figures centrales réapparaissent sur les plateaux télé, reçues comme si de rien n’était. Sourires polis, débats feutrés, indignation de façade. Le spectacle continue. Comme si tout cela relevait d’un mauvais feuilleton, pas d’une réalité dans laquelle des enfants ont été broyés. C’est peut-être ça, le plus glaçant : non pas un grand complot théâtral, mais une mécanique de la banalité.
Un système dans lequel le pouvoir protège le pouvoir, où le chantage neutralise les consciences, où l’argent efface les fautes. Et où, petit à petit, l’inacceptable devient tolérable. 
À force d’être exposés à tout, nous finissons par ne plus rien ressentir. On s’indigne une journée, on commente, puis on passe à autre chose. Saturation. Fatigue. Comme si la société avait développé sa propre immunité morale. 
Au bout du compte, il ne reste souvent que ça : quelques lampistes sacrifiés, beaucoup de silence, et une impression diffuse que l’horreur peut coexister tranquillement avec les honneurs, les plateaux télé, les carrières intactes. Non pas la justice. Juste l’oubli. Et c’est cette normalisation qui dit quelque chose de profondément malade sur notre époque. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

 

samedi 7 février 2026

Bréhat en deux lettres

Image générée par IA
Bréhat en deux lettres, c’est l’île rêvée à hauteur d’homme et de vent. Un morceau de terre qui s’étire entre deux inconnues, X et Y, comme un secret que l’on devine sans jamais l’atteindre.
Ici, la lumière possède sa langue propre, les marées écrivent chaque jour une nouvelle phrase, et le silence tient lieu d’alphabet. Petite, mais grandiose. Aussi vaste que le vaste monde tenant dans une poche revolver. 
Sa configuration tient en deux lettres de l’alphabet, pas n’importe lesquelles : le X pour la partie sud, le Y pour la partie nord. Mince en son milieu, taille de guêpe qu’un pont Vauban enjambe, on ne la saisit pas facilement. 
Pour tout dire, elle est imprenable. C’est l’île de Bréhat. Deux symboles mathématiques désignant une inconnue. Voyelles et chromosomes unis par une même explosion. Trois kilomètres de long à vol d’oiseau, la moitié en largeur. 
À vouloir la cerner, on y perd quelques plumes. Le mot même devrait être proscrit. Au bout d’une vie, elle peut encore surprendre. Elle semble offerte, vous ouvre les bras, puis vous serre dans son mystère jusqu’à l’abandon de toute résistance. Vous ne la posséderez jamais. C’est elle qui dicte le tempo. Qui indique l’heure et le lieu. Qui parle du hasard avec la certitude de votre ignorance. 
À la prendre de haut, elle vous tient dans ses griffes. On connaît plus aisément une grande ville que les sinuosités de ses lacets. Quand elle livre un secret, c’est qu’elle en possède mille autres. Elle ignore les gens pressés. Une île, c’est un lieu d’être. On s’y arrête, on parle, on voisine au rythme des marées. Chacune compose un nouveau paysage, où chaque habitant est la capitale de lui-même. 
Une île dans laquelle le facteur est, lui aussi, à la découverte de soi. En basse saison, le courrier est livré en moins de deux heures. Les urgences d’abord : administratif, mandats. Le reste peut attendre, disait Ferdinand, grand gaillard venu de la Normandie voisine, qui avait adopté le rythme de l’île. 
Je l’aimais bien, Ferdinand, avec son regard fureteur et son sourire sardonique, son air dégingandé très Jacques Tati. Les lettres plus personnelles, il les gardait un peu. C’était son passe-temps du soir. Au lieu de regarder la télé, il découvrait les habitants en lisant leur courrier. Il ouvrait les enveloppes délicatement et les refermait avec le même soin. Personne ne songeait que lui, le porte-lettres, ne recevait jamais aucune. De vraies lettres.
Il me fit cette confidence un soir, à la faveur d’une cuite sauvage que nous partageâmes jusqu’à perdre notre état civil. Nous nous retrouvâmes torses nus dans la partie nord, là où la lande court vers le phare du Paon, à fredonner le boléro qu’il aimait. 
Chez lui, un vieux quarante-cinq tours tournait souvent sur le tourne-disque pendant qu’il lisait le courrier des voisins. Cucurrucucu Paloma lui mettait la chair à vif. Il me montrait ses avant-bras : 
— Ça dresse les poils comme un bois de peupliers. 
Puis, plus très lucide, il se mit à bafouiller des aveux : 
— Quel mal il y a à s’instruire ? Je ne fais de mal à personne. Je nourris mon cerveau. Et puis, quand je parle aux gens, je sais. Je ne devine pas. Je ne juge pas non plus. Je fais ça pour me sentir moins seul… pour être en communion avec les gens. 
Ses chroniques pour la presse locale étaient, à ce titre, fort documentées, c'était un régal pour les amateurs de curiosité. 
Ferdinand seul savait les anfractuosités dans lesquelles son inspiration se blottissait. Le pays était fier de son fils d’adoption. Ferdinand s’informait d’abord, partageait ensuite. Jubilait enfin. 
Sans rien dévoiler de son magnifique manège. Le silence des temps expirait sur le bord de ses lèvres. 
Le lendemain, Ferdinand reprit sa tournée, fidèle à ses chemins de grève imprégnés de l’odeur de goémon. Il marchait contre le vent, poussant son vélo, la sacoche pleine de nouvelles qui ne lui étaient jamais adressées. 
On disait qu’il parlait seul en descendant vers le port, mais c’était peut-être aux lettres qu’il s’adressait — à celles qu’il lisait et prenaient du retard. 
Depuis, chaque fois que le vent se lève sur Bréhat, j’imagine Ferdinand quelque part, lisant le souffle du large comme on déchiffre un mot d’amour oublié. 
 
Sous l’Casque d’Erby
 

mercredi 4 février 2026

Affaire Epstein ou la démocratie sous chantage.

On continue de parler de « l’affaire Epstein » comme d’un scandale isolé. Comme d’une aberration complotiste. Comme d’un accident moral dans un monde qui fonctionnerait normalement. C’est confortable. Mais c’est faux. Ce qui a émergé n’est pas la chute d’un homme et sa mort suspecte dans la cellule où il était détenu. C’est l’exposition d’une méthode.
Le principe est simple, presque banal dans sa mécanique : on approche les puissants, on flatte leurs appétits, on leur offre l’impunité qu’ils pensent mériter. On crée les conditions de la compromission. Puis, on enregistre. On archive. On conserve. Et on attend. Comme à la chasse. 
À partir de ce moment, il n’y a plus d’élites. Il n’y a plus que des vulnérabilités. Un ministre, un financier, un prince, une célébrité : peu importe le titre. Tous deviennent des leviers. Des dossiers. On ne les convainc plus. On les tient. Et soudain, la vie publique devient plus lisible :
Ces volte-face politiques inexpliquées. Ces enquêtes enterrées. Ces réseaux criminels miraculeusement épargnés. Ces guerres absurdes présentées comme nécessaires. Ces fortunes intouchables. Ces silences coordonnés. Ce n’est pas de l’incompétence. Ce n’est pas du hasard. C’est de la contrainte ! C’est du chantage ! 
Des décideurs qui devraient protéger la société passent leur temps à se protéger eux-mêmes. Ils obéissent. Ils votent contre leurs promesses. Ils blanchissent l’argent sale derrière des montages juridiques. Ils serrent les mains qu’ils devraient menotter. Ils prononcent des discours sur l’éthique pendant qu’ils garantissent l’impunité des prédateurs. 
La corruption classique suppose l’avidité. Ici, c’est pire. C’est la peur. La peur d’un dossier qui sort. La peur d’une vidéo qui fuite. La peur de la dégringolade sociale. Alors, ils se couchent. Tous. Et un dirigeant qui a peur est plus dangereux qu’un dirigeant corrompu. Parce qu’il ne négocie même plus : il exécute. 
On aime croire que les démocraties tombent sous les coups d’idéologies extrêmes. La réalité est plus sordide. Elles pourrissent de l’intérieur, dirigées par des gens compromis, tenus en laisse, incapables de dire non à ceux qui possèdent leurs secrets. 
L’affaire Epstein n’est donc pas un monstre isolé. C’est une fenêtre. Une brève ouverture sur l’arrière-boutique du pouvoir : un endroit où l’on fabrique des responsables dociles, où la morale est un décor, et où la dignité publique se monnaie comme une marchandise.
Ce n’est pas seulement un réseau qui a été exposé. C’est un système de gouvernance par le chantage et la corruption. Certaines élites ne gouvernent pas. Elles sont gouvernées. Et tant que cette mécanique restera intacte, les beaux discours sur la démocratie, la justice et les valeurs ne seront que du théâtre. Un théâtre financé par notre naïveté.
Comme à son habitude, la France, qui figure en bonne place dans le dossier Epstein, manifeste une certaine réticence à exprimer un avis moral. Une condamnation retentissante ne serait pas un luxe, pourtant. D'évidence, elle est plus soucieuse de s'attaquer à Elon Musk et le réseau social X qu'aux horreurs du réseau Epstein.
Il est à noter que nos médias et une grosse partie de la classe politique accordent une attention modérée à cette affaire. Comme si... Comme si... Comme si... 
C'est tout juste si bientôt, il ne va pas s'agir d’un vaste complot orchestré par des entités étrangères. Moscou ? Pékin ? L'Iran ? Le Dalaï-lama ?
Pouvons-nous espérer un sursaut de dignité ?
 
Sous l'Casque d'Erby
 

mardi 3 février 2026

Parce que… Parce que… Parce que...

Tout va mal depuis que telle faction a pris le pouvoir. Et, quand l’autre arrive, c’est encore pire.
On nous le répète à chaque alternance, à chaque passage devant l’urne, comme si le désastre changeait de visage, mais jamais de nature. 
Le temps passe ainsi, d’élection en élection, de déception en déception, et pendant ce temps-là, l’élevage se porte bien, avec, quand même, des signes de lassitude grandissants. 
Il a appris la leçon : marcher droit, rester sage, rentrer dans le rang. Droit dans ses bottes, on a des principes ! 
Les saisons, elles, font leur travail sans discuter. Le printemps revient, puis l’été, puis l’automne, puis l’hiver. Et ça recommence. Les années s’empilent de la même façon que nous perdons en pilosité. Beaucoup de questions, de plus en plus d’interférences, et cette impression tenace de parler dans le vide. 
Et puis, il y a les intelligents, ceux qui savent tout, qui crachent sur la bonnette, une salive experte. Sur tel ou tel sujet. Pas d’analyse exhaustive, mais des mots d’ordre dictés par, on ne sait qui dans une ambiance de quasi-guerre civile. Car, in fine, la diversion mène au chaos et le chaos à la guerre civile. Et tout ça, grâce à qui ? Au profit de qui ? 
Pourquoi l’Union européenne vide-t-elle nos caisses pour entretenir et prolonger une guerre qui était perdue d’avance ? À cette question, la réponse ne varie jamais. Elle tient en trois mots : parce que, parce que, parce que…  
Mais une chose est claire : tout en haut de la pyramide, on ne nous aime pas ! On fait ce qu’on nous a appris à faire. On travaille, on vote, on obéit, on paie. Taxes, impôts, contributions, tout et n’importe quoi. On encaisse des mesures de plus en plus lourdes avec une patience admirable. On accepte sans rechigner le démantèlement du pays. Gentiment. Parce que nous sommes gentils !
Sauf que parfois, trop c’est trop. Alors, on sort. Gentiment. On défile, on brandit des banderoles, on lance des slogans presque trop polis, on demande des explications. En retour, on nous envoie la brigade des loups. Quelques yeux crevés, des bras en moins, des côtes cassées. Des gardes à vue. Et si quelqu’un demande encore pourquoi, la réponse tombe, invariable : Parce que… Parce que… Parce que... 
Les années passent. On conteste, on se fatigue, on finit par désigner un responsable quelconque, par commodité et on le couvre d’insultes. C’est l’exutoire ! Rarement ou jamais le bon. 
Sans doute parce que viser juste obligerait à admettre qu’on s’est trompés depuis le début, qu’on s’est mis le doigt dans l’œil jusqu’au coude. Et ça, l’ego collectif ne le supporterait pas. 
Hier, c'était Poutine. Aujourd’hui c’est Trump. Ou le Chinois. Demain, ce sera un autre épouvantail. À ce rythme, bientôt toute la planète sera devenue fasciste. Toute la planète, sauf nous. Évidemment ! 
Alors, on attendra la prochaine élection. Ou la prochaine saison. Ou la prochaine guerre. Peu importe : l’élevage, lui, sait déjà à quoi s’attendre. 
Parce que… Parce que… Parce que... 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 

dimanche 1 février 2026

Tony, pas l’ami de tous les hommes

Image IA
Le souvenir suit une courbe capricieuse. Il va, vient, s’élance puis revient, comme un balancier qui bat le temps sans jamais le retenir. Inutile d’espérer le contraindre : il a sa propre vie, son propre pouls. Ce n’est pas parce qu’on arrête les aiguilles d’une horloge que l’heure cesse de passer. 
Rien n’est rectiligne dans la mémoire. Elle se tord, se plie, se dérobe, et nous façonne — parfois malgré nous. La mémoire est une sculpture surréaliste qu’on approche sans trop bien la comprendre. Elle vagabonde, indisciplinée, rebelle à toute injonction. Vouloir la dompter, c’est s’y perdre. Vouloir l’épouser, c’est s’y perdre encore. Elle s’ouvre comme un livre d’images jeté au vent : chaque page surgit sans prévenir. 
Le ciel intérieur n’a jamais de couleur fixe. Il bleuit, s’assombrit, se déchire, puis reparaît, presque intact, avec son voilé de brume. La mémoire déborde toujours. Elle déborde le cadre, comme ces peintures qui refusent les bordures, qui se dévitalisent quand on les enferme. Chaque détail ouvre un monde, chaque image en dissimule une autre. Ce n’est plus un monde, ce sont des univers parallèles. Alors, où commence-t-elle ? 
Je me souviens, ou il était une fois ? La frontière est si mince qu’on la traverse sans s’en apercevoir. Le souvenir est un conte dont le réveil est brutal. La vie, cruelle et merveilleuse à la fois, tire sa lumière de ce qui la blesse. De l’ombre naît l’éclat ; de la faille, la clarté. 
Autrefois ? Ce mot m’oppresse. Il flatte et ronge autant qu’il paralyse. Il borde des paysages d’or autant que des précipices. Me voilà repris dans ma tentative d’évasion. Incapable de faire taire le passé, je cherche dans sa lueur ce que le présent me refuse. Ces éclats m’appellent. Ils me rappellent qui je suis — et comment, du chaos des souvenirs, s’est peu à peu dessiné mon visage. Un visage dont je ne reconnais presque plus l’enveloppe. Je suis une réminiscence de moi-même. 
Tony était mon chien. Il était blanc, avec des taches noires. Comme moi, il vivait dehors. Nous habitions au pied d’un pont qui séparait deux parties hautes. Nous étions la cuvette. Le monde se soulageait dessus. Un ensemble chaotique de constructions en tôle. Rien à voir avec les LEGO qui fleurissent dans les résidences-champignon dans les villes « tranquilles ». 
Devant les seuils courait une rigole charriant les restes de la vie domestique. C’était un passage. Un va-et-vient. Une balançoire entre plusieurs mondes et une seule odeur. Personne ne voulait de ce chien. Moi non plus, au début. Il était seul. Il avait faim. Moi aussi. Nous nous sommes attachés. Nous parcourions la ville jusqu’à la mer. Je me baignais, il m’accompagnait. C’était le matin, pas encore très chaud. La route qui la longeait filait vers Tanger, la ville blanche. Quand il faisait très chaud, le bitume fondait. On entendait les pneus de voiture faire floc-floc à chaque tour. 
J’atteignais une roche proche et je plongeais depuis une petite hauteur. Il restait en bas. Il me regardait monter. Il montrait des signes d’inquiétude. Gémissait. Émettait des petits bruits plaintifs. Quand je m’élançais, il glapissait, de peur que je ne m’abîme. 
Peu à peu, nous sommes devenus inséparables. L’école était loin. Le catéchisme, Dieu seul sait. Ma mère ne cessait de m’interroger sur le sujet. Elle voulait que je fasse ma première communion, mais pour cela, il fallait savoir certaines choses que le curé nous enseignait.
Quelques larcins nous nourrissaient, Tony et moi. À la maison, la nourriture n’abondait pas. Sur la plage, des poissons s’étalaient sur des fils tendus comme du linge à sécher, Tony avalait ça avec gourmandise. Moi aussi. Ça donnait soif. Il fallait seulement éviter de se faire serrer. C’était chaud. 
Là où nous vivions, la misère ne laissait pas de place aux animaux. Coups de pied. Bastonnades. Guerre civile, dictature, répression, peur. C’était le Romance de la Guardia Civil de Lorca, avant, pendant et après des années d’affrontement entre deux blocs qui ne voulaient pas céder. 
Le quotidien de ceux que la vie n’aide pas à nourrir des sentiments pour les bêtes. Chats et chiens, ça se mangeait, quand le ventre criait famine.
 — Tu le nourriras, dit ma mère, qui avait déjà fort à faire pour nourrir l’escadrille de gamins qu’elle traînait derrière elle à tout juste trente ans. 
— Tu lui enlèveras les puces, ajouta mon père en se gominant. L’eau de Marie-Rose, ce n'est pas pour les chiens.
Le jour de notre rencontre, Tony s’est approché avec prudence. Il remuait la queue en signe de paix. Il m’a reniflé, m’a léché — je détestais ça — puis s’est couché à mes pieds. Sa respiration était irrégulière. Comme s’il s’était dit : « Nous sommes faits pour faire équipe. 
Tony est le seul chien que j’aie connu capable d’avaler sans rechigner pommes, poires, raisins, figues de Barbarie. Les jours de fête, du pain grillé frotté à l’ail, arrosé d’huile d’olive. C’était ripaille. 
Un jour, je lui ai donné des restes de lapin que ma mère avait cuisiné. Je l’avais « emprunté » dans un clapier voisin — ventre affamé… 
Il fallait voir Tony se pourlécher. À l’époque, nous ignorions qu’il fallait éviter de donner aux chiens des os de lapin, de canard ou de dinde. Mon bâtard dalmatien se fichait bien de la diététique animale. À la fin du repas, il affichait une stupidité satisfaite. De la béatitude. 
Quel âge avait-il ? Vacciné, pucé, fiché ? Avait-il un carnet de santé, une date de naissance ? Un casier judiciaire ? Il appartenait sans doute à la tribu de Geronimo, cet indien altier mort une bouteille de whisky à la main. 
Le chauffeur du camion de livraison du magasin voisin roulait toujours trop vite. Le patron le lui avait dit sur tous les tons. Le chauffeur s’en foutait. Un playboy de supérette : jean, manches de chemise retroussées sur les biceps, peau brune et Ray-Ban. Ma première bagarre d’homme. 
C’est à cause de lui que Tony a éparpillé ses boyaux sur la chaussée. Quand je l’ai vu là, étendu de tout son long sur l’accotement, comme un tas d’os, mon sang n’a fait qu’un tour. Guardia Civil ou pas, j’ai sorti mon Opinel et j’ai crevé les quatre pneus de son camion de livraison. Je n’ai plus mon chien, lui n’a plus de travail ! 
 
Sous l'Casque d'Erby
 

jeudi 29 janvier 2026

La morale, décoration de pacotille


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« La morale est une esthétique de l’ombre. »
— Octave Mirbeau 
 
La morale est une décoration murale. On la décroche quand ça commence à brûler. Elle arrive après les faits, comme toujours. Pas pour les expliquer, mais pour les excuser. Ce n’est pas qu’on la refuse : c’est qu’elle ne peut plus suivre. 
Tout peut attendre, en effet. Sauf ce que nous avons mis en mouvement.
La guerre ne commence plus : elle continue. La bêtise ne s’oppose pas à l’intelligence : elle l’accompagne.
Nous avons produit des dispositifs qui excèdent notre faculté de représentation. Nous savons ce que nous faisons, mais nous ne savons pas ce que cela signifie. Entre l’acte et ses conséquences s’est creusé un écart que plus aucun jugement ne comble. Excepté la panique, allié légitime de la bêtise. 
L’humanité avance avec une excroissance collée au corps, une masse opaque qu’elle appelle intelligence quand elle ne sait plus quoi en faire. Une tumeur lente, héréditaire, jamais opérée. On meurt avec. Les archéologues de demain ne trouveront pas des ruines, mais des symptômes. Des frontières absurdes. Des cratères. Des slogans. Et partout la même trace fossile : la connerie. 
Les traces que nous laisserons ne diront rien de nous. Elles parleront de nos capacités techniques, non de nos intentions. On y lira des infrastructures, des cratères, des systèmes. Des algorithmes. L’humain n’y apparaîtra qu’en creux, comme portion congrue.
Le Groenland n’est pas un territoire, c’est un prétexte. Comme le Venezuela. Comme l’Iran. On ne convoite pas la terre, on convoite le bruit. 
Quelques bombes pour relancer la machine. Quelques morts pour graisser les rouages... La géopolitique est une masturbation collective. À trois, on saute. Personne ne sait pourquoi. Tout le monde saute. L’obéissance est plus confortable que la pensée. La honte, plus facile que la lucidité. Le système n’a pas besoin de sens. Il a besoin de chair. L’humain n’est pas un acteur, il est le combustible. Ce que l’on appelle débat n’est qu’un ajustement narratif. Il sert à rendre pensable ce qui ne devrait pas l’être. 
En parler, c’est déjà s’y adapter. En s’y adaptant, on y consent. Et la tumeur continue de croître. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

lundi 26 janvier 2026

Mercosur : l’accord du silence imposé

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Le Mercosur, comme tant de décisions issues de l’engeance globaliste, se résume à une injonction simple : fermez-la, nous nous occupons du reste. Vous pouvez protester, bien sûr. Ne sommes-nous pas en démocratie ? Cause toujours ! 
Vous pouvez chouiner à perte de salive. Mais poliment. Dans les clous. Sans troubler l’ordre établi. Sinon… vous comprenez. Ils ont investi dans des engins de guerre pour nous mettre au pas ! 
Derrière le vernis technocratique et les discours lénifiants sur les bienfaits du « libre-échange » – « libre », quelle ironie –, le Mercosur n’est rien d’autre qu’un échange commercial de continent à continent dont l’intention réelle est limpide : créer une concurrence déloyale institutionnalisée, au détriment de l’agriculture européenne poussée à la faillite. 
D’un côté, des productions agricoles autorisées à prospérer dans un cadre largement affranchi des contraintes sanitaires, environnementales et sociales qui s’imposent chez nous. Des substances interdites en Europe y sont tolérées, souvent courantes. Une main-d’œuvre sous-payée, peu protégée, corvéable à merci et une logique productiviste brutale, assumée, sans faux-semblants. Tout va bien dans le meilleur des mondes possibles. De l’autre, une agriculture européenne ligotée par des normes toujours plus nombreuses, dictées par des technocrates désincarnés qui n’ont jamais mis les chaussures en cuir verni dans un champ. 
On exige des agriculteurs qu’ils soient à la fois compétitifs, écologiques, rentables, traçables, vertueux — tout en les exposant à une concurrence qui, elle, ne joue pas selon les mêmes règles. Appeler cela du « libre-échange » relève au mieux de l’aveuglement, au pire de la duplicité. Car il n’y a rien de libre dans un échange sous lequel l’un est entravé pendant que l’autre court à découvert.
Le résultat est connu d’avance. Les carottes sont cuites avant même d’avoir été mises sur le feu. 
Le plus cynique dans l’affaire reste le discours environnemental qui accompagne ces accords. On impose aux producteurs européens des standards toujours plus stricts, au nom du climat et de la santé publique, tout en important massivement des denrées produites selon des méthodes que ces mêmes standards interdisent. La pollution, le dumping social et sanitaire sont simplement externalisés. La bonne conscience, elle, reste bien au chaud. Le Mercosur n’est donc pas un accident. C’est un choix politique. Celui de sacrifier une agriculture fragilisée sur l’autel d’intérêts économiques abstraits, loin des réalités du terrain. Celui de transformer les agriculteurs en variables d’ajustement, priés de se taire pendant que d’autres décident pour eux. Et si certains persistent à s’en émouvoir, qu’ils le fassent calmement. Sagement. Sans faire trop de bruit.
Après tout, les avertissements ont été donnés : désormais que vos troupeaux sont réduits en cendres, ou le seront au prochain tour d'écrou, c'est à votre tour de subir les conséquences. 
Dans cette affaire indigne, il importe de ne pas se tromper de cible en désignant les pays d'Amérique latine comme responsables. Les véritables responsables de cette situation sont les dirigeants de l'Union européenne, la pire chose qui nous soit arrivée. 
 
Sous l’Casque d’Erby
 
 

samedi 24 janvier 2026

Une valise pour un rêve

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Je suis là. Immobile. Figé comme le rocher qui me fait face, à quatorze kilomètres à peine. Quelques encablures, et pourtant une séparation. Un rêve : partir. Me voit-il comme je le vois ? De ce côté-ci, je compte les jours. De l’autre, on compte les arrivées. 
Entre ce rocher anglais de Gibraltar, sentinelle plantée à l’extrême sud de l’Europe, et le monte Hacho, dans l'enclave espagnole du Maroc, silhouette dressée en miroir et prison militaire, s’étire un espace disputé. Ni terre, ni mer, ni frontière reconnue. Un couloir surveillé, traversé, contrôlé. Sillonné par des embarcations semblables à des escarbilles poussées par les courants.
C’est dans ces parages que mon imaginaire a pris racine. Les Colonnes d’Hercule. On les dit limites du monde ancien. Pour moi, elles sont un seuil. Un passage sous lequel le réel se fissure, laissant filtrer le rêve. 
Le rocher ne bouge pas. Il regarde. La mer, elle, obéit à d’autres lois. Elle transporte des marchandises, des soldats, des corps fatigués. Parfois des morts. Elle caresse la pierre ou la frappe, selon l’humeur du ciel. 
La nuit, les étoiles s’y reflètent comme pour rappeler que rien n’est jamais tout à fait fixe. Pendant que je me concentre sur l’autre rive, mon esprit est perdu dans ce voyage sans fin. Il franchit des frontières que mon corps n’a pas encore le droit de traverser. 
Je n’ai jamais vu la neige. Dans mon monde, elle n’existe que dans les récits, les photos, les films étrangers. J’aimerais la toucher. M’enfoncer dans son duvet comme on entre dans le corps d’une femme. Sentir l’étreinte du froid dans ma chair pour mieux apprécier sa douceur. Son mystère. Une obsession née de la chaleur, de la poussière, de l’ennui des jours. Pas qu’ils soient réellement ennuyeux ou tristes, mais j’ai besoin de passer à autre chose. 
Dans le désert de mon corps, la neige est une promesse. J’attends les tempêtes, quand la mer se déchaîne et crache une écume blanche, comme une imitation grossière des hivers neigeux. J’imagine ma terre rouge recouverte de silence, lavée de ses traces, de ses fatigues. Une terre où la neige éteint le bruit et cache le sang et sa douleur. Mon esprit sait ce que mon corps apprendra plus tard. Mon corps, lui, porte le poids du travail, de l’ignorance imposée, des routes interdites. 
Je reste sur ce bord de mer, longé par la route qui mène vers d'autres paysages. Là où les rêves font ce qu’ils peuvent pour survivre. Le temps est lent pour ceux qui attendent. Il ressemble à une hirondelle hésitante. Je suis le fil fragile sur lequel elle pose des ailes fatiguées avant de repartir. Vers le nord quand le sud étouffe. Vers le sud quand le nord ferme ses portes.
La sirène du bateau retentit en quittant le port. Elle couvre le bruit des discussions, des papiers qu’on vérifie, des adieux qu’on écourte. Elle dit au revoir à ceux qui restent leur promettant un retour qui ne viendra pas. 
Un jour, j’y prendrai place. J’irai voir les neiges du Kilimandjaro. Un nom immense, presque irréel. On m’a dit que c’était loin. Dangereux. Cher. Mais vivant. Plus vivant que l’attente. Aussi vivant que l’était l’auteur de ce livre merveilleux, Ernest Hemingway, dont j’ai lu Pour qui sonne le glas, grâce à Don Antonio Torres, l’instituteur. Il me l’avait glissé avec un certain mystère, m’invitant au secret, l’index formant une croix sur sa bouche. Je lève mon verre à sa santé !
Quand j’ai demandé où se trouvait le Kilimandjaro et combien coûtait le voyage, ma tante a ri. Elle coupait des tomates — il faisait trop chaud pour préparer autre chose. Puis, regardant ma mère, qui garde son silence, elle a dit : 
— Celui-ci n’a pas fini de faire des tours. 
Elle n’a pas répondu à ma question. Personne ne répond jamais à mes questions. Ou alors, de manière évasive et incomplète. Ma tante a pourtant traversé la mer. Jusqu’à Grenade. À la Sierra Nevada. Au cœur des Alpujarras ! 
Elle aime raconter ce voyage comme une victoire personnelle. Son amant l’avait laissée à l’hôtel pour aller « acheter des cigarettes ». Il n’est jamais revenu. Elle, si. Plus forte, peut-être. Plus seule aussi. Elle montre encore la photo : lunettes noires, allure de star italienne. Les filles l’enviaient. Les garçons rêvaient d’être quelqu’un d’autre. C’était avant que les frontières ne deviennent plus hermétiques. 
Moi, je ne sais toujours pas où se trouve le Kilimandjaro. Ni combien coûte le voyage. Ces questions résonnent comme une obsession et une blessure dans mon esprit. J’irai quand même. Et après, sûrement, j'irai voir les mines du roi Salomon. On raconte que l’or et les pierres précieuses y abondent. Qu’il suffit de se baisser pour s’enrichir. Nous avons tous besoin de légendes pour colorier nos images. 
Finalement, c’est Don Antonio Torres qui m’en a parlé. Instituteur, catholique fervent, fils et petit-fils de croyants disciplinés. La guerre civile lui a tout pris. Les amis. La famille. Les certitudes. Il n’y a plus que deux camps désormais : les morts et les morts-vivants. 
Il dirigeait l’école comme on tient une caserne. Enseignait à tous, du primaire à la terminale, avec la même passion. Il nous préparait à la première communion tout en nous parlant d’un monde juste. J’aimais ses histoires. Les Romains y étaient toujours les méchants. Je détestais les Romains !
Aujourd’hui, je travaille. De petits boulots. Apprenti. Arpette. On m’humilie, on se moque. Normal, les grands sont passés par là avant moi. Chacun son tour. Je laisse faire. Je leur glisse entre les doigts. J’économise chaque peseta. Rien d’autre. Le départ a un prix. Ma valise est prête. Petite. Discrète. Je l’ai lustrée avec un cirage spécial. À l’intérieur, peu de choses. Trop attirer l’attention est dangereux. Sous le rabat, une image pieuse : la Vierge d’Afrique. Mon fétiche et mon porte-bonheur. Elle ne quitte jamais mon esprit. Elle protège ceux qui traversent, la mer ou le monde.
Demain, comme les hirondelles, je partirai. Je quitterai le fil. J’irai toucher la neige. La voir fondre. La laisser emporter ce que je ne peux pas garder.
Et si l’or, l’argent, les pierres n’étaient qu’un prétexte ? Et si l’Histoire elle-même n’était qu’un long, un interminable déplacement, dont le choix ne nous appartient pas ?
La sirène du bateau retentit encore. Plus forte. Elle traverse mon corps. La ville s’éloigne, devient un contour flou, un souvenir en formation. Je suis à bord. Accoudé au bastingage.
Je fais un signe de la main à mon rêve. Il agite un mouchoir blanc. Il est comme un fantôme sur le quai. Il sait que je ne reviendrai pas.
 
Sous l'Casque d'Erby 
 

 

lundi 19 janvier 2026

L’Opacité, arme de distraction massive

Il y a des matins où l’on se réveille avec la certitude que quelque chose ne tourne pas rond. Pas seulement parce que les prix flambent, que les services publics se désagrègent, ou que les inégalités creusent des fossés de plus en plus profonds. Mais parce qu’on nous serre la gorge avec un sourire. Parce qu’on nous explique, avec des mots polis par les communicants, que la résignation est une vertu, que le silence est une preuve de maturité, et que la colère est un luxe pour immatures. 
Après les Gilets jaunes, présentés comme des fauteurs de trouble et des « individus réfractaires à la raison », voici les agriculteurs accusés de paralyser le pays, les soignants que l'on applaudissait en 2020 et que l'on jette en 2026, les jeunes des quartiers populaires criminalisés, comme s'il n'existait pas dans ces territoires marginalisés des millions de personnes qui, chaque jour, se lèvent à l'aube et empruntent les transports pour gagner dignement leur vie.
La recette est toujours la même : désigner un bouc émissaire. De préférence, celui qui a du mal à respirer. Pendant ce temps, les vrais décideurs — ceux qui signent les décrets dans l’ombre, ceux qui siègent dans les conseils d’administration — continuent de tirer les ficelles, invisibles et intouchables. 
On nous parle de « paix sociale » comme d’un idéal à atteindre. Mais cette paix-là sent le moisi. C’est une chambre close, le compromis pourri, la promesse non tenue. C’est une paix qui exige qu’on ferme les yeux sur les dessous de table, qu’on avale les réformes sans broncher, qu’on accepte que l’hôpital public se meure, que les campagnes se vident, que les salaires stagnent et que la nation se désintègre sans piper mot. 
Une paix faite de guerre comme n’arrête pas de le répéter l’imposteur en chef ! Et quand la colère gronde, lorsque les corps se dressent enfin, on ressort les réflexes archaïques : la répression, le dédain, les manchettes qui transforment une revendication en émeute, un désespoir en délinquance. Et un homme intègre en fasciste, porteur congénital de peste brune
On nous serine : « Il ne faut pas briser les vitrines. » Mais qui brise nos existences, jour après jour, avec la froideur d’un algorithme et la brutalité d’un bilan comptable ? 
Les mots ne sont plus des outils pour dire le monde. Ils sont devenus des armes pour cacher la malveillance.  La révolte n’est pas une maladie, c’est un acte de dignité essentiel. Lorsque des milliers de voix s’élèvent simultanément. Lorsque les ronds-points se muent en agoras, que les places publiques se transforment en tribunaux populaires. Une foule qui réfléchit, qui s’exprime, qui s’organise, est une menace bien plus redoutable qu’une foule qui saccage.
Et si, au lieu de nous entre-déchirer, on se posait enfin la bonne question : qui profite de cette opacité ? Qui a intérêt à ce qu’on ne voie pas les mains qui tirent les ficelles ? 
La dignité n’est pas un crime. La révolte n’est pas une pathologie. C’est le refus de l’opacité qui est sain. C’est l’exigence de transparence qui est révolutionnaire. 
Le vrai scandale, ce n’est pas la colère. C’est ce contre quoi elle se lève. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

mercredi 14 janvier 2026

L’Iran, ou l’art occidental du tricotage éternel

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L’Iran, toujours. Tantôt ici, tantôt là-bas, mais jamais bien loin des projecteurs. La pièce est au point : les gentils, les méchants, et un metteur en scène qui, depuis des décennies, rejoue la même tragédie sous le titre ronflant de Démocratie à la carte. 
1953. Certains éveillés n’étaient pas encore nés. En tauromachie, on dit encorné, quand le taureau réussit son coup ! C’est dire, si l’histoire n’est que la pérennité d’un savoir-faire géo-stratégique bien rodé. 
En 1953 donc, un certain Mohammed Mossadegh, Premier ministre démocratiquement élu, plus légitime que ne l’est von der Leyen à la tête de l’UE, commet l’impardonnable : nationaliser le pétrole iranien. Scandale !
Le pétrole, voyez-vous, ne se partage pas, il se possède. Suivez mon regard ! Alors Washington et Londres, conjointement la CIA et MI6, armés de leurs aiguilles à tricoter, organisent un joli coup d’État. Exit le nationaliste gênant, place à un Shah docile, bien coiffé, bien présentable – et surtout, très banquable –, avec la Shahbānou, ou « dame du roi », faisant les couvertures de tous les magazines de l’époque. C’était d’un glamour ! 
Moralité de l’histoire : la « liberté », selon le concept occidental, a très souvent besoin d’un bon despote pour lui tenir la porte. En cherchant autour de nous, nous trouverons sans peine des exemples plus récents… N’oublions pas dans l'équation les sionistes, toujours prompts à tirer les fils dans l’ombre. Leur rêve ? Faire d’Israël le nouvel empire perse. 
Un projet qui, avouons-le, a de quoi séduire stratèges et industriels de tout poil. 
Années 1960-70. On fait vite. On ne peut pas rédiger en quelques lignes l’équivalent d’une encyclopédie, alors qu’il s’agit d’activer la comprenette sans trop alourdir la cabeza
Le fait est que le régime impérial brille sur les écrans, mais grince dans les cachots. Les prisons se remplissent d’opposants, surtout de marxistes à coloration nationaliste – ces hirsutes qui font frémir les banquiers et saliver les ambassadeurs. 
L’islamisme, lui, est toléré… à petites doses, c'est buvable, et puis ça peut s'avérer très utile le cas échéant. On retient son souffle. Car la peur du religieux, tout de noir drapé, c’est le meilleur fil à tricoter qui soit. Mémé et pépé Tricot aiment le frisson à l’heure du bulletin d’information ! 
1978-1979. Les rues s’embrasent – je me souviens comme si c’était hier –, les slogans claquent, la foi se mêle à la révolte. Les médias sont à la noce. Le champagne coule à flots dans les chancelleries et dans les salles de rédaction ! 
L’Occident feint l’étonnement, et prépare déjà son prochain discours. Khomeini rentre d’exil. Triomphe. 
On murmure que la France lui a prêté un micro ; on oublie de préciser que ce silence arrangeait tout le monde. Après tout, des fanatiques religieux, c’est plus pratique qu’une gauche nationaliste, mal embouchée, comme l’était l’iranienne : ça fait peur, ça justifie les budgets militaires, et ça permet de se draper dans le rôle de défenseur des Lumières.
Alors, que choisir ? Une gauche nationaliste qui ose toucher au sacré (le pétrole, bien sûr), ou des mollahs qui étouffent leur peuple sous le voile de la théocratie ? En termes de propagande, le calcul est simple : un régime religieux, c’est l’ennemi idéal. Il légitime les croisades modernes, nourrit l’industrie de l’armement, et endort les consciences sous prétexte de civilisation. L’obscurantisme religieux est porteur, n’est-ce pas ? 
Résultat : les marxistes sont écrasés, les ayatollahs intronisés, et l’Occident rassuré. Pas pour longtemps, certes, mais la stratégie donne ses fruits. Car le grand art du tricotage, c’est de toujours trouver un nouveau fil à tirer. Le peuple iranien, lui, reste pris dans la même pelote : tricoté, détricoté, jamais maître de son propre motif. La pièce continue. Les acteurs changent, mais le scénario, lui, reste résolument identique. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

dimanche 11 janvier 2026

L’Empire et ses miroirs

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Quand un empire vacille, il lui faut toujours un coupable. Un homme à vouer aux gémonies, une silhouette propice au sacrifice. C’est la vieille habitude des puissances finissantes : choisir l’exorcisme plutôt que l’autopsie, l’incantation au lieu du diagnostic.
Les États-Unis n’échappent pas à la règle. L’empire qui se rêvait éternel, découvre que la force brute ne suffit plus à imposer le silence. Nous le voyons au Venezuela : la rhétorique démocratique ne suffit pas à voiler la brutalité du rapport de domination.
Pendant des décennies, Washington a dicté l’ordre du monde — le qui, le quand, le comment — et écrasé toute contestation par la force. Aujourd’hui, cette posture n’impressionne plus : elle inquiète, elle lasse, elle agace. Elle échoue.
Les empires meurent rarement d’une blessure unique. Rome n’est pas tombée à cause d’un empereur grotesque, qu’il se nomme Commode ou Tartanpion, mais parce qu’elle s’est étouffée dans sa propre vanité.
L’Amérique suit ce chemin : dette sans fond, inégalités criantes, désindustrialisation méticuleuse, institutions engluées, société fragmentée, démocratie vidée de sens. Trop riche pour se réformer, trop puissante pour douter, trop sûre d’elle pour écouter. La charité impériale, brandie comme un étendard moral, n’est qu’une arme de domination. Elle ne soulage pas, elle hiérarchise ; elle n’apaise pas, elle endort.
Donner avec arrogance, c’est apprendre à autrui l’insoumission. Acheter la paix sociale à crédit, c’est repousser l’explosion. L’humiliation, même courtoise, finit toujours par se venger. L’empire s’adore lui-même. Son idéologie, c’est l’auto-satisfaction ; sa stratégie, l’aveuglement. On ne répare plus la machine : on la célèbre. Jusqu’à ce qu’elle se fracasse contre le mur de l’absurde. 
Alors, on cherche un visage à abattre. Trump est aujourd’hui ce visage, simple miroir grossissant des maux qu’on refusait de nommer. Le condamner seul, c’est se donner bonne conscience. 
Pendant ce temps, le monde avance. La Chine, la Russie et d’autres émergents – la multipolarité pour bien la désigner – déplacent le centre de gravité. Ce n’est pas une chute, mais une lente dépression, un glissement silencieux. L’Amérique se réveille trop tard, découvrant qu’elle n’est plus le centre, mais un acteur parmi d’autres. 
Quand les fondations sont pourries, repeindre les façades ne sert à rien. Et admettre le déclin, c'est toucher à l’orgueil fondateur, celui de croire à la toute-puissance. Hélas, l’Histoire, capricieuse et patiente, finit par rappeler à l’ordre ceux qui prétendent la contrôler. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 
 

mercredi 7 janvier 2026

Méditation sur l’horreur du monde et du pouvoir

Les grandes puissances ne manquent pas de mots. Les corbeilles débordent. « Justice », « paix », « humanité » : concepts hissés au rang de grigris, répétés jusqu’à l’usure. À force d’être invoqués, ils deviennent des paravents moraux, sans exigence ni substance. 
Le pouvoir n’éclaire pas le réel : il l’engloutit. Il nomme l’ennemi, virtuel ou commode, pour empêcher la clarté de se frayer un passage dans les esprits. La peur sert de déclencheur : « terrorisme », « menace », « sécurité », « santé » — catégories assez vagues pour tout contenir, assez fermées pour ne rien dire. 
Nommer n’est pas penser, c’est enfermer la pensée. La violence peut alors traverser le ciel, tomber sur des terres déjà épuisées, et se présenter comme nécessité. On ne parle plus de domination, mais de responsabilité. D’ordre. La liberté devient une abstraction, un réflexe conditionné. 
Le droit, lui, vit caché sous le poids des dossiers qu’on n’ouvre plus. C’est un immeuble vide que squattent les parasites pour se donner une raison d’exister : les traités ne contraignent que ceux qui n’ont pas le pouvoir de s’en affranchir. Les décisions essentielles ne se proclament pas ; elles fuient la lumière. Elles naissent dans des espaces dans lesquels la responsabilité se dilue, où personne ne parle en son nom. 
Les dirigeants apparaissent non pour décider, mais pour justifier. Leur parole n’est plus un acte : c’est une décoration de Noël. On invoque sans cesse le peuple, mais il n’est jamais là. Abstraction utile, principe rhétorique : on parle en son nom, jamais avec lui. 
On le mobilise dans l’émotion, on l’écarte dans la décision. Fiction nécessaire au bon fonctionnement de la scène politique. Ainsi se maintient l’illusion : celle d’un monde gouverné par des principes, alors qu’il l’est par la force. La morale ne disparaît pas ; elle change de fonction. Elle ne juge plus le pouvoir, elle le justifie. Elle ne limite plus la violence, elle l’habille. 
Les siècles passent, les formes évoluent, les discours se modernisent, mais la logique demeure : le pouvoir cherche moins à être juste qu’à paraître légitime. Et la légitimité se fabrique par le langage. 
Pendant ce temps, le réel persiste — simple, brutal, indifférent aux justifications. Il se manifeste dans les corps détruits, les vies interrompues, les silences forcés. Il ne discute pas : il impose son tempo. Ce n’est pas que la paix soit impossible, c’est qu’elle exige ce que le pouvoir refuse — la limite. 
Reconnaître qu’il est des choses qu’on ne doit pas faire, même lorsqu’on le peut. Or le pouvoir confond la possibilité avec le droit. L’Occident en est l’illustration : ivre de lui-même, persuadé de son immortalité, il oublie son agonie. Dans son ivresse, il croit voir des éléphants roses en tutu, dansant sur des lignes à haute tension. Ainsi la comédie continue. Le droit reste debout, mais creux. La paix demeure promise, mais ajournée. Et dans l’ombre, le pouvoir réel poursuit son œuvre, parlant de morale avec le sérieux de ceux qui n’ont jamais eu à en payer le prix. 
 
Sous l’Casque d’Erby 

 

dimanche 4 janvier 2026

Venezuela : la piraterie politique comme mode de gouvernance mondiale ?

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Dans un monde dans lequel les valeurs semblent s’inverser au gré des intérêts, le Venezuela incarne un nouvel épisode d’un spectacle bien connu : celui de la piraterie politique. Sous couvert de principes universels — démocratie, droits de l’homme, probité — se jouent en réalité des logiques de prédation, où la fin justifie tous les moyens. Rien de nouveau sur terre ! La comparaison avec « Pirates des Caraïbes » n’a rien d’anodin : ici, le candidat est le maître du jeu. Il impose le tempo, mettant en scène une téléréalité géopolitique où les coupures publicitaires sont des contrats juteux, et les spectateurs, des opinions publiques manipulées. Là où il y a de la richesse, il y a forcément crime !
  
Un scénario déjà vu
  
L’Amérique latine, laboratoire historique des ingérences étrangères, la CIA en particulier, voit resurgir des méthodes éprouvées depuis Allende, en passant par l’Irak, la Syrie, et demain peut-être l’Iran. Ah, l’Iran ! Et le Mossad dans tout ça ? La diplomatie, réduite à un leurre pour « esprits crédules », laisse place à une realpolitik cynique : la démocratie devient un concept à géométrie variable, brandi contre les « vilains-affreux » de l’extrême-droite ou du socialisme radical, selon les besoins du moment. Sachant qu’aucune de ces deux composantes n’a la moindre chance de saisir la poêle par le manche. 
Qui ne sait pas cela nécessite une thérapie urgente ! 
 
 La contrefaçon des principes  
 
Le paradoxe est saisissant : on assiste à une appropriation illégitime des discours sur la probité morale et la légalité internationale. Avons-nous entendu notre belle et démocratique UE avancer le moindre reproche ? Elle qui cautionne l’innommable en Ukraine, comment le pourrait-elle, sans se brûler la langue ? Les ressources du Venezuela — pétrole, or, infrastructures — sont convoitées sous prétexte de « restauration démocratique », tandis que les sanctions et les pressions asphyxient une population déjà exsangue et hautement manipulée. La violence économique, les détentions arbitraires et les blocages institutionnels deviennent des outils de « normalisation », au mépris du droit international.  
 
Et demain ?  
 
Si la « piraterie » — vol, violence, détention illégale — est aujourd’hui un mode opératoire assumé, que reste-t-il comme alternatives ? La question dépasse le Venezuela : elle interroge la capacité des nations à résister à la loi du plus fort, et à réinventer une gouvernance mondiale fondée sur le respect mutuel plutôt que sur la rapine. Restons humbles sur ce point précis.  
 
Perspective 
 
Le Venezuela n’est qu’un épisode d’une série plus large, où les puissances traditionnelles, loin d’être sur le déclin, comme certains commentateurs le suggèrent, réactualisent leurs méthodes. Face à cela, la vigilance citoyenne, la transparence des médias et la mobilisation internationale pourraient être les seuls remparts contre cette banalisation de la piraterie politique. 
Un vœu bien pieux ! 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

 

vendredi 2 janvier 2026

2025 s’est fait la malle et on pousse un grand ouf !

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2025 s’est fait la malle avec le magot, après nous avoir roulés dans la farine, lessivés jusqu’aux chaussettes, et piétinés avec la subtilité d’une campagne électorale. On a fini sur les rotules  avec un sourire large comme ça pour la photo souvenir.
Soyons « beaux joueurs » et saluons la performance : jamais les stratèges du sinistre cirque mondial n’auront si bien travaillé. À la perfection chirurgicale de leur plan répond, malgré quelques soubresauts, la docilité mélancolique des peuples, cette vieille bonne pâte humaine qui aime tant être pétrie — surtout quand c’est « pour son bien » !
L’année 2025 aura donc été la grande démonstration : comment asservir le monde sans tirer un coup de feu. Il suffisait d’un slogan, d’une application et d’un peu de culpabilité bien distillée par les petits soldats dévoués de la bien-pensance
Le rideau est grand ouvert sur l’Agenda 2030, cette comédie futuriste où l’on promet la fin de la faim… en supprimant et pourrissant la nourriture. On ne produira plus, on « optimisera ». On ne mangera plus, on « ingérera durable » ! 
Le paysan disparaît, remplacé par le technicien du vivant, tout pareil que dans les hôpitaux, le médecin devenant statisticien ou VRP pour le compte d'usines à médocs ! Les champs deviennent des antennes d’un beau vert technocratique et les bêtes qu'ils élèvent les porteurs des futures saloperies qu'on ingérera ! Et comme on ne peut pas vacciner tout le monde à l’heure du dîner, on s’y prend autrement : on vaccine ce qu’ils mangeront demain. L’imagination totalitaire retrouve son allant surréaliste. 
Tu refuses le vaccin ? Très bien, tu le croqueras dans ton steak. Ou dans ton poulet. Ou dans ton saumon… Le menu servi saignant — mais traçable et certifié conforme ! Le souvenir de la pandémie – one‑man‑show planétaire – s’évapore, et les spectateurs réclament la suite. Elle traine dans les couloirs et dans les salles de rédaction : 
« Encore un confinement, Monsieur le metteur en scène ! » Comme pour Rocky ou Avatar, dont on ne sait plus le nombre d’opus jetés à la volée, on en redemande ! On nous avait dit que tout cela relevait du délire, que parler d'expérimentation sociale, c'était sombrer dans la folie complotiste. Qu'évoquer le grand remplacement, c'était suprémaciste ! Pauvres « sans dents » !
Et voici que la surmortalité s’invite en postface : détail, coïncidence, aléa statistique, que sais-je ? — Mais surprise de taille ! Elle ne fait pas rire tout le monde. Surtout les sur-vaccinés ! Les sceptiques d’hier, la trouillomètrie à top, se découvrent soudain prudents, comme si le doute était désormais permis !
Alors, 2026 ? Année bénie ou version encore plus gore ? 
À cet instant, je pense à Gaza et a l’extermination méthodique d’un peuple avec la complicité de l’Occident entier.
Le monde continuera d’applaudir des oreilles pendant qu’on démonte la scène à ses pieds ? Mais, parfois, il suffit d’un spectateur qui se lève, un seul, pour que la mise en scène s’effondre... 
Et si c’était toi ? Si c’était nous tous qui nous levions ? 2026 pourrait être si on le veut ce déclic tant attendu...
 
Sous l'Casque d'Erby