Il y a des matins où l’on se réveille avec la certitude que quelque chose ne tourne pas rond. Pas seulement parce que les prix flambent, que les services publics se désagrègent, ou que les inégalités creusent des fossés de plus en plus profonds. Mais parce qu’on nous serre la gorge avec un sourire. Parce qu’on nous explique, avec des mots polis par les communicants, que la résignation est une vertu, que le silence est une preuve de maturité, et que la colère est un luxe pour immatures.
Après les Gilets jaunes, présentés comme des fauteurs de trouble et des « individus réfractaires à la raison », voici les agriculteurs accusés de paralyser le pays, les soignants que l'on applaudissait en 2020 et que l'on jette en 2026, les jeunes des quartiers populaires criminalisés, comme s'il n'existait pas dans ces territoires marginalisés des millions de personnes qui, chaque jour, se lèvent à l'aube et empruntent les transports pour gagner dignement leur vie.
La recette est toujours la même : désigner un bouc émissaire. De préférence, celui qui a du mal à respirer. Pendant ce temps, les vrais décideurs — ceux qui signent les décrets dans l’ombre, ceux qui siègent dans les conseils d’administration — continuent de tirer les ficelles, invisibles et intouchables.
On nous parle de « paix sociale » comme d’un idéal à atteindre. Mais cette paix-là sent le moisi. C’est une chambre close, le compromis pourri, la promesse non tenue. C’est une paix qui exige qu’on ferme les yeux sur les dessous de table, qu’on avale les réformes sans broncher, qu’on accepte que l’hôpital public se meure, que les campagnes se vident, que les salaires stagnent et que la nation se désintègre sans piper mot.
Une paix faite de guerre comme n’arrête pas de le répéter l’imposteur en chef !
Et quand la colère gronde, lorsque les corps se dressent enfin, on ressort les réflexes archaïques : la répression, le dédain, les manchettes qui transforment une revendication en émeute, un désespoir en délinquance. Et un homme intègre en fasciste, porteur congénital de peste brune !
On nous serine : « Il ne faut pas briser les vitrines. » Mais qui brise nos existences, jour après jour, avec la froideur d’un algorithme et la brutalité d’un bilan comptable ?
Les mots ne sont plus des outils pour dire le monde. Ils sont devenus des armes pour cacher la malveillance.
La révolte n’est pas une maladie, c’est un acte de dignité essentiel. Lorsque des milliers de voix s’élèvent simultanément. Lorsque les ronds-points se muent en agoras, que les places publiques se transforment en tribunaux populaires. Une foule qui réfléchit, qui s’exprime, qui s’organise, est une menace bien plus redoutable qu’une foule qui saccage.
Et si, au lieu de nous entre-déchirer, on se posait enfin la bonne question : qui profite de cette opacité ? Qui a intérêt à ce qu’on ne voie pas les mains qui tirent les ficelles ?
La dignité n’est pas un crime. La révolte n’est pas une pathologie. C’est le refus de l’opacité qui est sain. C’est l’exigence de transparence qui est révolutionnaire.
Le vrai scandale, ce n’est pas la colère. C’est ce contre quoi elle se lève.
Sous l’Casque d’Erby


Le bonjour aux passantes et aux passants. Il fallait que ça sorte. La bonne journée.
RépondreSupprimerBonjour et merci Rod. C'est tellement lumineux, qu'il est étonnant que personne ne bouge... Un tout petit mot de trois lettres, dit avec conviction et sans recul possible et, tout s'arrête... Un rêve ?
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