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vendredi 16 février 2018

L’utopie topique




En cherchant dans la mouvance (historique, géographique) des contestations sociales que la ZAD de ND des Landes symbolise maintenant, je suis tombé sur cette jolie « utopie topique ». Employée dans l’interview de « Diogène », habitant de Jansiac par Julie Gacon, dans le cadre de l’émission Du Grain à moudre consacrée à la question : dans quel monde vivons-nous ? - et diffusée le 3 janvier 2012 sur France Culture (7mn).
C’est dans les mêmes années 1970-80 que se sont concoctés en France des projets aussi fous que celui de Notre Dame des Landes (« le Rotterdam aérien » !) et les naissances de biens des communautés plus ou moins libertaires. Quelques-unes furent célèbres comme, à ce Jansiac « la nef des fous », à Limans, Longo-Maï. Et à Lure, Vandoncourt, Merlieux-et-Fouquerolles, etc... par centaines.
De telles communautés, j’en ai parfois été, d’abord en banlieue parisienne pour se loger, puis en Bretagne pour y « charpenter au noir ». Mais ce type d’expérience micro-locale ne peut être que fragile - et en général éphémère. Dans d’autres pays et circonstances, l’expérience collective dure toujours, notamment à Copenhague avec le quartier squatté de Christiania depuis 1972, et en Andalousie avec la commune rurale de Marinaleda depuis 1979 : mais cela passe par de tels compromis avec les autorités que, finalement, il y a une sorte de tolérance légale, devenant même « attraction touristique d’une curiosité sociale »... ce qui est aussi le cas, plus récent, du si sympathique petit village de Trémargat en Centre-Bretagne.

EXARCHIA

Beaucoup plus récent et différent est le célèbre squat d’Athènes Exarchia, dont l’excellent mensuel marseillais CQFD a publié en décembre 2017 un reportage sous ce titre : Athènes à l’ombre des crises : Dead Exarchia ? Et qui commence ainsi : « Depuis les émeutes de 2008, Exarchia fait office d’aimant pour anarchistes et révolutionnaires européens. Sauf que ce quartier d’Athènes se trouve désormais à la croisée des chemins : crise économique sans fin, explosion des loyers, arrivée continue de réfugiés, tensions entre groupes... Les initiatives tanguent, Exarchia résiste. »
L’article remonte deux ans plus tôt : « Confrontée à une crise migratoire sans précédent, l’Europe prend peur et ferme ses frontières. Des dizaines de milliers de réfugiés se retrouvent bloqués en Grèce, les camps débordent et la place Victoria d’Athènes ne désemplit pas. Exarchia s’éveille et répond par « l’arme du peuple »  : la solidarité. « Les gens ont ouvert des lieux pour loger les migrants », résume Vlad’.
À l’époque, les ouvertures s’enchaînent  : Thémisto, Ghinni, K22, Scholio, City Plaza... Un autre lieu, Dervenion, se mue en cantine collective. Dons en pagaille, retape de bâtiments  : le quartier vit au rythme des mouvements de réfugiés et des fêtes endiablées. Dans une Grèce en pleine dépression, le rebond a de quoi surprendre. Il permet surtout à 1 500 à 2 000 personnes de trouver refuge(...) » . Et l’article détaille des péripéties récentes dont celles de Rubiconas, groupe d’Exarchia connu pour ses spectaculaires actions, comme la destruction de bureaux de la Troïka ou du fichier des personnes surendettées - un autre groupe a même « attaqué à la grenade » l’ambassade de France après la mort de Rémi Fraisse…

On sait que ce drame entraîna l’abandon (provisoire?) du barrage de Sivens, et que, sans drame équivalent, l’énorme mobilisation de 10 ans a payé par l’abandon de l’Aéroport NDDL et la victoire de la ZAD du 17 janvier 2018 :

10 FEVRIER 2018,  FÊTE de la ZAD de N-D des LANDES

Extrait de la prise de parole d’Occupants de la ZAD pendant la fête :
« (…) Si aujourd’hui nous occupons et habitons ce territoire, c’est à l’appel des habitant-e-s qui, il y a une dizaine d’années, ont demandé du renfort pour faire face aux premiers forages et travaux, pour défendre cette zone que le conseil général et l’état essayaient de vider. Et avec l’occupation des maisons, la construction de cabanes, c’est tout plein de cultures politiques qui débarquent dans ce coin de campagne.
Des "squatteur.euses" qui portent l’autogestion, l’action directe, des modes de vies et des pratiques radicales. Qui, au-delà de la lutte contre l’aéroport, font vivre une critique du système dans lequel des avions volent au-dessus d’un monde qui marche sur la tête.
Et c’est dans ce contexte que toutes et tous, on s’est rencontré-e-s, on a grandi, évolué, entre voisin-e-s et camarades de lutte. On s’est confronté à des incompréhensions, des questions, des conflits, et on a aussi partagé des complicités, des coups de main, des réunions tard le soir et des cafés à 5 du mat’ pour guetter l’arrivée des flics. C’est à partir de tout ça qu’on construit cette lutte, en apprenant les un-es des autres.(...) Rester en lutte, c’est faire appel, chaque jour, à notre imagination, en slalomant entre contraintes et refus de céder. Rester en lutte, pour un territoire, un monde où on puisse s’épanouir, chacun et chacune à son rythme. Pour que tout ce que nous créons, faisons vivre, partageons et transmettons continue d’exister, y compris nos rêves les plus audacieux.(...) »
Ah que voilà de l’Utopie Topique !


liens

*Lure(Acratie, Michel Antony)                     

*Liste de communautés anarchistes 


Sous l'Casque d'Erby