Affichage des articles dont le libellé est Canicule. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Canicule. Afficher tous les articles

mardi 30 juin 2026

La Sainte Inquisition du Thermomètre

Il suffit désormais que le mercure s’élève avec la désinvolture d’un après-midi d’été pour que s’ouvre, séance tenante, le grand concile des âmes thermosensibles. Trois degrés de plus, et les oracles entrent en transe : la fin des temps est annoncée, certificat météorologique à l’appui. 
La Terre, apprend-on, n'est plus cette vieille planète robuste qui en a vu d'autres, mais une créature délicate que la moindre merguez sur un barbecue plonge dans un état de stress post-traumatique. Le soleil lui-même est sommé de s’expliquer : chaque rayon est une faute morale ! 
Son refus obstiné à venir témoigner sur les plateaux météo est une preuve de sa culpabilité, s’il en fallait une ! 
Il faut reconnaître à cette nouvelle foi une remarquable cohérence doctrinale. Tout y est : les prophètes inspirés, les tables de la loi (version bilan carbone), les pécheurs désignés et, surtout, cette exquise certitude d’avoir toujours raison. La vie quotidienne s’en trouve délicieusement simplifiée : 
Le voisin qui tond ? Il scie la branche climatique sur laquelle nous agonisons tous. 
L’oncle en diesel ? Un nostalgique du crime atmosphérique. 
La sœur et sa veilleuse sur la table de nuit ? Une criminelle de guerre énergétique ! 
On respire mieux quand tout le monde est coupable, n’est-ce pas ? 
Quant au doute, quelle relique ! On l’expose parfois, entre deux anathèmes, comme on montrerait un fossile : « Autrefois les gens hésitaient… » 
Fort heureusement, cette époque barbare, comme lors de certaines canicules du temps jadis, où l'on se contentait d'ouvrir les fenêtres sans y voir l'annonce de l'Apocalypse est bel et bien révolue. 
Aujourd’hui, la vérité se mesure et se proclame à haute voix. Dante, s’il revenait, aurait-il la décence de réviser son œuvre ? 
Pourquoi s’embarrasser de cercles et de subtilités quand une bonne damnation immédiate fait parfaitement l’affaire ? Enfer direct, sans escale, pas de purgatoire, cuisson rapide et jugement inclus. 
Le salut, lui, a gagné en efficacité. Plus besoin de méditation : un signalement bien senti, une indignation correctement calibrée, et vous voilà du bon côté des flammes — celles qui purifient évidemment, jamais celles qui brûlent.
Bientôt, les places publiques accueilleront leurs élégants autodafés symboliques. On y jettera avec méthode les climato-sceptiques, les amateurs d’air conditionné et autres hérétiques refusant de psalmodier le credo thermique en vigueur. Et quel spectacle ce sera : une société enfin réconciliée, unie dans la désignation des coupables, réchauffée — au sens le plus humain du terme — par les braises de sa propre vertu. 
Après tout, l'histoire nous l'enseigne : rien ne rassemble autant que le feu. 
 
Sous l'Casque d'Erby 
 
 

mardi 23 juin 2026

Kakastrouphe ! La Kakanikule est de retour !

Pixabay
Les présentatrices météo tombent le haut, le bas et les derniers scrupules pour serpenter d’un cerveau à l’autre, toute sinistrose dehors ! De quoi se rincer les korps et les rétines pendant que les banquises fondent plus vite que les promesses sanitaires affichées en 2003 lors du précédent et tragique épisode kanikulaire – 15 000 morts. 
Soleil de plomb, chaleur de merde, planète nue : vivement le retour du gel, qu'on remette une couche… de glace dans le pastaga ! Pas dans le whisky, sacrilège ! 
On rigole. On ricane. On dégouline. Les thermomètres explosent, les « records » tombent comme les textiles sur les plateaux télé, et chacun y va de son katastrophisme estival. 
La Kakanikule fait vendre du papier, du clic et de l'audience. 
Pendant ce temps-là, la grande vidange continue : celle des lits d'hôpital, des effectifs, des budgets et, finalement, des vivants. Restez chez vous. Ne sortez pas. C’est le confinement à vos frais. Mouillez-vous, vous aurez la double dose !
Car derrière le spectacle de la canicule, il y a une autre chaleur, plus insidieuse : celle des calculettes qui chauffent dans les cabinets ministériels. On ne soigne plus, on comptabilise. On ne protège plus, on arbitre. On ne prévient plus, on accompagne les dégâts en espérant que les statistiques refroidiront avant les consciences. 
Plus de vingt ans depuis la tragique canicule de 2003. Vingt ans de rapports empilés comme des linceuls, de recommandations transformées en papier recyclé, de discours solennels aussitôt évaporés sous le premier anticyclone. 
Vingt ans à savoir, à documenter, à répéter, comme si la vérité, à force d'être martelée, devait finir par devenir un simple bruit de fond. Comme la guerre. Comme les populations civiles écrasées sous les bombes. Comme tant d'autres drames que l'habitude anesthésie jusqu'à les rendre banals. 
Et pourtant, chaque vague de chaleur est un rappel brûlant. L'hôpital ne craque pas sous les degrés : il craque sous les décisions. Sous les budgets serrés comme des garrots, les lits fermés comme des cercueils, les soignants essorés jusqu'à la dernière goutte, alors qu’on ouvre les vannes à tout-va pour alimenter les caisses de quelques trafiquants d’armes, de drogue et d’humains du côté de l’Ukraine. 
La véritable canicule n'est pas météorologique. Elle est politique. 
 
Sous l’Casque d’Erby