C’est vacances de Pâques. Le
printemps n’est pas naze, bien au contraire. Ça bourgeonne à tout va et ça
bronze itou. La nature vous explose la libido que c’est miracle. Pour un oui,
pour un non elle vous envoie outre-galaxie que c’est plaisir à voir et à sentir. Même si parfois la joie n’est pas au rendez-vous du point du jour
c’est un point qui ne se discute pas.
Quand je dis cela, je ne parle pas
d’élections. Car à la différence des printemps dont la bonne surprise ne lasse
pas, les élections sont, elles, toujours aussi pourries. Tellement prévisibles,
tellement corruptibles, qu’on se demande comment on peut atteindre un niveau
aussi sidéralement bas avec un tel détachement. Comme si l’humain n’était qu’un
robot dépourvu de sentiments, un ensemble de pièces programmé pour applaudir
une fois le boniment débité.
Cela me fait penser au lâcher de
faisans lors de la saison de chasse. Le volatile se faisant rare, désormais on
l’élève en batterie en respectant certains quotas afin, dit-on, de protéger l’espèce
et de faire plaisir aux chasseurs qui se livrent, en tenue camouflage et meute
de clebs glapissante, à une véritable orgie sanguinaire lorsque les pauvres
bêtes sont lâchées en plein champ, un carré de plastique blanc autour du cou
pour ne pas les confondre avec celles de leur espèce vivant à l’état naturel.
Ayant été « domestiqués »,
nourris par la main criminelle des éleveurs, l’instinct de reconnaissance de l’animal
fait qu’au lieu de prendre la poudre d’escampette et de profiter d’une liberté qui
leur tend les bras, nous assistons à des scènes ubuesques. Au lieu de s’envoler
pour préserver un plumage magnifique et de se reproduire avec des congénères
sauvages, ils s’en viennent docilement au pied de celui qui pendant l’année
les a si bien traités, ce qui provoque la colère du chasseur qui ne s’attendait
pas à ce type de comportement de sa part. Le Rambo étant là pour avoir sa
part d’aventure, son pourcentage d’exercice et son plein d’émotions, est fort marri. Comment se
résoudre à lui tirer dessus à « bout touchant » ? Outre que cela
est interdit – quand même ! – que va-t-il rester de la bête pour la déguster
en famille, faisant le récit de cette extraordinaire partie de chasse ?...
Alors on l’oblige à prendre son envol à coups de pieds, à coups de bâtons, à
grands cris épouvantables pour qu’elles daignent enfin de se mettre à distance
optimale afin de se faire plomber comme la loi et la morale l’exigent.
Tout juste si la pauvre bête ne se
saupoudre de sel, de poivre, réglant le thermostat du four à la bonne température
et se mettant à rôtir, attendant gentiment la fin de l’apéro pour se faire tortorer...
Sous l’Casque
d’Erby

