Marre d’être heureux. La formule plaît, évidemment. Les sourires suivent, comme prévu. Certains lèvent un sourcil, s’étonnent, hésitent à demander si je plaisante.
Je ris. Mieux vaut ça que l’inverse. La mécanique fonctionne très bien.
J’ai toujours aimé les phrases toutes faites. Elles tiennent debout toutes seules, impeccables, repassées de frais. Rien à expliquer. Rien à défendre. Quand on me reproche la facilité, je réponds par une autre formule. J’en ai même quelques-unes en réserve, pour varier un peu. Dix fois par jour, on me demande si ça va : il faut bien renouveler le stock.
« On a vu pire » marche généralement très bien. Personne ne demande jamais quand.
C’est un peu comme les blagues médiocres qui ponctuent les soirées : elles sont si mauvaises que tout le monde attend le moment exact où il faudra rire. Ça occupe, ça ne coûte rien et surtout ça évite les conversations sérieuses. J’ai toujours fui les grands engagements, les promesses de lendemains lumineux, l’espoir sous plastique.
C’est sans doute pour ça que je préfère les nuages. Ils ne discutent pas. Ils ne cherchent pas à convaincre. Ils passent, s’attardent parfois plusieurs jours, puis disparaissent quand le vent décide enfin de les pousser ailleurs. Ils n’expliquent rien. Et si ça dérange quelqu’un, ils s’en moquent.
Les étoiles me font le même effet. Leur lumière nous atteint alors qu’elles sont mortes depuis longtemps. Nous ne sommes pas grand-chose. Pourtant, certains continuent de se bercer d’immortalité.
Les nuages, eux, vivent sous toutes les formes : montagnes, collines, plaines, mers suspendues, tapis de soie, pelotes de laine. De quoi tricoter une vie entière — pulls, écharpes, chandails sans fin. Une immortalité qui ne réclame rien.
De temps en temps, certaines formes me rappellent le voisin d’en face, celui dont les chants avinés suffisent à ruiner toute tentative de réflexion philosophique. Dès qu’il s’agit de pérorer, Achille répond toujours présent, à n’importe quelle heure.
Toute chose a son contraire. Le vent, par exemple. En Bretagne, il existe en plusieurs versions : fort, têtu, humide, mordant. Il ramène les nuages aussi vite qu’il les emporte. Une vraie fête foraine. Un vent iconoclaste qui décoiffe tous ceux qui se prennent un peu trop au sérieux. Le vent, c’est comme la mer : mieux vaut le laisser tranquille. Il mène sa vie.
En une journée, il peut disperser les formes du voisin aux quatre coins du ciel, juste pour lui faire voir du pays. Ce qui, dans son état habituel, ne change pas grand-chose.
On dit que les voyages enrichissent. Achille est donc immensément riche : du bistrot à chez lui, puis de chez lui au bistrot. Ses croisières surpassent les nôtres ; on le croit volontiers.
Un jour où il partait marcher le long du littoral avec sa véritable moitié, nous avons échangé quelques mots. Au moment de partir, sans raison particulière, il a lancé :
— Dans la vie, il faut savoir être l’exacte moitié de sa moitié.
Il avait dit ça d’un ton solennel. Il avait probablement ses raisons.
Le voisin mitoyen, lui, déteste tout ce qui dépasse. Sa haie est taillée au cordeau, sa pelouse au millimètre, ses comptes rangés comme des soldats. Sa voiture, sa maison, sa femme, son jardin, son crédit, sa télévision : rien ne doit déborder.
Le moindre imprévu déclenche chez lui un barrage d’injures et de menaces.
Il pratique l’abstinence comme on surveille un coffre-fort. Boire, fumer, chanter, danser ? Inutile. Dangereux, même. Suspect.
Il préfère les colonnes de chiffres aux pas de danse.
Ces derniers temps pourtant, ses colonnes vacillent. Mondialisation, emprunts, pourcentages : ses certitudes tremblent sur leurs bases. Il dort mal. Mange peu. Il a même arrêté d’aller à la messe, affirmant que Dieu s’était mal positionné sur les marchés.
On raconte qu’on l’a vu récemment un verre à la main. Le mélange du diable.
Parfois, il rêve tout haut : l’Afrique, l’Australie. Sa femme, qui ne demande que ça l'encourage aussitôt. Bora-Bora, Haïti. Elle voit large. Lui évoque surtout ces destinations pour remplir les silences, en attendant qu’on apporte les plats au restaurant.
— C’est dégueulasse, dit-il en parcourant le menu. T’as vu les prix ? Six mois de boulot pour qu’ils se prélassent sous les cocotiers.
Il fait allusion au commerce saisonnier.
Il commande des œufs mayonnaise, un steak-frites et une carafe d’eau du robinet, bien décidé à ne jamais remettre les pieds dans cette gargote. Il ne laisse pas de pourboire.
De retour chez lui, satisfait malgré tout, il se couche avec le sentiment d’avoir remis un peu d’ordre dans le monde.
Au-dessus du toit, un nuage passe.
Il ne promet rien.
Sous l’Casque d’Erby


Bonjour aux passantes et aux passants. Bonjour les amis. Le besoin de faire une pause se fait sentir. Ce n’est pas tant la lassitude qui me gagne, ni même la fatigue au sens propre du terme, mais plutôt cette impression diffuse de tourner en rond, de voir les jours défiler dans un ronronnement silencieux qui finit par étouffer toute créativité. Une forme d’impuissance s’installe, comme un écran noir qui se déploie lentement devant moi et vide mon esprit de cette fraîcheur indispensable pour continuer d’avancer, écrire, chercher encore quelque chose à dire.
RépondreSupprimerCe n’est pas la première fois que cette sensation arrive, à moi et à d’autres. Elle revient par vagues, à des moments où l’élan se dissout dans l’habitude. Mais cette fois-ci, elle a une intensité particulière. Peut-être parce qu’elle s’accompagne d’un sentiment plus profond de décalage, celui de parler sans écho, dans une sorte de vide.
Alors le besoin de prendre du recul devient difficile à ignorer. Pas pour abandonner, mais pour retrouver un peu d’air, réapprendre à regarder autrement, laisser l’esprit se défaire de cette mécanique usée qui transforme la création en automatisme. J’ai toujours pensé que l’écriture a besoin de mouvement intérieur, de curiosité, de respiration. Quand tout cela se fige, les phrases continuent certainement d’exister, mais elles perdent leur lumière.
Faire une pause, finalement, ce n’est peut-être rien d’autre que tenter de retrouver cette lumière avant qu’elle ne disparaisse complètement.
La bonne journée.
Bonjour Rod. État d'esprit fort compréhensible, à force de parler dans le désert, les mots perdent leurs sens. Il faut se ressourcer en s'éloignant un peu, tout en gardant un œil curieux, sur la réalité pour le moins malsaine pour les esprits sensibles. Même les meilleurs arguments vérifiables, semblent sans effet, le subconscient se charge d'éliminer tout ce qui dérange. Bonne pause, ça te fera du bien et tu nous reviendras en pleine forme. Ne perds pas le sens de l'humour en route, cette mascarade prendra bien fin un jour, pour le meilleur ou le pire... ¿Quién sabe? Yo siento lo mismo y necesito evadirme mentalmente. Besitos !!
SupprimerBonjour Volti. Malgré tout, désespoir et envie d'abandon, il est difficile de quitter la scène comme un voleur. Du coup, je mets mon état, mes humeurs, sous le coup du dépit. Un coup de mou et ça repart ! Avec, quand même un sentiment d'impuissance grandissant. Je ne sais pas où tout ça nous mènera, mais je n'ai pas envie de regarder l'avenir depuis ma fenêtre. Don, cahin-caha, je ne peux que continuer. Besitos niña y gracias por el ánimo.
SupprimerBonjour Rodo, bonjour la foule !
RépondreSupprimerJe lis cela, et je me remémore un poème...
« Le ciel est, pardessus le toit,
Si bleu, si calme..... »
A l'époque, Verlaine était en prison pour une peccadille.
Pauvres nuages ! Le vent se joue d'eux sans qu'ils puissent jamais se plaindre.
Curieusement, beaucoup, beaucoup de gens, eux aussi, sont malmenés sans se plaindre comme si c'était normal.
Déjà hier j'ai joué au rebelle en me permettant d'envoyer ce message à l'ambassade de Russie, à l'occasion du 9 mai :
Madame, Monsieur,
Il est de mon devoir, moi Français de très vieille souche, de féliciter la Fédération de Russie à l'occasion de l'anniversaire de la fin de la guerre.
Il est tellement dommage que la position des pseudo-élites en France soit de considérer la Russie comme l'adversaire, alors que l'humanité n'a qu'un seul ennemi, ce que j'appelle l'Anglosaxonnerie dont le siège est ce micro-État sur les bords de la Tamise, de fait indépendant, nommé la City de Londres, depuis Oliver Cromwell.
Bon nuage !
JC
Bonjour Jean-Claude. Merci pour ce ciel bleu, si calme qui berce l'âme et l'enduit d'un baume bienfaiteur. Je vais tâcher de surmonter le coup de blues. Le bon tout à toi. Et, surtout, n'oublie pas de faire mijoter des petits plats dont tu as le secret.
SupprimerCertains meurent avant d'avoir été des lumières.
RépondreSupprimerOn a vu pire! C'est de l'optimisme comme réponse mais par les ( temps) nuages qui courent je dirais' le pire est à venir.
RépondreSupprimerIci dans le Finistère on me dit ça gaze ? je réponds '' l'explosion est imminente ''
Criminalita
L'en-pire du mâle se fait la malle, hi hi !
SupprimerPlanquez-vous, les fayots vont exploser comme on devrait dire à Castelnaudary.
Aussi bien chez mon fils que chez moi, les cassoles sont souvent à la fête !
Ouais, c'est JC bien sûr...
SupprimerSi c'est pour des fayots, faut compter sur moi. J'y suis !
SupprimerSalut Crimi. Ben, comme tu dis, ça gaze à pleins tubes !
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