mercredi 1 avril 2026

La Logique du Shaker

On secoue le tout. On mélange les martyrs en carton et les bourreaux en hologrammes, et on attend que la mousse monte.
Observons nos experts de salon, les stratèges en charentaises qui, entre deux gorgées de n’importe quoi, redessinent les frontières du monde sur un coin de nappe numérique. Pour eux, l’Histoire n'est qu'un algorithme bien dressé : il suffit de cliquer sur « J’aime » pour absoudre un massacre, ou sur « Partager » pour bombarder une capitale avec des certitudes foireuses.
Dans cette foire aux vanités, le plus dur n'est pas de mourir – après tout, c'est le métier des autres – mais de rester « branchés ».
L’indignation est devenue un produit de luxe, avec sa collection printemps-été (le keffieh en soie) et sa ligne automne-hiver (le drapeau bleu et blanc en photo de profil). 
L’ennemi, lui, change de visage selon l’éclairage des projecteurs.
Et pendant qu'on s'écharpe sur l'origine de nos malheurs actuels ou sur la pureté spirituelle des mollahs, le prix du gaz, lui, ne fait pas de métaphysique. Il explose.
On nous annonce le prochain acte : la Grande Fusion. Une alliance de l’Est, de l’Ouest, du Nord et du chaos, où l’on verra des dévots prier l’Intelligence Artificielle et des libertaires réclamer des chaînes plus douillettes aux chevilles et aux poignets. 
Voici maintenant le pitch du prochain épisode, qui commence à circuler sur les réseaux. Je salive rien qu’à l’idée de le partager : l’Iran serait aussi le berceau d’une grande conspiration mondiale, brassant cabales mystérieuses, sociétés occultes et satanistes de service, au service de Khazars infiltrés. Le tout servi avec un sérieux de circonstance par des esprits, on ne peut plus au courant.
Et, affolé par les révélations, l’esprit yoyote, encore et encore. Ça tient à si peu de choses, l’esprit : si l’Iran est le nouveau monstre qu’on décrit, que sont donc ses partenaires, Vladimir Poutine et Xi Jinping ? La cinquième colonne ?
Le rideau tombe, mais les spectateurs refusent de quitter la salle. Ils attendent le « post-générique », cette petite scène bonus où l’on nous expliquera que tout cela n’était qu’une vaste répétition générale pour un spectacle encore plus grandiose, plus bruyant, plus... terminal, en cours de tournage !
Car après tout, si la réalité est dans la manche de celui qui fait l’histoire, l’illusion, elle, est bien installée dans le cœur de ceux qui préfèrent le mirage au désert.
Mais, qu’on se le dise, tout ce merdier n’est pas la faute à Rousseau, pas plus qu’à Voltaire, tous deux blanchis dans cette misérable affaire. 
Tout ceci est la faute au 7 octobre, selon le narratif à la mode ! Sans lui, nous n’en serions pas là, parole de sioniste ! 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

4 commentaires:

  1. Bonjour aux passantes et aux passants. Indignations de saison, experts de canapé et récits prédigérés : bienvenue dans la grande « Logique du Shaker », où le délire est le plat de résistance.
    Dans ce grand mélange, une question demeure : comment garder sa contenance ?
    Entre illusions, propagande et confort intellectuel, soyez les bienvenus à l’auberge de la déglingue.

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  2. Coucou avrilesques amis !
    Contenance ? Ce concept n'existe plus. Seul reste le c.n tenu par les c......s pour qu'il marche droit. Une moderne "course à l'échalote", telle que je l'avais connue enfant, poussé en avant par "un grand" vous tenant fermement par le col de chemise et le fond de la culotte courte. Un souvenir dont on peut penser qu'il n'est pas vraiment nostalgique !
    Oui, la contenance n'existe plus, quand un modeste tonnelet des Danaïdes peut voir passer tout le liquide du monde, à moins que ce liquide ne soit bloqué par les caillots rouges de honte.
    Ah bah ! Au XVIIIe siècle, les affaires du royaume avaient bien été régies par une dame Poisson
    qui devint propriétaire du château de Pompadour.
    "En avril, ne te découvre pas d'un fil", disait-on, sauf s'il s'agit du fil de recharge du "smartphone", mot affreux aux relents détestables !
    Premier avril ! Quelle bonne blague !

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  3. Qu'est-ce que veut le charmant Oncle Sam ?
    Ceci....

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  4. Je vais faire une entorse sur mon avis pour ton texte. Ma souris à dérivée sur la vidéo à côté et.......
    Muchísimas gracias por escuchar Malagueña, magníficamente interpretada por Andrés Pino.

    Me trae muchísimos recuerdos. Tengo raíces corsas y españolas, y me encanta el flamenco y Juanito Valderramma y munchos otros. Al menos me sube el ánimo, algo que realmente necesito en esta difícil situación. Un hermoso día soleado Volti

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