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samedi 23 mai 2026

L'Hallux Valgus de la République : chronique légère contre l’incarcération des lacets

Pixabay
Selon des experts qui n’avaient sans doute rien de mieux à faire que de renifler des chaussettes, l’humanité souffre d’un mal incurable : faire entrer des cathédrales dans des boîtes d’allumettes.
Pareil avec la politique.
La gauche, la droite… c’est le même cordonnier sadique qui décide de la pointure.
Ils arrivent sur les planches comme des comiques de scène en fin de droits, chauffent la salle à coups de promesses, et dès que les projecteurs s’éteignent, on se retrouve seul avec un technicien dépressif et une claudication républicaine. 
C’est le Festival de Cannes banalisant ou cachant les délits sexuels sous le tapis. C'est tout juste si les victimes ne sont pas les coupables !
Le système, c’est le moule universel. Que vous ayez le pied égyptien, le grec fier de son moignon qui dépasse, ou le pied carré — ce militant discipliné, nourri au grain et à l’exclusion doctrinale —, le bureau climatisé de l’administration a tranché : vous rentrerez dans du 40 standard ! 
Et si ça dépasse, on taille !
On vend ce supplice comme on nous vend Internet : « C’est pour votre confort, pour votre sécurité ! ».
Tu parles ! Chaque pas, chaque clic est une empreinte que des marchands de données ramassent avec la dévotion d'un fétichiste en manque de symboles. 
On nous surveille avec la tendresse d’un contrôleur fiscal qui vient de débusquer un compte aux Bahamas caché dans la chaussette gauche d’un cul-de-jatte ! 
Le citoyen moderne, grand naïf, cherche désespérément une semelle orthopédique pour supporter le bitume social et un VPN pour masquer ses verrues numériques. 
Aujourd'hui, les fournisseurs de réseaux privés sont les nouveaux podologues de l’angoisse. Orwell ne disait rien d’autre. Ils font leur beurre sur notre peur de finir déchaussés devant le grand serveur central. 
Regardons les choses en face : raquer pour un VPN quand on est déjà fiché, traqué et géolocalisé, c’est comme demander une cellule avec moquette pour ne pas avoir froid aux pieds. On n'achète pas la liberté, on achète la version molletonnée de notre captivité.
Restent les indociles, les unijambistes du système, les Bretons têtus qui refusent de payer pour deux godasses quand ils n'ont qu'une jambe, et tous ceux qui voient bien que l'Internet « libre » est devenu un péage à ciel ouvert où l'on taxe même vos soupirs. 
On est en train de danser le « Pied-bot Tango du monde » ! 
Alors, soyons fous, soyons utopistes : exigeons le sur-mesure ! Un monde dans lequel l’on ne s’excuse plus d’avoir le gros orteil qui part à gauche ou le talon qui refuse de suivre la marche. Un monde dans lequel l’on aurait enfin chaussure à son pied… et le droit sacré de marcher hors des clous, sans laisser des traces de pas sur le serveur du voisin. 
En attendant, continuons de boiter. Ça donne un genre. 
 
Sous l’Casque d’Erby
 

vendredi 21 novembre 2025

De fil en aiguille

Pixabay
L’expression « la cinquième roue du carrosse » désigne quelque chose de superflu, d’inutile, voire d’encombrant. C'est ainsi qu’on définit cette expression née au XVIIᵉ siècle. Expression qui, comme beaucoup d’autres de notre belle langue, met les pendules à l’heure quand la coupe est pleine. Quand le ras-le-bol atteint la limite supportable. 
Cette cinquième roue qu’on appelle désormais « roue de secours » ne sert qu'en cas de crevaison. C’est elle qu’on utilise à l’occasion. C’est utile, c’est pratique, « ça peut servir » !
Pareil en ce qui concerne le peuple, le pays, la masse, les composants d’une nation. Tous ceux qui bossent, turbinent, labourent, usinent, s’uberisent, et consomment (de moins en moins) au bénéfice d’une élite qui n’a qu’un but, nous enfoncer dans la misère et par elle nous asservir plus que nous ne le sommes déjà !
Comme pour la roue de secours, cette population ingurgite et assimile. Se divertit et fait tourner les affaires d’une minorité cannibale. Ça vit de peu dans des clapiers qui, à l’occasion d’une pandémie planétaire, ou de guerres tous azimuts, on confine, on pique et humilie par de multiples mesures d'éloignement social et de taxes démentes ! Pas touche entre les gens, les gens, c'est sale ! On les autorise juste à aller se dépoussiérer à heure fixe, sous réserve de détenir une autorisation « légale » ! C’est cela la démocratie selon le concept occidental !
À l'heure où s'annoncent les échéances électorales (peut-être anticipées), la profondeur des crises et l'ampleur des faillites contraignent l'appareil en place à actionner son mécanisme préféré : la mise en scène d'une opposition entre camps retranchés, soi-disant irréconciliables.
Cette mascarade vise à canaliser l'attention des citoyens vers un avenir déjà scellé dans les officines de la pensée unique. On inculque à la population l'illusion qu'elle serait son propre ennemi. On instille la trouille par wagonnets entiers. Débute alors un spectacle navrant d'invectives et d'anathèmes entre personnes pourtant issues du même terreau social. Les étiquettes infamantes — facho, antisémite, homophobe, transphobe, islamophobe — ont désormais supplanté dans le discours public toute idée de débat raisonné et d'analyse nuancée. Plus la joute verbale s'avilit, plus la violence et le désordre achèvent de gommer les ultimes lueurs de jugement dans une bacchanale indécente où les démunis sacrifient les derniers restes de lucidité pour le plus grand profit des marchands d'illusions politiques.
La distance séparant l’orteil de l’occiput, pouvant parfois se mesurer en années-lumière, tant l’espace cognitif est abîmé chez l’individu moyen, est une vérité tangible que nous touchons du doigt à chaque instant. Cela est particulièrement manifeste pendant les joutes électorales dont on crée les conditions à loisir. C'est durant ces périodes que l'on constate de manière frappante comment les détenteurs du pouvoir s'amusent à manipuler les dominés, qu'ils traitent comme des paillassons sur lesquels ils essuient la boue des chaussures. 
Dès que le signal du début des hostilités est donné, c’est déjà le cas, les enclos s'agitent. Le moment est venu de libérer la bête pour qu'elle décharge son taux d’adrénaline négative sur ses semblables de condition. À terme, cela finira par l'éradication du surplus ! 
Mais, qu’on se rassure, tout va bien. N’est-ce pas ainsi que tout ça fonctionne depuis des millénaires ? Qui pour compter les victimes ? S'en souvenir ?
 
Sous l’Casque d’Erby