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| M art' IN |
Bonjour aux caillardeuses et aux caillardeux. Retour au
rivage. Vents faibles poussant du nordet. Ciel clair.
La grande ville c’est extra, mais cela ne dure qu’un
temps. Content et pas content de la quitter. J’aime sa « discrétion »,
cet anonymat dont chacun tire ou ne tire pas bénéfice. Un bien joli mirage. La
grande ville c’est marche, rumine et tais-toi. Va ton chemin et tout ira ou
n’ira pas bien pour chacun.
La rue est tellement pigmentée, tellement diverse,
tellement emballante, qu’en sirotant ma bière blanche, avec sa fine rondelle de
citron, qui te coûte une blinde, sans que tu saches exactement quelle est la
part la plus coûteuse, de la bière, du citron ou de l’emplacement qu’on occupe
au pied du trottoir, je me sens heureux. Si près et si loin. Comme si, le
monde, s’était mis en tête d’être ce qu’il a toujours été : le voyage
continu de l’intemporalité. Ici ou là-bas, c’est toujours ici que ça se passe...
Ce qu’on éprouve est un sentiment léger que discours ou
diatribes ne peuvent altérer.
J’ai, bien sûr, emprunté le métro. Aux heures de pointe
et aux heures creuses. Souvenir, souvenir. Beaucoup de retard sur certaines
lignes, ayant pour cause des personnes qui ont pris l’« habitude » de
se jeter sur les rails au passage d’une rame. Interrogeant voyageurs et proches
je découvre que le phénomène est assez courant : pas un jour ne passe sans
que des malheureux ne tirent leur révérence en se jetant sur les voies, un
voile de pudeur, ou de honte, recouvrant les réponses, souvent évasives, ou jugées
comme une fatalité... Rien sur ces drames ne transpirant dans la presse,
pourtant friande de sensations fortes. Si enquête il y a, et il y en a, sur le
mystère qui pousse des tas de personnes à couper le fil de la vie dans
l’indifférence générale, cela reste d’un niveau très confidentiel...
Chape de plomb sur ces drames, sur la détresse humaine,
sur la misère morale ou économique qui génère tout cela. En revanche, les
torchons gratuits, financés par la pub, qu’on diffuse aux bouches de métro et
dans les gares abondent d’informations sur le monde, la géopolitique, la guerre, le terrorisme… Dans l’un d’eux, abandonné sur le siège où je prenais place, je suis tombé sur un long article de
Jean-Marie Colombani, idéologue et propagandiste des valeurs américaines, le
même gars qu’en 2001, après l’effondrement des tours jumelles, titrait dans le
quotidien Le Monde : « Nous sommes tous américains »,
nous expliquant sans sourciller comment l’histoire ne peut être qu’américaine
ou européenne, dressant un tableau très noir de ce barbare de Poutine, à l’origine
et à la conclusion de tout ce qui va mal dans notre monde, ayant déclenché une
guerre impitoyable en Ukraine (sic), cherchant à gripper les rouages de la
belle machine occidentale partout où l’occasion lui est offerte... A lire monsieur Colombani,
nous assistons à la renaissance de feu Grigori Ras-Poutine !
Sortez de ce corps, monsieur l’amerloque, vous êtes
repéré !
Sous l’casque d’Erby

