jeudi 16 juillet 2026

Mon 14 juillet


La Bastille. Une forteresse médiévale bâtie pour défendre Paris, devenue au fil du temps une prison d'État. 
Le 14 juillet 1789, elle n'abrite plus que sept détenus : quatre faussaires, deux malades mentaux et un gentilhomme enfermé à la demande de sa famille. Quant à la garnison, quelques Invalides et des soldats suisses, elle s'accommode d'une routine que rien ne semblait devoir interrompre… jusqu'à ce que l'Histoire frappe à la porte. 
On raconte encore que le peuple vint délivrer les victimes du despotisme. La réalité est plus prosaïque : les assaillants cherchaient surtout la poudre qui y était entreposée. Les prisonniers, eux, pesaient que dalle dans l'affaire. Il n'y avait ni geôle bondée d'innocents, ni cortège de martyrs politiques attendant leur libération, comme au Chili en particulier et Amérique latine en général, ce que des propagandistes zélés tentent de nous faire croire. 
Voltaire connut aussi la Bastille. Brillant comme il était, il sut transformer ce séjour de pacha — il partageait souvent le repas avec le gouverneur du lieu — en épisode glorieux de sa légende personnelle. Comme fréquemment avec le patriarche de Ferney, le talent littéraire se chargea d'arranger la vérité : les vessies devenaient des lanternes pour peu qu'elles servent son intérêt personnel. L’icône de la liberté d’opinion avait quelques cadavres dans le placard. Nul n’est parfait, n’est-ce pas ? 
La Bastille n'était déjà plus qu'un symbole. Et c'est précisément ce symbole que l'on renversa. Depuis lors, le mythe a pris le dessus sur les faits. 
Drôle de symbole, au fond. Drôle de prise. Et drôle de fête nationale. Car le 14 juillet ne marque pas seulement la chute d'une vieille forteresse ; il ouvre aussi la voie à une nouvelle élite, composée de bourgeois, d'hommes d'affaires, de financiers et d'armateurs, qui remplace progressivement l'ancienne aristocratie sans faire disparaître les rapports de domination et les inégalités criantes. 
Alors, si c'est bien cela que l'on célèbre chaque 14 juillet, qu'on le dise franchement. Mais qu'on cesse de présenter cette journée comme le triomphe sans nuances de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. 
Les frontons des bâtiments publics portent une promesse ; l'histoire, elle, raconte une réalité infiniment plus complexe. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 
 

1 commentaire:

  1. Le bonjour aux passantes et aux passants. Le 14 juillet passé à l'hosto, avec une télé pour témoin. J'ai refusé la torture et jeté quelques notes à la volée.

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