mercredi 6 mai 2026

Inaltérable langue du Chaos

Le bruit court, enfle et se propage jusqu'à ce que l'origine se perde dans les limbes de l’oubli. On ne sait plus qui sème le vent, on ne récolte que le murmure. 
Les mots flottent, se dédoublent, se dissipent dans le brouillard confortable de la bonne conscience. 
On dit que le fracas d'une guerre n'est qu'un rideau tiré sur une autre, plus secrète. Que l'on agite des scandales comme des leurres pour que les mains agiles puissent, dans la pénombre, déplacer les montagnes et les peuples. 
On dit que l'incendie est allumé pour prévenir le déluge, nous ne sommes que les pièces d'un jeu qu’on fait tomber à dessein. 
On dit que détruire, c’est délivrer. Que frapper, c’est protéger. 
On dit que la bombe est l'embryon de la paix et non sa ruine. 
On dit qu'il existe une balance pour mesurer le prix du sang, que certaines vies pèsent plus lourd que d'autres, que certaines terres sont promises quand d'autres sont condamnées. 
On dit que la vérité est une cible mouvante, toujours ailleurs, toujours plus loin. On traque le serpent, mais on ne voit que sa mue. Alors, pour combler le vide, on invente des fables, on désigne des coupables, on maquille l'horreur. 
On dit à celui qui n'a rien que la guerre est une aubaine. Qu'elle transforme la misère en gloire. On lui promet un royaume céleste pour le prix de son sacrifice terrestre. Mais pendant qu'il attend son trône de nuages, c'est un enfer de boue et de fer qu’il vit au quotidien. 
On dit vouloir briser les chaînes des femmes, dans des régions dont on convoite la richesse, mais on ne fait que changer la cagoule du bourreau. On prétend libérer en tuant, on soigne en infectant, exerçant inlassablement la même domination sous le masque de la vertu. 
On dit que le sang qui coule aujourd'hui achète le repos de demain. On nous promet des paradis derrière chaque ligne de front. Mais les guerres s'accouplent et s'engendrent, formant une chaîne infinie où l'horizon de paix recule à chaque pas que l'on fait vers lui.
On dit. On colporte. On martèle. 
Finalement, ce vacarme n'a qu'un but : étouffer le silence. Ce silence redoutable où plus rien ne nous protège de la réalité. Ce moment où, débarrassés de nos excuses, nous sommes enfin forcés de regarder le monde en face. 
Tel qu'il est
 
Sous l'Casque d'Erby
 

12 commentaires:

  1. Le bonjour aux passantes et aux passants. Temps pluvieux chez les druides. La nature est heureuse, ça explose partout. Quelle exubérance ! La bonne journée.

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    1. Bonjour Rod ;) Tu connais la loi de Murphy ? Quand les ennuis s'enchaînent en escadrille (comme dirait Chirac) . Normalement c'est temporaire mais là, il semble que ce système s'ingénie à accumuler les actes, qui font que nous sommes sous pression en permanence. Avec les "on dit" que l'on nous sert à l'envi. Ils organisent le chaos, comme pour tester notre capacité à subir.. Il faut avouer que nous avons de la patience, on a vu des révolutions pour moins que ça. Pour nous, la coupe est pleine depuis longtemps, qu'en est-il de la masse zombifiée ? La bonne journée à tous les libres penseurs, et un bon réveil pour les autres...

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    2. Bonjour Volti. Le rêve de certains dirigeants nostalgiques, zélateurs d’intérêts étrangers — parmi lesquels, les plus récents, Sarkozy, Hollande et Macron n’ont pas été les derniers — aura été de démanteler ce qu’on appelait les « privilèges » français. Ce peuple libre et rétif devait être ramené à l’ordre. Mission accomplie : une dette abyssale, des lois toujours plus liberticides, une précarité grandissante et une souveraineté nationale abandonnée à des puissances qui ne défendent pas nos intérêts. Si le mot « ruine » devait prendre un visage, beaucoup y verraient aujourd’hui celui de la France. Adieu pays. A moins que… Besitos.

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    3. Je suis entièrement d'accord avec toi. Le souci c'est que nous sommes dans le constat sans qu'il y ait une once de solution pacifique...Il est évident que, tant que les gens acceptent cet état de fait, rien ne changera. On s'approche dangereusement du totalitarisme. Tout additionné, nous sommes sur un baril de poudre et la mèche est allumée... Le bateau coule et l'orchestre continue à jouer ses berceuses, avec ses emplâtres sur jambes de bois. Quoi faire ? Comment ça va évoluer ? Rien n'est rassurant...

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    4. Comme toi. Je suis à ce point saturé de dire et de redire que je me demande si je ne vais pas arrêter le char. Même les vérités les plus simples ont du mal à percer l'armure de l'indifférence.

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    5. Je suis effarée de voir combien les gens sont fatalistes, ils savent que rien ne va, ils se sentent impuissants, attendant un individu providentiel qui changera leur sort. Quand on voit à qui ils pensent.....un blanc bec qui ne fait pas la différence entre un marteau et une pince, qui n'a jamais travaillé...Ça laisse présager que la messe est dite et que le pays est foutu. On prend les mêmes, et on recommence la galère. En plus, les mêmes stratégies qui ont si bien fonctionné avec le minus imposteur, sont mises en place et là où ça interroge, c'est que ça marche .... Quelle tristesse !

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  2. Depuis le début l'homme se fout sur la gueule et ce n'est pas demain que ça va changer.

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    1. Bonjour Loulou. Tout à fait d'accord. Ce papier est une tentative vaine pour rompre le sortilège ou, comme on dit, vaincre le signe indien. La bonne journée.

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  3. Journée heureuse à tous.
    Une journée d'octobre 1914, mon grand-oncle, alors fiancé à ma grand-mère, tomba près d'Ypres en Belgique. C'est grâce à son jeune frère, qui épousa plus tard sa veuve, que je suis là. La VIE continue, envers et contre tous, mais à quel prix ! C'est au pont de se demander si son existence en vaut la peine, vu qu'elle se hausse en permanence sur des briques de mort. Mort d'humains, mort d'animaux, mort de végétaux. Mort de planètes, dont certains affirment qu'une seule dans l'univers incommensurable recèle une intelligence consciente.
    Tournons la page, et pressons-nous, entre deux averses, de semer des radis. Au moins, eux n'ont pas la tête rouge de honte.
    Humainement vôtre,
    JC

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    1. Bonjour à tous, en général et en particulier. Une langue ne disparaît pas quand on cesse de la parler ; elle s’éteint dès lors qu’on ne pense plus en elle. Pour qu’elle demeure vivante, il faut l’habiter avec fierté. Ne pas craindre de l’enrichir, de la secouer, d’y accueillir des expressions populaires — ce « langage d’en bas » que méprisent souvent les partisans d’une langue figée. C’est dans l’usage quotidien, dans la rue, que s’opère l’alliance la plus féconde entre la rigueur, la subtilité et l’imaginaire.
      La vitalité d’une langue ne tient ni aux décrets ni aux normes rigides, mais au plaisir que nous trouvons à l’utiliser avec exigence et à la transmettre.
      Toutefois, la responsabilité de l’État est considérable. Si les institutions négligent la qualité du langage ou tolèrent une forme de relâchement culturel, elles manquent à leur mission première. Il leur revient de porter cette exigence, non pour figer la langue, la confiner dans un cercle restreint, mais lui permettre de rester un instrument d’excellence et de cohésion sociale, en l’affranchissant de l’ennui et des rigidités fréquemment associées à l’institution scolaire.
      Mission que l’État a laissé tomber depuis des décennies pour s’atteler à sa déconstruction.

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