mardi 7 avril 2026

Le Liban, ce poème qui refuse de mourir

Pixabay
Il est des guerres qui dépassent les cartes, les alliances et les discours grossiers des empires médiatiques.
Celle qui brûle aujourd’hui le Moyen-Orient appartient à ces catastrophes qu'on écrit avec l’encre inexorable des tragédies antiques.
Ceux qui ont engagé cette « nouvelle guerre » contre l’Iran connaissent le prix : des milliers de vies englouties dans le silence des ruines, des villes rayées des cartes, des générations condamnées à redessiner ce que la violence détruit en quelques heures avec un narratif emprunté à la fiction messianique. 
Certaines guerres ne cherchent plus la victoire, mais la ruine. Une ruine calculée, méthodique, nécessaire à l’avènement d’un nouvel ordre conçu loin des peuples qui en subiront les terribles conséquences. 
Dans cette logique terrifiante, ce ne sont jamais les décideurs qui paient, mais les peuples — ceux qui n’ont ni voix dans les décisions, ni refuge contre la mitraille. 
Parmi ces peuples, il en est un qui saigne depuis si longtemps que le monde a fini par considérer sa blessure comme une fatalité de l’histoire : Le Liban. 
Petit pays posé entre montagne et mer, comme un fanal fragile au bord de la Méditerranée. Terre minuscule par sa géographie, immense par ce qu’elle a offert à l’esprit humain. C’est là que Khalil Gibran a laissé s’élever une parole qui traverse les langues et les continents comme une prière. C’est là que la voix de Fairouz a porté l’aube et la nostalgie jusqu’aux profondeurs de l’âme orientale (cf. vidéo du jour). Et c’est là que Beyrouth, ville blessée et lumineuse, s’est relevée mille fois de ses cendres — chaque renaissance plus fragile, mais aussi plus obstinée. 
On a tant détruit Beyrouth qu’elle a fini par apprendre l’art mystérieux de la résurrection.
Mais sous le ciel de plomb, quelque chose persiste : l’odeur entêtante du café qui s’échappe des cuisines au matin, la musique qui glisse entre les balcons, les conversations murmurées dans les nuits sans électricité, mais pleines d’une lumière que rien ne peut éteindre. 
Le Liban est un poème qu’on tente d’effacer sans y parvenir. Sa tragédie n’est pas seulement celle des bombes. Elle est aussi celle de l’habitude. À force de voir ce pays tomber et se relever, le monde s’est habitué à sa douleur. Elle est devenue une rumeur lointaine dans le tumulte des crises contemporaines. On oublierait que derrière les chiffres il y a des visages. Des mères qui attendent. Des enfants qui apprennent à rire au milieu des décombres. Des exils interminables. Des vieillards qui racontent encore le Beyrouth d’autrefois comme on raconte une légende dont personne ne peut oublier la beauté. 
Et malgré tout, la ville demeure. 
Face à la mer, Beyrouth se dresse comme une prière verticale, adressée au ciel et à la conscience des hommes. Elle rappelle que la dignité d’un peuple ne disparaît pas avec ses immeubles ni avec ses ports détruits. 
La guerre ne brise pas l’âme libanaise, elle la révèle. Car lorsque tout s’effondre — les maisons, les certitudes, les promesses — il reste une vérité plus profonde. Au Liban, elle tient dans un vers de Gibran : « La douleur sculpte le cœur pour qu’il puisse contenir davantage de joie. » 
Peut-être est-ce là le secret de ce peuple : transformer la blessure en beauté, la perte en dignité, le désespoir en lumière. 
Le Liban demeure fragile et pourtant indestructible. Beauté tragique au cœur du tumulte du monde. Un rappel précieux de ce que l’humanité doit protéger avant toute chose : la mémoire, la dignité et la lumière. 
 
Sous l'Casque d'Erby
 
 

2 commentaires:

  1. Bonjour aux passantes et aux passants. On pulvérise Gaza parce que, par intérêt, on a laissé prospérer le Hamas pendant des années. Aujourd’hui, on prétend réparer l’erreur en rasant un territoire entier. On agite le spectre d’une menace venue d’Iran pour justifier une intervention suicidaire et la paralysie de l’économie mondiale, au nom d’un « risque » futur. On a détruit l’Irak au début des années 2000 à cause d’une fiole brandie devant l’ONU et d’armes de destruction massive qui n’existaient pas. On a laissé la Syrie s’effondrer dans une guerre interminable avant de découvrir qu’il fallait composer avec des groupes armés terroristes. Et maintenant, on bombarde le Liban pour déloger le Hezbollah !
    Et il y a encore des idiots pour penser que tout cela est « normal » !

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  2. Bonjour Rodo, bonjour à tous. Sublime, cet hymne d'amour au Liban, le pays du Cèdre et du taboulé.
    Pour autant, je me souviens toujours de ce taboulé délectable que j'avais goûté à la table de Hassan Affendi, un petit restaurant près de la Grande Poste de Jérusalem, ce samedi 29 mars 1986. Avec ma si chère épouse, nous avions commencé par un pastis français. Je dirai toujours merci à la filiale Voyage de notre entreprise, qui m'avait permis de gagner ce voyage dans un concours interne aux 80 000 employés et cadres (à l'époque), où j'avais réussi à décrocher le troisième prix. Immense nostalgie ! Trois mois plus tard, le diagnostic fatal était tombé.......
    Oui, le Liban, pays près duquel j'étais alors passé bien près (Saint Jean d'Acre, Akko), est un pilier très important de nos pensées, avec Cuba, la Corée du Nord, le Venezuela et quelques autres. Cela me rappelle une phrase que j'ai entendue tant de fois, "Le Juste grandit comme le palmier, il s'étend comme le cèdre du Liban".
    JC aux yeux soudain moins secs....

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