mercredi 14 janvier 2026

L’Iran, ou l’art occidental du tricotage éternel

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L’Iran, toujours. Tantôt ici, tantôt là-bas, mais jamais bien loin des projecteurs. La pièce est au point : les gentils, les méchants, et un metteur en scène qui, depuis des décennies, rejoue la même tragédie sous le titre ronflant de Démocratie à la carte. 
1953. Certains éveillés n’étaient pas encore nés. En tauromachie, on dit encorné, quand le taureau réussit son coup ! C’est dire, si l’histoire n’est que la pérennité d’un savoir-faire géo-stratégique bien rodé. 
En 1953 donc, un certain Mohammed Mossadegh, Premier ministre démocratiquement élu, plus légitime que ne l’est von der Leyen à la tête de l’UE, commet l’impardonnable : nationaliser le pétrole iranien. Scandale !
Le pétrole, voyez-vous, ne se partage pas, il se possède. Suivez mon regard ! Alors Washington et Londres, conjointement la CIA et MI6, armés de leurs aiguilles à tricoter, organisent un joli coup d’État. Exit le nationaliste gênant, place à un Shah docile, bien coiffé, bien présentable – et surtout, très banquable –, avec la Shahbānou, ou « dame du roi », faisant les couvertures de tous les magazines de l’époque. C’était d’un glamour ! 
Moralité de l’histoire : la « liberté », selon le concept occidental, a très souvent besoin d’un bon despote pour lui tenir la porte. En cherchant autour de nous, nous trouverons sans peine des exemples plus récents… N’oublions pas dans l'équation les sionistes, toujours prompts à tirer les fils dans l’ombre. Leur rêve ? Faire d’Israël le nouvel empire perse. 
Un projet qui, avouons-le, a de quoi séduire stratèges et industriels de tout poil. 
Années 1960-70. On fait vite. On ne peut pas rédiger en quelques lignes l’équivalent d’une encyclopédie, alors qu’il s’agit d’activer la comprenette sans trop alourdir la cabeza
Le fait est que le régime impérial brille sur les écrans, mais grince dans les cachots. Les prisons se remplissent d’opposants, surtout de marxistes à coloration nationaliste – ces hirsutes qui font frémir les banquiers et saliver les ambassadeurs. 
L’islamisme, lui, est toléré… à petites doses, c'est buvable, et puis ça peut s'avérer très utile le cas échéant. On retient son souffle. Car la peur du religieux, tout de noir drapé, c’est le meilleur fil à tricoter qui soit. Mémé et pépé Tricot aiment le frisson à l’heure du bulletin d’information ! 
1978-1979. Les rues s’embrasent – je me souviens comme si c’était hier –, les slogans claquent, la foi se mêle à la révolte. Les médias sont à la noce. Le champagne coule à flots dans les chancelleries et dans les salles de rédaction ! 
L’Occident feint l’étonnement, et prépare déjà son prochain discours. Khomeini rentre d’exil. Triomphe. 
On murmure que la France lui a prêté un micro ; on oublie de préciser que ce silence arrangeait tout le monde. Après tout, des fanatiques religieux, c’est plus pratique qu’une gauche nationaliste, mal embouchée, comme l’était l’iranienne : ça fait peur, ça justifie les budgets militaires, et ça permet de se draper dans le rôle de défenseur des Lumières.
Alors, que choisir ? Une gauche nationaliste qui ose toucher au sacré (le pétrole, bien sûr), ou des mollahs qui étouffent leur peuple sous le voile de la théocratie ? En termes de propagande, le calcul est simple : un régime religieux, c’est l’ennemi idéal. Il légitime les croisades modernes, nourrit l’industrie de l’armement, et endort les consciences sous prétexte de civilisation. L’obscurantisme religieux est porteur, n’est-ce pas ? 
Résultat : les marxistes sont écrasés, les ayatollahs intronisés, et l’Occident rassuré. Pas pour longtemps, certes, mais la stratégie donne ses fruits. Car le grand art du tricotage, c’est de toujours trouver un nouveau fil à tirer. Le peuple iranien, lui, reste pris dans la même pelote : tricoté, détricoté, jamais maître de son propre motif. La pièce continue. Les acteurs changent, mais le scénario, lui, reste résolument identique. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 

4 commentaires:

  1. Le bonjour aux passantes et aux passants. Sujet ô combien sensible et vaste pouvant alimenter une série inépuisable, comme l'intrusion de l'Irak de Saddam Hussein dans la guerre contre l'Iran, cornaquée par les mêmes durant huit longues années ! La bonne journée.

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  2. Pourquoi changer une stratégie gagnante alors que les gueux, avalent les couleuvres avec délectation. C'est loin l'Iran, tout est loin quand le pékin lambda ne voit que le bout de son nez.. Le chaos se répand et ça tue les loups en France, ça mange de la malbouffe tout azimut et ça bêle sans lever le petit doigt.... C'est à désespérer d'assister à ce désordre mondial, qui va nous mener à une redistribution des cartes, dont nous ne serons pas bénéficiaires. Ainsi va le monde....La bonne journée quand même

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  3. Le tonneau Iran est à nouveau mis en perse, une fois de plus. Bien entendu le vin est imbuvable."Comment peut-on être persan ?" disait-on autrefois.....
    Il est vrai que l'Anglosaxonnerie est l'un des rares territoires où la subtilité du cépage et du terroir n'ont jamais été compris. N'existent que les marques (ou les Marks ?).
    Le Pays Indicible, fructifié par le sang des Cent Nations, ne peut être que tonne y truand, affirmant sa supériorité sur une litière de greenback biftons, plus doux aux pattes du pygargue à tête blanche que le fertile fumier où se perche le coq.
    A quand enfin un écroulement de la Nation Suprême ?
    JC

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  4. Le bonjour à toutes et à tous. Une réponse conjointe. Je sors tout juste d'une crève fulgurante et vite dissipée. Un miracle ? L'organisme en produit naturellement en quantité. Si on ajoute la bonne huile essentielle, la vie est belle. Voilà pourquoi, la vie et la poésie se conjuguent au présent.
    Il n’y a qu’une réponse à la haine, au mensonge et à la violence : l’amour, le rêve et l’imaginaire.

    À ta fenêtre

    Que ne donnerais-je
    Pour que mes rêves,
    égarés dans un coin perdu,
    tels l’oiseau migrateur,
    posent des ailes fatiguées
    sur le bord de ta fenêtre
    Se nourrissent de ta lumière,
    S’abreuvent au puits de ta beauté.
    Que ne donnerais-je
    pour que ton regard
    frappe aux portes de mes frissons
    lorsque le chaos me submerge,
    quand il déclenche
    une onde de secousses
    que la courbe de tes hanches
    ne cesse d’étendre
    dans le fantasme des utopies.
    J’ai écrit dans le désir de mon âme
    Les élans de la tienne.
    Comme si,
    par le caprice des dieux,
    Le bleu de tes yeux
    nappait la mer infinie
    Où viennent s’échouer
    les songes naufragés.
    Comme si les étoiles,
    Complices de la nuit,
    Te tressaient un diadème
    Dont l’éclat suffirait
    À ternir le feu des diamants.

    Rodolfo Díaz

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