vendredi 5 décembre 2025

La Sécurité sociale, victime de trahison ?

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La Sécurité sociale a été fondée sur des principes qui n’ont rien à voir avec ceux d’un établissement bancaire. Ses architectes n’ont jamais pensé cette œuvre de solidarité nationale comme une banque, avec ses calculs d’intérêts, ses majorations, ses pénalités, ni comme une machine à profits réservés, dictée par une logique de rentabilité ultralibérale. Elle devait être un rempart collectif, pas un produit financier. 
Le débat actuel sur le budget de la Sécurité sociale place le gouvernement Lecornu devant un dilemme : recourir au 49.3 ou obtenir la « cohérence » des députés. En clair : vous obtempérez, ou l’on vous coupe le sifflet. Ce qui prouve, au besoin, que la classe politique est en voie de disparition !
À l’origine, la Sécurité sociale – pour ceux qui s’en souviennent encore – reposait sur l’idée d’une mise en commun des ressources, d’un patrimoine collectif garantissant qu’aucun citoyen ne soit laissé sans protection sociale, quel que soit son parcours de vie. C’est à cette condition que le mot « solidarité » prend tout son sens. Or, au fil des décennies, les gouvernements successifs, malgré des prélèvements toujours plus lourds, ont, par leurs choix politiques et une communication biaisée, contribué à dénaturer ce projet. 
On a orchestré – délibérément ou non – une amnésie collective des fondements de cette institution, laissant se succéder des générations de citoyens de plus en plus ignorants de son histoire et de ses principes. L’État lui-même se garde bien de transmettre ce véritable savoir social et politique, lui préférant une adultération par la dénaturalisation des valeurs. 
Cette érosion de la mémoire, cette déformation progressive de l’idée originelle au profit d’une vision comptable et individualiste, constitue une véritable trahison. À ce stade, une entorse de plus ne risque guère d’émouvoir une classe politique en roue libre. 
L’action du Conseil national de la Résistance, portée notamment par la volonté de Jean Moulin et de ses compagnons, avait pourtant réussi à dépasser les clivages pour instaurer une Sécurité sociale visant à assurer à chaque citoyen des moyens d’existence dès lors qu’il ne peut plus les obtenir par son travail. 
Aujourd’hui, cet héritage n’inspire plus que des discours convenus, quand il n’est pas purement ignoré, au même titre que d'autres valeurs qui ont fondé un pays jalousé et respecté, il n'y a guère longtemps. 
Ce constat vise d’abord ceux qui sollicitent la confiance des électeurs pour accéder aux plus hautes fonctions. La tâche serait si élémentaire qu’ils en viennent même à négliger l’essentiel : présenter un programme de gouvernement structuré, à l’image de ce qui a pu exister, par exemple, avec le programme commun de la gauche en 1981 et quelques autres textes fondateurs, pas nécessairement de gauche ! 
À cette époque, les scrupules n’avaient pas encore sombré dans les abysses de l’Atlantide politique. Et cependant, les auteurs de ces programmes savaient déjà qu’ils ne seraient pas appliqués dans leur intégralité. Ni même partiellement. Mais ils s'en donnaient la peine d'en présenter. 
Comment, dès lors, feindre la surprise face au désengagement actuel des citoyens ? Ce désintérêt ne tombe pas du ciel : il est le produit d’une entreprise d’abrutissement collectif patiemment menée par des élites qui se cooptent, se financent et se protègent. Car ce sont bien ces mêmes élites qui alimentent les candidatures et engraissent les caisses occultes des campagnes électorales. Comment attendre de ceux qui doivent leur ascension à ces pratiques qu’ils respectent ensuite la parole donnée ? Le contrat implicite est clair : je te hisse, tu me renvoies l'ascenseur ! 
Les promesses faites au corps social passent après les services rendus aux réseaux. Il est plus que temps de remettre du sens dans ce qu’on appelait autrefois le bon sens. Retrouver le fil de la mémoire, rappeler ce qu’est la Sécurité sociale et pourquoi elle fut créée. Refuser de la réduire à un algorithme !  Et par ricochet mettre sur la table le principe de souveraineté nationale, les deux allants de paire.  
Voilà la condition pour redevenir collectivement maîtres de nos propres institutions. Il est plus que temps de retrouver l'essence du bon sens !
 
PS Ce texte est le fruit d’un commentaire posté chez les amis « Les Renards Futés », sous les infos de la renarde du 4 décembre. Invité à développer, j’ai poursuivi la réflexion engagée chez eux et voici le résultat : une chronique non exhaustive qui tente de résumer ce que nous savons et qui s’ajoute à une triste et longue liste de trahisons sociales des élites et des représentants politiques. 
 
Sous l’Casque d’Erby 
 
 

6 commentaires:

  1. Le bonjour aux passantes et aux passants. J'étais loin d'imaginer, pas plus tard qu'hier, en postant mon commentaire chez nos amis Les Renards Futés, qu'il allait servir de base à l'article ci-dessus. Etranget et sinueux chemins de la vie. La bonne journée.

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  2. Bonjour, bonjour, Rodo et tous les Cailloux !
    Ah c"esr sûr : depuis Ambroise Crozat et des syndicats d'ouvriers encore puissants et motivés, et un aujourd'hui flageolant et blafard il y a un monde ! Même vers 1995, il y avait eu encore une grève qui impliquait presque tout le personnel (un millier de personnes) d'une entreprise qui était pourtant une banque locale. Serait-ce concevable aujourd'hui ? Depuis se sont déroulées majestueusement Trente Glorieuses pour le Grand Patronat, soutenu comme jamais par la Classe Politique et l'Armée des Me(...)dias, ainsi que par un Corps Enseignant où le costume-cravate a remplacé la blouse grise prolétarienne, où les fottes d'eau retôt, grrr, Aff et la syntaxe Texto ont remplacé Bossuet même chez ceux qui émargent à l'Hôtel de Rochechouart....
    Dans ces Beaux Quartiers de perdition, il serait judicieux de passer la since comme on dit par ici, voire le balai de pont. Ou carrément le balai de palefrenier....
    Plus que jamais, on est obligé de constater que mon poème de mai 2017, et son dernier vers en particulier, sont d'horrible circonstance.

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    1. Bonjour Jean-Claude. Tout change, rien ne change. Le travail, tout comme les métiers, se fait rare. On parle plus volontiers de "job" que de véritable travail. Quant aux droits, par l'uberisation généralisée devient presque de l’histoire. Une histoire dont personne n’a que faire puisque l’urgence consiste à trouver de quoi se nourrir et se loger. Rien à gauche, rien à droite, droit dans le mur !
      Mes amitiés à tes proches et à tes mésanges.

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  3. Savez vous que les retraites ont été amputées de 48,65% depuis 1971? Imaginez ce que ce sera quand ils appliqueront la suppression des 10% d'abattements (pour les retraités) et que ces derniers paieront 2 000€ par foyer et qu'en plus l'eau, l'électricité, le gaz, la douche, la baignoire, le bidet, la clim, les ventilations, ..... et l'air (dont l'état s'est auto-instauré, propriétaire) seront pénalisables, en plus de leur coût actuel d'utilisation et de consommation, en mètre-carré (alors qu'on nous a rabâché que tout se mesurait en mètre-cube, KWH, etc.... . La retraite (du moins pour moi en sera à une déperdition de 52,27% depuis 1971, (en attendant la mise en place de la surtaxation au m2). Le saviez vous?
    Combien chez vous?
    https://wp.me/p4Im0Q-6Ug - Nous ne vous cassons pas assez le cul, les riches vont devenir pauvres, à cause des prolos que nous sommes !

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    1. Bonjour Keg. Les retraites et les retraités, c'est le magot que ces malfaiteurs lorgnent avec insistance. Pour cela, partant de l'idée d'effort national, on nous prépare à accepter le racket par médias interposés. Les collecteurs se succédant à un rythme constant dans les médias pour convaincre le clampin des bienfaits du vol en bande organisée. Le pays des taxes reste immuable à travers les siècles depuis Philippe IV le Bel. Le côté magique et récurrent de l'affaire est qu’aucune opposition parvenue au pouvoir depuis n’a tenté d’en réduire la source : la gamelle doit être excellente et le service aux petits oignons ! La bonne journée.

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    2. Bonjour Keg. Il y a pas mal d'années, je me souviens avoir eu des collègues ayant commencé tôt à travailler, qui se retrouvaient avec des retraites au montant plus élevé que quand ils travaillaient. Ce n'est plus le cas, et mon fils m'a souvent dit qu'il ne comptait plus du tout là-dessus pour ses vieux jours, et envisageait de demander sa mise à la retraite anticipée de fonctionnaire territorial afin de faire ce qui lui plaît (peinture à l'huile, vidéos, photo) en tant que free-lance, jusqu'à son dernier souffle. L'un dans l'autre, avec les frais de transport et les temps perdus longs en déplacements, il s'y retrouverait assez bien. D'autant que son talent reconnu par de nombreuses personnes et son bagage (histoire de l'art, patrimoine, montages vidéo assez sophistiqués) sont de grands atouts. Il a même été pilote de certaines manifestations des Nuits Romanes en Poitou-Charentes, avec un vrai budget à gérer.
      Bon dimanche à tous !

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