Nous vivons une époque admirablement bancale. Tout le monde sait, même ceux qui ont oublié ce qu’ils savaient avant de le savoir.
Le monde tremble ? Parfait. C’est la guerre qui rend les choses… parfaites ! Ce n’est pas elle qui aplanit ? Qui coupe les têtes qui dépassent et même celles qui ne dépassent pas ?
Dix milliards d’experts, trois girafes diplômées et un grille-pain, chaud-bouillants comme des cabanes à frites, surgissent pour expliquer la secousse, la corriger à coups de brouillard, et conseiller à la planète de respirer par le nez, surtout le nez gauche — l’équilibre nucléaire vous en sera reconnaissant.
L’information circule à une vitesse que même la lumière n’ose pas : elle part d’un soupçon, trébuche sur une limace, glisse dans une rumeur en forme de chaussette épuisée, rebondit contre une certitude en état de transe et arrive, triomphante, sous forme de sandwich universel, bon pour la dépanne.
C’est une mécanique impeccable — huilée à la tarte crémeuse.
Que deux inconnus politiquement illustres marmonnent dans une langue incompréhensible et voici dix milliards de traducteurs, trois perroquets et une caméra myope qui expliquent avec une précision hydraulique ce qu’ils ont voulu dire, failli dire, et ce qu’ils auraient dû éviter de penser.
La preuve ? Tout le monde l’a entendue dans sa tête, à l’heure du thé. C’est la nouvelle madeleine de Proust !
Les morts, eux, s’en fichent. Ils jardinent. Ils cultivent des pensées en pot et affirment que la vie souterraine est agréable, surtout depuis qu’on y a installé le Wi-Fi et des gondoles solaires. On y discute des rumeurs célestes et de la cuisson sous les feux de l’éternité. C’est carnaval à Venise tous les jours.
Dix milliards de vivants confirment la nouvelle. Ils n’y sont jamais allés, mais connaissent un hamster dont le cousin lit les journaux de l’au-delà. C’est hyper malin, un hamster !
Ainsi va la vérité : elle marche sur deux jambes en papier bulle et bat la mesure du chaos. Tout le monde l’applaudit, du pied gauche, pour conjurer la lucidité.
Entre les vivants et les morts prospère une catégorie splendide : les intermédiaires. Ça nage entre deux eaux, le cul entre deux chaises et la conscience en apnée. Ils traduisent la mort en recettes de cuisine, la vie en horaires de train, et les deux en bulletins météo.
Pendant ce temps, la foule approuve. Elle explique, sans trop bien s’expliquer d’où vient cet état omniscient.
Car aujourd’hui chacun possède sa vérité personnelle, solide comme un meuble mou, à l’instar des montres molles de Dalí. Et quand toutes ces vérités s’entrechoquent, ça produit un phénomène fascinant : le vacarme.
Un vacarme immense, miaulant de la certitude en temps réel.
La preuve ? Dix milliards de témoins ! Tout le monde sait.
Sous l’Casque d’Erby



Le bonjour aux passantes et aux passants. Ce n'était pas prévu, mais devant l'éclosion de tant de spécialistes, je ne pouvais que céder à la tentation.
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