mercredi 7 janvier 2026

Méditation sur l’horreur du monde et du pouvoir

Les grandes puissances ne manquent pas de mots. Les corbeilles débordent. « Justice », « paix », « humanité » : concepts hissés au rang de grigris, répétés jusqu’à l’usure. À force d’être invoqués, ils deviennent des paravents moraux, sans exigence ni substance. 
Le pouvoir n’éclaire pas le réel : il l’engloutit. Il nomme l’ennemi, virtuel ou commode, pour empêcher la clarté de se frayer un passage dans les esprits. La peur sert de déclencheur : « terrorisme », « menace », « sécurité », « santé » — catégories assez vagues pour tout contenir, assez fermées pour ne rien dire. 
Nommer n’est pas penser, c’est enfermer la pensée. La violence peut alors traverser le ciel, tomber sur des terres déjà épuisées, et se présenter comme nécessité. On ne parle plus de domination, mais de responsabilité. D’ordre. La liberté devient une abstraction, un réflexe conditionné. 
Le droit, lui, vit caché sous le poids des dossiers qu’on n’ouvre plus. C’est un immeuble vide que squattent les parasites pour se donner une raison d’exister : les traités ne contraignent que ceux qui n’ont pas le pouvoir de s’en affranchir. Les décisions essentielles ne se proclament pas ; elles fuient la lumière. Elles naissent dans des espaces dans lesquels la responsabilité se dilue, où personne ne parle en son nom. 
Les dirigeants apparaissent non pour décider, mais pour justifier. Leur parole n’est plus un acte : c’est une décoration de Noël. On invoque sans cesse le peuple, mais il n’est jamais là. Abstraction utile, principe rhétorique : on parle en son nom, jamais avec lui. 
On le mobilise dans l’émotion, on l’écarte dans la décision. Fiction nécessaire au bon fonctionnement de la scène politique. Ainsi se maintient l’illusion : celle d’un monde gouverné par des principes, alors qu’il l’est par la force. La morale ne disparaît pas ; elle change de fonction. Elle ne juge plus le pouvoir, elle le justifie. Elle ne limite plus la violence, elle l’habille. 
Les siècles passent, les formes évoluent, les discours se modernisent, mais la logique demeure : le pouvoir cherche moins à être juste qu’à paraître légitime. Et la légitimité se fabrique par le langage. 
Pendant ce temps, le réel persiste — simple, brutal, indifférent aux justifications. Il se manifeste dans les corps détruits, les vies interrompues, les silences forcés. Il ne discute pas : il impose son tempo. Ce n’est pas que la paix soit impossible, c’est qu’elle exige ce que le pouvoir refuse — la limite. 
Reconnaître qu’il est des choses qu’on ne doit pas faire, même lorsqu’on le peut. Or le pouvoir confond la possibilité avec le droit. L’Occident en est l’illustration : ivre de lui-même, persuadé de son immortalité, il oublie son agonie. Dans son ivresse, il croit voir des éléphants roses en tutu, dansant sur des lignes à haute tension. Ainsi la comédie continue. Le droit reste debout, mais creux. La paix demeure promise, mais ajournée. Et dans l’ombre, le pouvoir réel poursuit son œuvre, parlant de morale avec le sérieux de ceux qui n’ont jamais eu à en payer le prix. 
 
Sous l’Casque d’Erby 

 

19 commentaires:

  1. Le bonjour aux passantes et aux passants. Reflet de ce que nous sommes, le monde part en vrille. Serons-nous assez sages pour empêcher le pire ? Se sauver ensemble ou sauve qui peut ? La bonne journée.

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  2. Une de tes sublimes réflexions qui prend aux tripes, pour ceux qui constatent impuissants, l'agonie de notre nation. Empêcher le pire ? Se sauver ensembles ? Encore faudrait-il que nous ramions tous dans le même sens pour sauver ce qui peut l'être. Mais..."ils" ont bien travaillé, division, confrontation, concurrence, et ?? On a pas le cul sorti des ronces... Bonne journée à tous, avec une lueur d'espoir pour ne pas sombrer...

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    1. Bonjour Volti. Comme le dit un ami : « Tout ça est tellement épais et poisseux ; tellement lointain et inaccessible, que le plus sage reste encore de s’asseoir et attendre le bon vouloir du sort. Une attitude que je juge insupportable, mais qui s’avère être, pour ceux qui l’adoptent, la « meilleure solution ». En apparence, du moins. Parce qu'en réalité, c'est d'une grande tristesse. La Bise.

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  3. Très belle année à toi monsieur le poète, toi dont j'avais perdu le fil, et que j'ai retrouvé grâce aux renards futés...Futés, ces renards ! Bonne année malgré tous les malgrés.
    Tu n'as rien perdu de ton talent d'orateur et de secoueur de consciences. Contente de te savoir vivant (et bien vivant)...
    Bisettes étoilées
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Dame Céleste ! Que cela fait plaisir ! Égarés, peut-être, mais pas perdus. Je suis heureux (ô combien !) de te trouver dans ces terres austères, mais point inhabitables. Poète, poète. Oui, mais je ne suis pas seul à partager le genre, toi aussi, tu fais ça avec constance et talent dans ton espace. Je formule le vœu de venir commenter par chez toi plus souvent, avec ce détachement dont la poésie a besoin pour se réoxygéner. J’enrubanne tes « bisettes étoilées » dans la boîte à plaisir et t’en retourne tout un feu d'artifice ! Le bon tout pour cette année 2026.

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  4. Bonsoir à tous, je vous souhaite le meilleur pour cette année, paix, sérénité, espoir et courage. Merci lediazec pour ce texte qui me plaît beaucoup et, avec lequel je suis entièrement d'accord. J'ai toujours apprécié tes textes sur LME depuis de nombreuses années et je remercie LRF de les partager. Et big-up à Volti ! (J'espère que tout va bien pour toi et que tu te plais dans ta vie d'après "LME")

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    1. Le bonjour à toi et merci pour les encouragements. Cela fait plaisir (plus qu'on ne le pense) de savoir que les réflexions qu'on poste un peu à l'aveugle trouvent un écho positif. Quand on écrit, on n'est jamais sûr de taper sur le bon clou. Merci. Et la meilleure année possible à vous, à toi, à tous.

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  5. Salut Rod, Bonjour les petits Cailloux qui brillent
    Le Pouvoir,le pouvoir ... pourquoi en faire ??? il y a bien ceux qui le désire pour briller, pour rentrer dans les livres d'histoire, bien que parfois leur histoire n'est pas reluisante et le brillant s'estompe,
    Et il y ceux qui le prenne pour une mission, mais alors c'est quoi la mission ???
    Dans la nature le mâle alpha ou la matriarche prennent le pouvoir pour guider la meute ,le troupeau, le but est la survie de l'espèce, et quasi toutes les décisions vont dans ce sens.
    Chez nous, la survie de l'espèce il y a belle lurette qu'on en a plus besoin, 8 milliards de pèlerins avec un taux de croissance qui ne faiblit pas, ça va, on se porte bien, alors la mission de certains qui restent dans l'ombre ou la pénombre, est de contrôler et réguler tous ces pèlerins, ils l'ont gravé dans la pierre dans les Georgia Guidestones pas plus de 0,5 milliard qu'ils préconisent, comment voulez vous avoir de bonnes décisions alors que les marionnettes qui ont le pouvoir veulent votre perte ou votre contrôle,
    Bien sur, tous ça c'est moi qui le pense, si on est d'accord avec ce point de vue, c'est bien ,c'est pas bien ??? c'est pas ce qu'on désire ça c'est sur, mais pour moi, le vivant est sacré, et sans la Liberté on n'est pas grand chose,
    Alors on ménage la chèvre et le choux ,mais il est où le loup ??
    Je vous la souhaite comme vous voulez , l'espoir fais vivre .
    A+

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    1. Bonjour Black et le meilleur du moins mauvais dans la croisière s’amuse version 2026.
      Vrai que pour certains, le pouvoir est une mission : protéger, organiser, permettre à un groupe de prospérer. Jamais le bon groupe, mais plutôt la minorité cannibale, puisque, in fine, c’est elle qui pose et dépose. C’est l’idée du leader comme serviteur du bien commun, même si la réalité est plus cruelle : sa corruption programmée. Car, celui qui convoite le pouvoir sait que pour l’atteindre, il faut déjà être corrompu quelque part.
      Essayons donc de rester lucides et tirons le moins mauvais des partis de ce bordel. La bonne journée.

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  6. Bonjour à,tous ! J'ai été un peu silencieux, mais je suis toujours là (quelques ennuis de santé).
    Je plussoie, bien sûr !
    Et vive le promontoire tonitruant de la géniale Bretagne !
    Jean-Claude

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    1. Bonjour Jean-Claude. J’ai lu que tu avais des petits problèmes aux jambes. J’espère que c’est passé. Qui n’ont pas de problèmes aux guibolles (ni au bec) ce sont tes oiseaux qui tu dorlotes en admirant les premières chutes de neige. Et la bonne année aux tiens. Soigne-toi bien.

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  7. Ah que rien ne change jamais !
    "Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni titre, ni la science, ni la vertu… Être gouverné, c’est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé.
    C’est sous prétexte d’utilité publique et au nom de l’intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré.
    Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !
    Et qu’il y a parmi nous des démocrates qui prétendent que le gouvernement a du bon ; des socialistes qui soutiennent, au nom de la liberté, de l’égalité et de la fraternité, cette ignominie ; des prolétaires qui posent leur candidature à la présidence la République !
    Pierre-Joseph PROUDHON 1851
    https://www.proudhon.net/

    Encore mes voeux pour une année 2026 moins pire ! Des rires et des joies, même petites, faut tout prendre ! Bizzz
    Oma

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    1. Bonjour Oma. Content de te retrouver d'attaque !
      Cette critique de Proudhon sur la nocivité atavique du pouvoir n’avait, déjà à son époque, rien d’une révélation, même si ces critiques n’étaient pas aussi radicales que la sienne. Avant lui, des esprits lucides avaient diagnostiqué cette loi inaltérable de la nature humaine : le pouvoir, même éradiqué, renaît toujours des cendres de ses propres ruines. Il ne faut qu’une faille, qu’un instant d’inattention, pour que son virus métastase le corps social et le condamne à une mort lente. Face aux décisions catastrophiques d’un dirigeant, on s’emporte : « Quel incompétent ! » ou « Quel con ! » — comme si l’incompétence ou la bêtise suffisaient à expliquer l’inexplicable. Non, il s’agit de corruption, de malveillance pure, d’une perversion systémique qui dépasse l’individu. Les époques se succèdent, les régimes s’effondrent et se reconstruisent, mais cette logique de domination, cette fascination morbide pour le pouvoir et ses mirages, persiste, indifférente à nos illusions.
      Je précise que rester pessimiste n’est pas une capitulation, mais un acte de résistance. Car si nous baissons les bras, nous ne ferons que leur faciliter la tâche. Et ça, non !
      La Bise.

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    2. Hi Rod, çà aussi aussi c'est un acte de résistance ! Comme dit l'autre, c'est magnifaïk, et surtout, ne vous privez pas d'une si belle émotion partagée ! Dans les rues de Paris, récent semble t'il, mais pas de date !
      https://x.com/i/status/2009815260300259362
      𝗧𝗶𝗺𝗲𝗹𝗲𝘀𝘀 𝗠𝘂𝘀𝗶𝗰 ✨🎵 on X
      Absolutely brilliant & beautiful💃
      🎶✨Tchaikovsky’s Piano Concerto No.1 echoing through the magical streets of Paris! ✨🇫🇷
      Oma

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    3. MAGNIFAÏK !!! Les danseurs sont Victoria d'Auberville et Mathieu Forget (un couple dans la vraie vie). Mathieu est le fils de l'ancien joueur de tennis Guy Forget.

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  8. Mais que je sache, le respect de la constitution (art 21 du préambule), par le citoyen est maintenant interdit (« quand le gouvernement viole …;la résistance sous toutes ses formes est le plus sacré des droits et le plus impérieux des devoirs »).
    A quoi sert donc une constitution quand un pays tolère que ceux qui le gouvernent peuvent passer outre les principes de ladite constitution. Cela s’ap^pelle tout simplement « DICTATURE ».
    Citoyens à vos bonnets phrygiens (et jaunes de préférence) pour encercler et faire le siège de l’Elysée (interdisant toute entrée et sortie de quiconque, mais en fixant un temps de choix pour les occupants : « rester ou quitter » avant l’heure d’ultimatum).
    L’armée bouge, enfin :
    https://wp.me/p4Im0Q-6WS – Quand les généraux seront à l’assemblée, ce sera cumul de mandat pour un droit de vie et mort vis-à-vis d’eux-mêmes et ce pour une majoration de 137 € par mois. Le pied quoi.

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    1. Ne reste plus qu'à mettre en place, avec une opiniâtreté tranquille, la Société des sociétés, sans État, sans prolétaires, sans capitalistes, sans gauleiters, sans tribuns ni trompettes. L'Ordre incarné par personne et tout le monde. Peu à peu doivent être écartés de toute prise en main tous ceux qui, n'étant pas capables de se conduire eux-mêmes, pensent le compenser en conduisant les autres.

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    2. Mettre en place comme tu dis JC, faudra faire vite, car petit macron lors de sa dernière conférence l'a dit : " « Moi, je ne peux pas m’habituer à ce qu’on est en train de vivre », a-t-il lâché.
      Poor p'tit bonhomme.
      Oma

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