dimanche 24 mai 2015

Pablo Neruda un Grand homme

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J’ai passé une semaine duraille ! Pas au point de me faire sauter le caisson, quand même pas, mais suffisamment turbinante pour faire extravaguer le citron des heures durant. Je n’aurais jamais dû quitter les terres fertiles des certitudes réconfortantes héritées d’un passé sous influence. Pour des raisons que j’ignore je n’avais jamais lu « J’avoue que j’ai vécu » de Pablo Neruda, que je considérais dans mon esprit comme un acquis culturel, tant son émanation incitait au culte de la personnalité. Quand il est pauvre de culture l’humain a la foutue manie de mettre en gage au Mont-de-piété son bien le plus précieux, la liberté.
Neruda, un pseudo emprunté chez Connan Doyle, selon les propres dires de Don Pablo, dans l’un des épisodes de Sherlock, qu’il aimait à lire tout minot, tout comme il aimait les films d’indiens et l'observation méticuleuse du milieu ambiant, dont il tirait de forts jolis poèmes.
Après lecture du Chef-d’œuvre, j’ai passé ma semaine à ruminer du sordide à l’intention du Grand poète chilien, me surprenant à reprendre la lecture de Francisco Coloane pour me mettre le corgnolon à l’endroit. A croire que j’aime la douleur pour me prouver que le mal fait effectivement très mal, surtout quand il est gratuit !
Il est des mensonges qui n’ont de vérité que l’artifice qu’on leur donne pour soulager une conscience mise à mal par la réalité, tant le poids est léger aux épaules du bonimenteur. Pablo Neruda a pris plaisir à débobiner la pelote de sa vie pour nous offrir le code de conduite du petit-bourgeois : petit fonctionnaire d’Etat par piston, il a démarré à 23 ans une carrière diplomatique qui lui offrait le loisir de s’épanouir avec le monde de son époque, de Rangoon à Ceylan, de Madrid à Buenos Aires et partout où un monde en mutation avait fait de la guerre et de la destruction un art perpétuel.
Grand écrivain, Grand poète, Grand homme, Pablo Neruda s’était engagé corps et âme en faveur des républicains espagnols dans leur lutte contre le fascisme et il y donna beaucoup de sa personne pour éviter à l’Espagne une longue nuit qui dura 40 ans. Il aimait la République espagnole, mais en bon petit-bourgeois stalinien il n’aimait pas les anarchistes, pas plus que les trotskystes dont il dresse en quelques lignes définitives un portrait aussi haineux que mensonger. Si Pablo Neruda n’aimait pas Franco, il détestait tout ce qui en Espagne s’employait à faire un exemple de révolution réussie, réduisant les anarchistes à une horde de tueurs qui, au lieu de se battre sur le front contre le fascisme, préféraient exécuter des innocents à tour de bras à l’arrière-front. Sans plus de scrupule, Don Pablo dérobe à la vérité la réussite d’une révolution sociale dont anarchistes, socialistes et, dans une moindre mesure, les trotskystes étaient (cela est historiquement prouvé par des historiens indépendants) les grands précurseurs, menant de front la guerre et l’organisation sociale du camp républicain en développant un modèle de société dont aucun capitalisme, libéral ou d’Etat, ne voulait, d'où le manque de soutien de la part des démocraties au peuple espagnol, avec les conséquences que l'on sait. Mais de cela le stalinien Pablo Neruda n’avait que faire ! Il avoue même dans ces mémoires ne rien regretter de ses choix et de son engagement militant.
C’est toujours lui qu’on retrouve à Marseille, après la défaite républicaine, affrétant des bateaux pour embarquer des exilés espagnols, dont le sort en France n’était pas des plus enviable, vers l’Amérique Latine, le Chili en particulier, prenant soin de ne délivrer de laissez-passer en priorité qu’aux encartés staliniens ! Exemplaire !
Je me console, un peu, en me disant qu’au moins je sais que le « Grand homme » est une notion aussi improbable que de chercher à ripoliner des plinthes avec une échelle à coulisse !


Sous l'casque d'Erby



16 commentaires:

  1. Bonjour aux caillardeuses et aux caillardeux. Je ne vais quand même laisser chanter Ramona sous l'balcon sans balancer sur l'importun le bon seau d'eau !
    La bonne journée !

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  2. Tiens, je vois qu'on est à peu près dans le même état d'esprit en ce moment.

    Si tu ne l'as pas lu, tente "Hommage à la Catalogne" d'Orwell. Je pense qu'il est à peu près dans la même tonalité que ton billet.

    La bise et bon dimanche !

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    1. Merci à toi. Je viens de piocher cela chez DPP. Pas mal du tout : Haut les mains !

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  3. Pour te remettre à l'endroit ;-) si tu ne l'as pas déjà lu : Le bref été de l'anarchie (H. M. Enzensberger) http://www.despasperdus.com/index.php?post/2011/12/27/Le-bref-%C3%A9t%C3%A9-de-l-anarchie

    Et puis, aujourd'hui, Barcelone va peut-être porter un premier grand coup à l'oligarchie.

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    1. DPP - ton lien, via le goooogueule, renvoie... au présent article !!

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    2. Lediazec maîtrise le code...

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  4. Je me souviens de n'avoir pas du tout aimé ces mémoires de Neruda quand je les ai lus (mais c'était à leur parution en France, donc il y a bien longtemps…). Le personnage qui s'y dessine m'avait paru détestable.

    Cela dit – et avec toutes les réserves dues à ma mauvaise connaissance du castillan –, je ne pense pas non plus qu'il soit un "grand poète" ; avis d'ailleurs partagé par les amis espagnols et sud-américains que je pouvais avoir à l'époque.

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    1. Sur ce, je retourne à la Correspondance Morand-Chardonne…

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  5. "Il est des mensonges qui n’ont de vérité que l’artifice qu’on leur donne pour soulager une conscience mise à mal par la réalité, tant le poids est léger aux épaules du bonimenteur."

    CHAPEAU !

    Il est des phrases comme celle-là, ciselée au tour, cette machine-outil que seul un lediazec a dans sa caboche souffrante, qui deviennent un lasso capable de mettre à bas la Statue Du Commandeur Po-Ête, tout Neruda Pablo du Chili soit-il !!!!

    Tout ton billet, l'ami, tient la route, ô combien !
    J'ai eu grand plaisir à te lire-relire-déguster avant d'aborder les commentaires, avec l'idée de rappeler d'Orwell son vibrant plaidoyer de la Catalogne révolutionnaire... mais ce rappel a déjà été fait par FreeCasaBabylon, avec un lien en prime !

    Il se trouve que Neruda est mort peu après Allende. Le coup d'État fasciste de Pinochet fit des milliers de victimes, mais on en retient ces deux noms célèbres et associés... Les néo-staliniens en ont profité pour parfaire le prestige du poète, bien sûr !!

    Reste que la poésie a toujours cette étrange pouvoir de surnager çà et là jusque dans les talents littéraires de telles crapules (staliniennes ou autres!), lorsque le lyrisme, parfois, éclabousse la propagande "du Parti"... Je pense bien sûr à Aragon, l'équivalent (ou le pendant) français du chilien!... : Neruda comme Aragon (entre autres) ont parfois des mots, des poèmes, qui transcendent leurs vils statuts de salariés du Parti, leurs viles statues de "Poète Officiel" (un oxymore!)...

    Léo Ferré, par exemple, a su sauver d'Aragon de très belles pépites (L'Affiche Rouge, etc.), tout en se permettant, c't'anar, de retoucher s'il le faut le "texte sacré"...

    La poésie est liberté ABSOLUE...
    Un autre poète stalinien célèbre, Nazim Hikmet, l'a tardivement reconnu... il est vrai que ce Turc fut moins docile, etc.

    Bref vive le Benjamin Péret du pamphlet "Le déshonneur des poètes", écrit contre le flon-flon collectif "L'honneur des poètes" de certains poètes de la Résistance proches du PCF (Éluard, Seghers...)
    Bref la poésie est increvable.

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  6. Tout à fait autre chose... encore que :
    Je viens d'écouter par hasard l'entretien de Marion Loiseau sur la Tchétchénie. Cette intrépide journaliste (denrée rare) est une des rares a avoir, depuis plus de 20 ans fait des enquêtes-reportages (dont filmés) sur ce malheureux fier peuple tchétchène, réduit à la terreur absolue ("comme en Corée du Nord" lâche t-elle). Le tyran Kadirov est au-dessus de ses propres lois... et quiconque est enlevé, disparaît, au nom du "terrorisme" : le Kremlin PAYE en subventions au prorata des "terroristes éliminés", c'est devenu source de revenus que ces assassinats-disparitions "politiques", de fait lucratifs. C'est une nouvelle mouture de Pinochet... et ce fut un modèle à suivre pour Assad, avant que celui-çi ne soit dépassé, actuellement, par pire tyran, DAESH...
    Bref, Et la poésie ? : elle chante sûrement sa rage, ses pleurs et ses espoirs, en langues tchétchène ou arabe... ainsi qu'en langue coréenne, sûrement ! Comme ce fut le cas de la poésie russe sous les Tsars despotes "d'avant la cruelle parenthèse stalinienne"...
    Vivement le temps des cerises, demain!

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    1. précision - sur F-Inter entre 16 et 17h

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  7. Des premières spéculations d'après sondages, blablablablabla...
    -Podemos serait en tête à Barcelone
    -Un film français aurait la palme de Cannes
    -Lediazec ferait encore plus fort dans son prochain billet
    et, mieux encore ? : http://reporterre.net/Ni-capitalisme-ni-Etat-la

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    1. Je fais ce que je peux. Lien en clair que j'avais déjà saisi chez JJNazaire et aencres à l'eau : Ni capitalisme, ni Etat - la Coopérative intégrale s’épanouit à Barcelone

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  8. Je n'ai pas lu Neruda et donc je ne le lirai pas

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  9. Eh ben moi je dis non -
    Robespierre n ' a pas été mieux mais a fait 1789 -
    Anarchiste je suis aussi , mais actif -
    Que vive notre frère Bakounine !
    Pablo s ' est trompé sur nombre choses ,
    mais il a fait -
    Je ne donnerai pas pour autant raison à
    Staline ou Hitler , mais bon ,
    faut arrêter ,
    vive Robespierre
    et vive Pablo Neruda !
    Que les ptits anards qui rêvent en suçant
    leur pouce se masturbent sans nous faire chier -
    La vraie anarchie est autre -
    Pablo Neruda reste mon frère pour toujours
    quelles qu ' aient été ses ses erreurs ,
    ses errances -
    LovE à toutes et tous -
    Charles de Sète - aliàs Monde-Indien

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