jeudi 12 février 2015

Le bœuf et l'œuf

Erby
Élémentaire, mon cher Watson, qui vole un œuf  ne vole pas un bœuf !... :
La haute-bourgeoisie, grand voleur de bœufs et grand chef proxénète de cheptel de soumis(es), est-elle « soumise » aux belles lois républicaines de « LA Justice rendue au NOM du PEUPLE » ?…
Rassurez-vous (ou désolez-vous !), je ne vais pas blablater sur DSK. Juste saisir au bond cet hypocrite étalage, odieuse parodie de vraie justice-sociale, pour aller à l'essentiel : le règne de la cruelle justice bourgeoise sur le petit peuple turbulent et insoumis.
Toutes les semaines, à tour de bras et à la va-vite, les divers et variés petits voleurs d'œuf ou de poule, passent (pour ceux qui ne sont pas en « préventive ») à la case tribunal avant d'aller continuer de surpeupler les prisons, là où apprendre à récidiver en mieux…
Variantes ? : prison avec sursis, comme lourde épée de Damoclès suspendue à un cheveu, amende, peine de substitution, mise à l'épreuve, j'en passe…
Je ne passe pas sur les méfaits de rumeurs de commérages, souvent issus du matraquage des journaux locaux, avides de vendre du papier, déjà sponsorisé par... les voleurs de bœufs, je veux dire les margoulins aux affaires du consumérisme et du conformisme.
« Faut marcher droit, c'est la loi. »... sauf que ce dit « droit chemin » est imposé dans une inouïe inégalité sociale et par qui ? Par le voleur de bœuf au voleur de l'œuf au nom de sa fausse morale de « qui vole un œuf vole un bœuf ». Qui aboutit dans la pratique (pour 99% des cas, sans doute) à lourdement sanctionner le petit et blanchir le gros.
J'espère que je ne vous apprends rien... mais, voilà : lorsque cela vous tombe sur la tête, on a beau le savoir, on est tout surpris, choqué, abasourdi, en colère ou en pleurs, révolté ou moralement anéanti – durablement dépressif, au pire...


*
Il fut un temps où ma jeune « sœur » (ma quasi-sœur) fut victime de cette justice de classe. Son tort fondamental fut qu'elle ne put se payer un bon avocat (tarif minimum actuel 100€ l'HEURE...) : son avocat commis-d'office bâcla le dossier…
L'affaire consistait à la considérer ou pas comme « mère indigne », suite à une plainte déposée contre elle par le père de leur fillette de 11 ans. Parents divorcés, la mère avait garde de l'enfant, laquelle séjournait parfois chez son père, comme prévu. Mais celui-ci refusa un jour de rendre l'enfant en déposant sa plainte, basée sur ces faits : pour arroser son anniversaire entre amis , la maman avait emmené la gamine dans un bistrot et il y survint un incident fâcheux : un convive éméché, le compagnon de la mère, avait giflé l'enfant... Tel était du moins la version, très caricaturale, du plaignant.
Il y faudrait des pages, celles du dossier, à d'ailleurs réécrire : je passe ici sur le lourd contexte de cette affaire, beaucoup plus important qu'un fait isolé. Contexte qu'un tribunal digne de ce nom aurait dû prendre en compte pour juger, après plaidoirie d'un avocat digne de ce nom…
Un an et demi après les faits, l'affaire passa enfin au tribunal. La mère fut vite-vite condamnée à un an de prison avec sursis (la Justice est débordée!). Puis, arguant que la fillette avait une fratrie (demi-frères et sœurs) chez son père, celui-ci en eut la garde légale…
Ma sœur ne fit pas appel du jugement : trop démunie et abasourdie... puis déprimée par la rumeur de « mauvaise mère », relayée par les gazettes « aux ordres ». Elle mit des années chaotiques à s'en remettre, mais c'est fait : l'ex-fillette devenue femme adulte préfère nettement sa mère à son père !


*
Je n’ai jamais volé de bœuf, mais quelques œufs : l’aveu ! C’était en Angleterre vers mes 16 ans, où je voyageais fauché en auto-stop et dormais au petit bonheur la chance, parfois dans des « coachs », confortables autocars en parking. Et le petit matin, affamé, je me servais un demi-litre de lait frais et quelques œufs, déposés devant une porte de cottage. Avec le poinçon de mon couteau, je faisais un trou dans la coquille pour aspirer une crudité de blanc et jaune d’œuf, régal arrosé de lait cru !... De quoi tenir bien des heures de vagabondage !
Dix ans plus tard, j’étais étudiant-stagiaire pour une enquête dite sociologique au Burkina-Faso. Mais en fait il s’agissait de recenser les meilleures terres pour détourner l’agriculture vivrière vers l’agriculture d’exportation, coton, banane ou arachide. Une fois le pot aux roses découvert, grâce à la lucidité politique de nos interprètes - de tous jeunes lycéens de Ouagadougou - nous avons fait une grève du zèle qui consistait à ne pas fournir de données chiffrées, mais des appréciations détaillées sur les besoins des paysans enquêtés… en cultures vivrières. Si bien que nous fûmes « rapatriés » en France, à l’exception du seul non gréviste sur une douzaine - lequel a, depuis, fait haute carrière dans la dite « coopération » bidon… en toute cynique logique.
L’un des souvenirs marquants de ce court séjour (3 semaines au lieu de 5) était de ne pouvoir refuser le cadeau de bienvenue de la part de ces paysans pauvres, en général quelques œufs. Si bien que le soir, nous mangions souvent, mon copain interprète et moi, une omelette ou des œufs durs, dans notre camionnette de camping. L’astuce pour ne pas « voler plus pauvre que nous » était de prévoir quelque cadeau en retour ou « d’oublier » un petit billet de banque, discrètement !

* 
Ces deux anecdotes (d'Angleterre et du Burkina) sont issues de mon essai (tirage épuisé) de 2009 intitulé « Traces d'Avenir », au chapitre « L'œuf et le bœuf », lequel commence ainsi :
« Qui vole un œuf vole un bœuf », dit un proverbe menteur, comme l’est le riche, voleur de troupeaux de bœufs en toute impunité, cependant qu’il abat sa chicotte sur le dos de l’esclave « coupable » d’un simple geste de paresse… Cela se passe notamment en Afrique du Sud et en Namibie il y a moins d’un siècle. Et un peu partout, et avant et après. Et pire, aujourd’hui avec les mafias et les traders, etc.
Isn't, dear DSK ?


Sous l'casque d'Erby



5 commentaires:

  1. L'appendice du monsieur qui frappe à l'entrée d'une dame me rappelle que dans ma toute petite valise, j'ai toujours un tirebouchon qui sommeille. On n'imagine pas le nombre de fois où cet ustensile a déjà pu sauver la mise ! Je participe souvent à des "auberges espagnoles" avec les copains, et en ma présence les bouteilles font entendre un gai Glouc de soulagement.

    Les mêmes partenaires me font aussi le coup de la madeleine de Proust : à propos des protagonistes de la Ferme des Animaux....

    Pas à dire : tout est bon, dans l'cochon.

    RépondreSupprimer
  2. Bonjour les caillardeuses et les caillardeux. Quand la justice est rendue en fonction de l'épaisseur du larfeuille, nous sommes devant une forfaiture, le vocable la désignant, étant lui-même un délit, comment dès lors parler de justice ?... Politique, Justice, Religion, les trois piliers d'une monstrueuse diversion, le procès du Carlton de Lille aujourd'hui, ou celui de Bettencourt, ou celui de l'affaire Clearstream étant les parfaites illustrations.

    RépondreSupprimer
  3. Le scandale d'injustice flagrante est hélas quotidienne pour d'innombrables victimes de cette justice de classe, dite donnée au nom du peuple. Quelles soient banalement ignorées du public ou mises en tapageuse vedette (le cas de ma sœur, """mère indigne"""), le fait est que l'on reste désemparé, écœuré, désarmé d'être si "petit"... Avec toutes les issues possibles, du suicide à la folie, de la déprime à la farouche volonté de Vraie Justice Sociale, élément fondamental et révolutionnaire de l'engagement lucide, politique. Mais, là encore, reste à éviter de se faire avoir par une "grande" machine politicienne blablateuse. Rappel : à un coup de queue près de trop (celui du Sofitel de New-York) on aurait un certain DSK comme "hôte de l’Élysée"!

    RépondreSupprimer
  4. C'est sur une branche
    Y sont bien branchés quoi
    Quoiqu' tu dis la jeune punk zozielle ?
    Quoiqu' tu dis le vieux zozio déplumé ?

    Y a deux zozios aux langages musicaux
    qui arrivent à s'compendre quand même
    Même que c'est à ne pas comprendre comment

    Comment t'as pas compris c'est si simple !
    Y sont branchés pareil
    Sur la même longueur de branche
    Dont on fait du bois
    Sans langage de bois...

    Et y a un qui cause avoir des Euros
    Et l'aut' quui comprend d'être des heureux
    Et vlà Zorro qui passe par là
    et qui explique l'embrouille

    Être ce n'est pas Avoir
    Avoir de Euros n'est pas Être heureux !!

    (libre propos suite à une conversation téléphonique en rapport avec le billet du jour)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. mot oublié en fin de 5°ligne : "différents"

      Supprimer